Faut-il avoir peur de la croix?

« Si quelqu’un veut venir après moi, qu’il renonce à lui-même, qu’il se charge de sa croix et qu’il me suive. » (Mt 16, 24)
En s’exprimant de la sorte, Jésus ne promet pas une vie facile à quiconque voudrait marcher à sa suite.

De ce point de vue, il n’est ni un démagogue, ni un vendeur d’illusions. Il dit simplement la vérité sur ce qui attend ceux et celles qui veulent emprunter le même chemin que lui. C’est la première idée. Pour Jésus, et c’est la seconde idée, la croix n’est cependant pas un but. Elle est la conséquence d’une manière d’être ou de vivre. Chez lui, il n’y a donc ni apologie de la croix, ni exaltation de la souffrance. Jésus ne dit pas: “c’est en souffrant que vous deviendrez mes disciples” mais « vous souffrirez ou vous serez persécutés, si vous vivez comme moi, j’ai vécu, c’est-à-dire si vous luttez pour la liberté, la vérité et la justice, si vous faites passer la loi d’amour (la compassion) avant l’amour de la loi.”
Avant Jésus, le prophète Jérémie connut des ennuis puisqu’il fut jeté dans la citerne du prince Melkias parce qu’il avait donné des avertissements au peuple dont la conduite ne plaisait pas à Dieu (Jr 38, 9).
Jean le Baptiste fut décapité pour avoir critiqué le mariage d’Hérode Antipas avec Hérodiade, la femme de son frère Philippe (Mc 6, 17-27).
Plus près de nous, Nelson Mandela passa 27 années de sa vie dans la prison de Robben Island parce qu’il voulait une Afrique du Sud débarrassée de la discrimination raciale.
Aujourd’hui, le président russe Vladimir Poutine est raillé et combattu par l’Occident parce qu’il refuse que celui-ci soit le gendarme du monde.
Assimi Goïta, Ibrahim Traoré et Abdourahamane Tiani sont quotidiennement diabolisés et insultés par la France, ses médias corrompus et ses valets africains parce qu’ils veulent prendre leur destin en main sans en référer à Paris.
La croix fait ainsi partie de la vie des hommes et femmes qui veulent décider par eux-mêmes et pour eux-mêmes, qui aspirent au changement et qui, pour cela, ont renoncé à eux-mêmes, c’est-à-dire à une vie tranquille et confortable. Mais, et c’est la bonne nouvelle, ceux et celles qui acceptent de porter la croix ne la portent jamais en vain. Mandela n’est-il pas devenu le premier président noir de l’Afrique du Sud post-apartheid?
Souffrir pour son pays, se sacrifier pour les autres, n’est jamais une chose inutile, ni dans ce monde ni dans l’autre monde.
L’apôtre Paul n’a pas proclamé un messie guérisseur de maladies de toutes sortes ou faiseur de miracles mais un messie crucifié (1 Cor 1, 23). C’est ce messie-là que le chrétien a choisi de suivre. C’est en lui qu’il a mis sa confiance. C’est donc de lui qu’il doit témoigner dans ce monde que seule l’acceptation de la croix peut transfigurer.
Jean-Claude Djéréké


