Fonds routier du Cameroun au SAGO : mieux faire découvrir le guichet qui tient les routes debout
Discret mais stratégique, l’institution irrigue chaque année des milliers de kilomètres de voiries à travers le pays.

Dans les allées du Salon de l’action gouvernementale (SAGO), les projecteurs se braquent souvent sur les grands chantiers et les inaugurations spectaculaires. Plus discrète, mais tout aussi stratégique, une institution veille pourtant dans l’ombre : le Fonds routier. Sans lui, difficile d’imaginer l’entretien des routes, la réhabilitation des axes dégradés ou encore le paiement des entreprises chargées des travaux. Véritable caisse de résonance financière du secteur routier, l’établissement public se présente au SAGO 2026 avec un bilan qui témoigne de son rôle central dans la politique d’infrastructures du Cameroun.
Créé pour garantir le financement durable de l’entretien routier, le Fonds routier occupe une place particulière dans l’architecture institutionnelle du pays. Doté d’une autonomie de gestion et placé sous la double tutelle des ministères des Finances et des Travaux publics, il agit comme l’interface entre les ressources mobilisées et les besoins du terrain. Son objectif est simple : assurer que les routes restent praticables et que les entreprises intervenant sur le réseau national soient payées dans des délais compatibles avec leurs activités.
L’institution fonctionne autour de deux grands guichets. Le premier est consacré à l’entretien. Il finance l’entretien courant et périodique du réseau routier, les actions de prévention et de sécurité routière ainsi que la protection du patrimoine routier national. Le second est dédié à l’investissement, notamment à l’aménagement et à la réhabilitation des routes. Cette organisation permet de distinguer les besoins immédiats de maintenance des opérations plus lourdes d’infrastructures.
Les chiffres avancés par l’établissement donnent la mesure de son impact. Plus de 1 400 milliards FCFA ont été injectés dans le circuit économique national depuis sa création. Plus de 15 000 entreprises de BTP ont bénéficié de financements et plus de 9 500 projets liés à l’entretien routier ont été soutenus. Des statistiques qui illustrent le poids du Fonds routier dans la chaîne économique du secteur des travaux publics.
En novembre 2025, le Fonds routier a réuni à Mbankomo les principaux ordonnateurs des dépenses routières afin de préparer le programme d’entretien de l’exercice en cours. Les travaux ont porté sur l’évaluation de la campagne précédente, l’identification des projets prioritaires et l’amélioration de la gouvernance des mécanismes de financement. Les réflexions ont également concerné la digitalisation des procédures, la mobilisation des ressources et le renforcement de la coordination entre les différents acteurs du secteur.
Dans un contexte marqué par l’ambition gouvernementale de moderniser les infrastructures de transport, le Fonds routier cherche aussi à renforcer ses mécanismes de gestion. L’institution met en avant la dématérialisation progressive de certaines procédures, le contrôle interne et le développement de partenariats avec des acteurs financiers afin de sécuriser davantage les ressources destinées à l’entretien des routes.
Mais les défis demeurent. Les besoins d’entretien du réseau routier restent considérables et les ressources disponibles ne couvrent pas toujours les montants programmés. Plusieurs analyses soulignent que les encaissements effectifs du Fonds routier demeurent inférieurs aux prévisions budgétaires, limitant ainsi sa capacité d’intervention sur l’ensemble du territoire.
Au SAGO 2026, le Fonds routier entend donc rappeler une évidence souvent oubliée : une route ne se résume pas à sa construction. Elle exige un entretien permanent, des financements réguliers et une gestion rigoureuse. Derrière chaque kilomètre réhabilité, chaque nid-de-poule rebouché ou chaque entreprise payée, se trouve cette institution qui, loin du bruit des pelleteuses, contribue quotidiennement à maintenir le pays en mouvement.
Jean -René Meva’a Amougou



