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Enseignement supérieur : Yaoundé veut se doter d’une École des sciences criminelles

À l’occasion de la dédicace du premier tome du Traité de droit pénal du Cameroun, le professeur Adolphe Minkoa She a plaidé pour la création d’une École des sciences criminelles de Yaoundé, un projet auquel le ministre d’État, Jacques Fame Ndongo a apporté un soutien de principe.

La présentation du premier tome du Traité de droit pénal du Cameroun. Droit pénal général a dépassé le simple cadre académique. À travers cette publication, le professeur Adolphe Minkoa She a dévoilé une ambition plus vaste : faire émerger une École des sciences criminelles de Yaoundé, appelée à devenir un centre de référence pour la recherche et la réflexion sur les questions pénales en Afrique centrale.

Pour le pénaliste, la dédicace de l’ouvrage constitue « un enjeu institutionnel ». L’objectif est de poser les fondations d’une véritable école de pensée, capable de produire une doctrine adaptée aux réalités camerounaises et africaines. Selon lui, le Cameroun dispose d’atouts décisifs, notamment son bilinguisme institutionnel et la maturité de son université, pour s’imposer comme un pôle d’excellence en sciences criminelles.

« Nous ne pouvons plus nous contenter d’être des consommateurs passifs des doctrines produites sous d’autres cieux. Nous devons produire nous-mêmes la norme scientifique qui éclaire la norme politique », a-t-il affirmé devant un parterre d’universitaires, de magistrats et de praticiens du droit.

L’universitaire a décliné les premiers jalons de ce projet. Il prévoit la création d’une revue spécialisée en sciences criminelles destinée à accueillir les travaux des chercheurs et des professionnels. Il propose également la publication régulière de décisions de justice commentées afin de renforcer le dialogue entre les juridictions et l’université. Pour lui, la doctrine doit s’enrichir de la jurisprudence, tandis que les magistrats doivent pouvoir s’appuyer sur les analyses scientifiques pour nourrir leur réflexion.
Le projet prévoit aussi l’organisation de colloques consacrés aux nouvelles formes de criminalité, notamment les violences basées sur le genre, les féminicides, les crimes rituels ou encore le terrorisme. À terme, le professeur Minkoa She souhaite voir naître une Société camerounaise de droit pénal, destinée à fédérer les spécialistes de la discipline.

Présent à la cérémonie, le ministre d’État, ministre de l’Enseignement supérieur et chancelier des Ordres académiques, Jacques Fame Ndongo, a accueilli favorablement cette initiative. Sans annoncer officiellement la création de cette nouvelle structure, il a donné son accord de principe, sous réserve d’une mobilisation de la communauté scientifique. « J’achète les sollicitations de l’auteur, à condition que les savants concernés se joignent à lui », a-t-il déclaré.

Cet appui ouvre la voie à un chantier académique qui pourrait renforcer l’offre de formation et de recherche en droit pénal au Cameroun, à l’heure où les mutations de la criminalité imposent des réponses scientifiques, judiciaires et institutionnelles toujours plus spécialisées.

Olivier Mbessité

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