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Ferdinand Ngoh Ngoh-Oswald Baboké : la poignée de main qui a volé la vedette aux médailles

Au Palais de l’Unité, le 31 juillet dernier, les distinctions ont récompensé des carrières. Mais une simple photographie du secrétaire général de la présidence de la République et du directeur adjoint du cabinet civil a rappelé qu’en matière de communication, un geste peut parfois éclipser une centaine de médailles.

Le protocole adore les scénarios parfaitement écrits. Les invités arrivent à l’heure, les décorations s’enchaînent selon un ordre immuable, les applaudissements ponctuent les remises de médailles et les photographes immortalisent les temps forts. Le 31 juillet dernier, au Palais de l’Unité, tout semblait suivre cette partition bien connue lors de la cérémonie de remise des distinctions honorifiques à près de 140 personnels civils et militaires de la présidence de la République.

Et pourtant…
Au milieu des insignes de commandeurs, d’officiers et de chevaliers, une image s’est discrètement invitée au premier rang. Ferdinand Ngoh Ngoh, ministre d’État et secrétaire général de la présidence, et Oswald Baboke, directeur adjoint du Cabinet civil, avancent côte à côte. Leurs mains se rejoignent l’espace d’un instant. Le photographe déclenche. La scène est capturée. Le reste appartient déjà au public.

Car le pouvoir ne communique pas seulement avec des discours. Il communique aussi avec des images. Et celles-ci possèdent une étrange faculté : elles échappent très vite à leurs auteurs pour vivre leur propre existence.

Analyses
Les sémiologues connaissent bien ce phénomène. Depuis Roland Barthes, ils rappellent qu’une photographie ne livre jamais une vérité absolue. Elle montre un fait ( ici, une poignée de main ) mais le sens naît surtout du regard de celui qui observe. Une image n’est jamais un verdict ; elle est une invitation à interpréter.

Une poignée de main peut signifier mille choses… ou simplement une poignée de main.
Dans les cérémonies officielles, les gestes de courtoisie sont nombreux. On accompagne un invité, on salue un collaborateur, on échange quelques mots avant de rejoindre son siège. Pourtant, dès que l’objectif fige l’instant, le geste change de nature. Il devient un symbole potentiel. Les communicants parlent d’ailleurs de « puissance iconique » : certaines photographies résument un événement bien mieux qu’un communiqué de plusieurs pages.

C’est exactement ce qui s’est produit au Palais de l’Unité. Les quelque 140 décorés étaient naturellement au cœur de la cérémonie. Mais sur les réseaux sociaux, ce n’est pas une médaille qui a suscité le plus de réactions. C’est une poignée de main.
Cette photographie intervient dans un contexte où, depuis plusieurs semaines, une partie de l’opinion publique et des commentateurs politiques prêtent à Ferdinand Ngoh Ngoh et à Oswald Baboke des divergences relayées, selon ces analyses, par des prises de position de certains de leurs soutiens respectifs, notamment sur les réseaux sociaux. Aucune déclaration officielle des deux responsables n’est toutefois venue confirmer l’existence d’un quelconque différend personnel ou institutionnel.
C’est précisément ce qui explique l’écho rencontré par cette image. Pour les spécialistes de la sémiologie politique, une photographie n’a pas le pouvoir de confirmer ou d’infirmer des spéculations. Elle constitue avant tout un objet de communication dont la signification dépend autant de son contexte que du regard de ceux qui l’interprètent. « Les images comblent souvent un vide narratif : lorsque les faits sont rares, les symboles deviennent abondants », résument plusieurs chercheurs en communication politique.

Au fond, cette scène raconte peut-être moins les deux hommes que notre époque. Une époque où le moindre cliché est scruté, agrandi, commenté et partagé à l’infini. Où les symboles voyagent plus vite que les communiqués. Où la politique se joue aussi dans le cadrage d’un photographe.

Et si une médaille officieuse devait être décernée ce 31 juillet, elle n’irait sans doute ni à un ruban ni à une plaque de métal. Elle reviendrait à cette poignée de main qui, en quelques secondes, a réussi ce que toute stratégie de communication espère accomplir : capter l’attention. Au Palais de l’Unité, les décorations ont trouvé leurs récipiendaires ; la photographie, elle, a trouvé son public.

Jean -René Meva’a Amougou

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