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Contre la mort : la bataille pour le statut d’ancêtre

C’est le sens que prennent les funérailles au sein de cette communauté des hautes terres à l’Ouest du Cameroun. Une étape indispensable pour le passage au statut d’ancêtre.

Funérailles à l’Ouest du Cameroun

Dans la croyance fondamentale Bamiléké, l’être humain nait, il grandit, fonde une famille, vieillit et puis meurt. Les décès précoces, ou survenus par suite de suicide, d’accident ou de catastrophe, apparaissent comme une rupture du processus classique de la vie. Un fait incompréhensible qui conduit à des pratiques spécifiques s’agissant des rites qui accompagnent le défunt. «On doit d’abord procéder à un rituel pour rendre le corps propre à une inhumation», martèle Dr Léon Kamga, anthropologue. Le Nsilawu (genre de mort) joue un rôle essentiel dans la codification des deuils et des ries y associés en pays Bamiléké. Loin des pratiques courantes dans les communautés Bantou, la détermination des causes de décès, ne souscrit pas obligatoirement à l’étape des palabres. «Toutefois, par le passé, quand une mort paraissait suspecte, on invitait ceux sur qui pesaient de lourds soupçons à venir prêter un serment d’innocence avant la fermeture de la tombe. La croyance locale vouait à la mort en cas de parjure», indique l’universitaire.

Point de confusion à faire. Ce cérémoniel qui rentre dans le lot des activités liées aux obsèques, ne saurait se confondre aux funérailles. Lesquelles se tiennent conventionnellement un an et demi ou deux après l’enterrement: «Le temps que le crâne se détache totalement du reste du corps. On exhume alors le crâne et c’est à l’occasion de cela qu’on organisait les funérailles. Parce que les funérailles étaient considérées comme un rite qui permettait au défunt d’accéder au statut privilégié des ancêtres. On prélevait donc le crâne qu’on revenait enterrer à mi-hauteur dans la maison», poursuit l’homme de sciences;

Un évènement dont l’ampleur n’a d’égale que la portée des rites implémentés à l’occasion. Fruit des croyances spirituelles Bamiléké, constituent une confrontation entre l’humain et le divin, le matériel et l’immatériel. «C’est une fête au cours de laquelle les humains combattent rituellement la mort, parce que pour le défunt renaisse, il faudrait que la vie prenne le dessus sur la mort. En même temps, on prie les divinités pour que les divinités protègent ce défunt que la société est en train d’élever à la dignité des ancêtres. De façon symbolique, les funérailles constituent donc une espèce de prière pour que l’ancêtre ressuscite des morts», continue le Dr Léon Kamga.

Louise Nsana

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