Expression des traditions africaines : l’amour au premier degré
Cette valeur, soutiennent les porteurs du savoir-ancestral, suit le même sort que les traditions du terroir, désormais en recul face à la modernité.

La transmission des traditions est au centre des préoccupations des chefs traditionnels camerounais, porteurs du savoir ancestral. La raison, a-t-on entendu, tient du désintérêt croissant des jeunes dans un contexte de mondialisation. Le discours pour en exposer les faits mentionne: «Nos jeunes devraient se réapproprier nos valeurs traditionnelles parce que c’est le gage pour qu’ils puissent retrouver l’équilibre parce quand nous voyons le monde tels qu’il se comporte actuellement, les choses vont sens dessus dessous. Or, demain nous ne serons pas. Il faudrait donc que ces jeunes aient le temps déjà de s’intéresser à leurs traditions pour pouvoir retrouver leur équilibre sur le plan psychologique. Parce qu’à force de suivre les autres, on ne s’y retrouve pas. Notre combat c’est qu’on puisse les léguer vraiment ce qui reste de notre tradition», indique Mbombok Batoum président des Ba Mbombok – guides spirituels du peuple Bassa.
De quoi remettre au centre de la pensée collective l’impact de l’acculturation progressive des populations camerounaises sur la qualité des mœurs actuelles. A en croire pourtant Sa Majesté Moute A Bidias, président des notables Bekpak (Bafia), les cultures africaines constituent un socle solide de la moralité. «Cette culturelle africaine c’est la somme des pratiques quotidiennes, des usages, une manière de vivre… Aujourd’hui par exemple le mariage se limite à aller donner la nourriture aux parents, ensuite on va à la mairie et le lendemain on est marié. Ce n’est pas ça. Le mariage traditionnel permet de comprendre que ce sont deux familles qui se sont mariées. Dans les obsèques maintenant, on fait venir un prêtre pour faire la messe et après on enterre. Non, c’est aux obsèques qu’on sait d’où on vient parce que les gens parlent.
Les famille paternelle et maternelle disent quel est le lien de connexion qu’ils ont avec le défunt. Et il y a des gens qui sont assis dans la foule et qui découvrent leurs parentés. La culture marque une façon d’être, de faire. Un ainé ne peut pas être debout quand un cadet est assis. Un cadet ne prend pas la parole n’importe comment quand des anciens parlent. Avant, on servait à manger à tous les enfants dans la même assiette. Et ils devaient tous manger ensemble. Vous êtes cinq et on met deux morceaux de viande et vous vous débrouillez. Avec ça on voyait déjà quel enfant a le sens de la famille. On voyait qui pouvait couper sa part afin de satisfaire ses frères, comment les aînés traitaient leurs cadets, etc. Nous devons nous rappeler que tout ce qui était fait dans nos cultures et traditions, visait le bien de l’homme et de la communauté», souligne-t-il.
Loin de cet esprit fraternel d’antan, le brassage des cultures du monde induit des approches culturelles qui font elles aussi problématiques pour les gardiens de la tradition. Sans ambages, des langues délient dans une juste critique des tares d’égoïsme et d’hyprocrisie. «Le défi aujourd’hui c’est d’être elle-même, entière dans le concert des nations. Il faut que nous y reprenions notre place de premier en étant déjà nous-mêmes. Nous ne devons pas avoir peur de notre tradition parce que les traditions sont comme des arbres fruitiers. Dans un champ vous en trouverez de toutes natures mais si l’on vous demande de tous ces fruits lequel est le plus succulent, nous ne pourrez répondre exactement. Il n’y a pas un fruit plus bons que l’autre donc les traditions sont les mêmes. Simplement, chaque fruit a sa saveur particulière et c’est à travers cette saveur qu’on rend gloire à celui qui nous a créés. C’est la même chose pour les traditions. Le socle commun c’est que la définition d’une tradition ce n’est que l’amour. L’amour dans la justice, dans la vérité, dans l’humilité et la compassion. Une tradition qui ne respecte pas ces lettre est appelée à mourir. Moi je définis selon le Mbog mais je pense que toutes nos autres traditions ont ces valeurs en partage. Pas un amour hypocrite», souligne Mbombok Batoum. Un point qui met toutes ces figures communautaires d’accord, faisant converger leurs opinions sur l’importance de la culture et la tradition dans le rayonnement du Cameroun et de l’Afrique entière.
Louise Nsana



