Etudier en France : casse-tête financier pour les étudiants camerounais
À Yaoundé comme à Douala, l’annonce du durcissement des exigences financières pour les étudiants camerounais désireux poursuivre leurs études en France suscite inquiétude et colère. Entre attestations de virement irrévocable (AVI) revalorisées et pensions scolaires exigées d’avance, les familles dénoncent une décision brutale qui menace des projets mûris de longue date.

À l’Université de Yaoundé I, les discussions ne portent plus seulement sur les examens de rattrapage. « On nous demande de bloquer des sommes énormes, alors que nos parents avaient déjà tout planifié. Le problème majeur ici c’est surtout le timing et le stress. Ce que je reproche fermement à cette décision, c’est la méthode et le calendrier. Publier ces nouvelles règles à la fin de mois de juin alors que les candidats sont déjà très avancés dans leurs démarches, est totalement inapproprié », souffle Christelle, étudiante en Biologie Végétale, admise dans une école privée française. Autour d’elle, ses camarades évoquent un sentiment de discrimination. « Même si je suis inscrite dans le public, je comprends la frustration de ceux qui doivent payer la totalité de la pension avant même de partir. Une fois de plus, le fond peut se comprendre mais la forme et l’imprévisibilité gâchent des efforts de longue date », ajoute-t-elle.
Les familles face à l’imprévisibilité
Dans le quartier Biyem-Assi, un père de famille rencontré devant une agence bancaire raconte son désarroi : « J’avais prévu un budget pour mon fils, mais avec ces nouvelles règles
annoncées fin juin, tout est remis en cause. On ne peut pas changer nos plans à la dernière minute. Un projet d’études à l’étranger ne se décide pas sur un coup de tête. Il se prépare sur plusieurs mois, voire des années. Communiquer de nouvelles exigences financières à la dernière minute vient fausser toutes les prévisions budgétaires que nos familles avaient soigneusement établies. Ces réformes auraient dû être annoncées bien plus tôt ou simplement renvoyées à l’année académique prochaine ». Pour beaucoup, le problème n’est pas tant le principe de l’AVI que le calendrier de son application.
Interrogé sur Équinoxe TV, l’ambassadeur de France au Cameroun, Sylvain Riquier, a défendu la mesure : « Il ne s’agit pas de cibler les Camerounais. Ces exigences s’inscrivent dans une politique générale visant à s’assurer que les étudiants disposent de ressources suffisantes pour réussir leurs études et éviter la précarité ». Selon lui, la France reste ouverte aux étudiants internationaux, mais dans le respect des règles.
Pour le politologue Waldé Enoc, cette décision illustre « la tension croissante entre politiques migratoires restrictives et aspirations éducatives des jeunes Africains ». Il rappelle que la France accueille chaque année plusieurs milliers d’étudiants camerounais, mais que « l’augmentation du seuil financier risque d’exclure ceux issus de classes moyennes, pourtant moteurs de mobilité sociale ».
Un responsable du ministère camerounais de l’Enseignement supérieur, sous couvert d’anonymat, reconnaît que « la France est dans son droit », mais regrette « le manque de concertation et de préavis ». Selon lui, « ces annonces tardives compromettent la crédibilité des dispositifs d’accompagnement que nous essayons de mettre en place ».
Un avenir suspendu
Dans les cybercafés de Ngoa-Ékellé, les étudiants recalculent leurs budgets, certains envisagent de reporter leur départ. « Je pense que les autorités françaises sont tout à fait dans leur droit. Si le cout de la vie augmente réellement en France, il est logique de réévaluer le seuil financier exigé pour les demandes de visa étudiants. On nous dit que c’est pour notre bien, mais en réalité, cela bloque nos rêves », résume Gertrude, étudiante en sciences économiques à l’Université de Yaoundé II. Derrière les chiffres, c’est toute une génération qui se retrouve face à un dilemme : renoncer ou s’endetter lourdement.
Au-delà des justificatifs financiers, cette crise révèle les fragilités structurelles des parcours étudiants camerounais : dépendance aux bourses familiales, absence de dispositifs publics de soutien, et vulnérabilité face aux décisions extérieures. Si la France invoque la nécessité d’adapter ses règles au coût de la vie, le Cameroun, lui, doit réfléchir à des mécanismes internes de financement pour éviter que l’accès au savoir ne devienne un privilège réservé aux plus aisés.
Tom



