
L’évènement porté sur l’intégration économique des femmes entreprenantes d’Afrique centrale s’est achevé sur un bilan mitigé mais une vision expansionniste affirmée.

Les rideaux se levées le 31 juillet 2026 sur la Foire transfrontalière d’Afrique centrale (FOTRAC 2026). L’évènement aura mobilisé à Yaoundé une centaine d’entrepreneures du Cameroun, de la Centrafrique, du Congo, de la République démocratique du Congo, de la Guinée Equatoriale, du Gabon, du Sénégal, de la Côte d’Ivoire, du Tchad, entre autres, autour de la promotion de leur savoir-faire, du renforcement des capacités et des activités de réseautage et de networking. « C’est un lieu de rencontres multisectorielles, où les gens manifestent leur désir de partager les expériences, de promouvoir les autres humains. Vous avez vu des dynamiques venues d’Afrique centrale et de l’Ouest, de la diaspora, et même des expatriés de certains pays d’Europe, les officiels. Donc c’est le lieu donner et du recevoir; le but ici c’est de vendre l’image de ces produits, sa structure et pouvoir nouer le maximum de relations pour pouvoir en permanence échanger. Aujourd’hui avec le numérique, tout est possible donc nous sommes là pour faciliter les échanges avec tous les partenaires qui travaillent sur ce volet, des institutions continentales, régionales, nationales, les associations. Il y’a un pan de l’économie sociale et familiale qui est mis en exergue. C’est un pan des populations de notre sous-région qu’on ne doit pas négliger car très présent dans le commerce transfrontalier et le développement local », souligne Danielle Nlate, présidente du Réseau des femmes actives de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (REFAC).
La FOTRAC s’est délocalisée pour sa 17e édition. Elle a quitté sa mythique place de la zone des trois frontières à Kye-Ossi pour apprivoiser Yaoundé, la capitale camerounaise. Un changement qui, bien que stratégique pour l’avenir de la FOTRAC, s’est ressenti sur les faibles quotas de visites. «Le plus important d’habitude c’est le fait de se rencontrer, et personnellement, il y’a des Sénégalais que j’ai connu ici. C’est important aussi de vendre. D’avoir un certain budget au minimum parce que quand on vient ici, on vient avec des bagages, des billets d’avion, des logements, et on des frais de déplacement et autres. C’est très important de vendre parce que sans argent je ne serai pas là aujourd’hui ; mais je ne dirai pas que c’est l’objectif majeur. Le plus important était d’avoir des partenaires et la clientèle aussi. MOI c’est ma première fois ici et c’était une opportunité pour moi de connaitre les Camerounais, de savoir un peu ce qu’ils veulent et aiment. Je ne dirai pas que j’ai appris beaucoup de choses mais j’ai rencontré quelques potentiels partenaires, peut-être avec le temps ça va venir», Maya Cissé, artisane spécialisée dans la confection de vêtements brodés et la cosmétique.
Une ambition continentale
Somme toute, la FOTRAC 2026 a mis en lumière les ambitions expansionnistes du Réseau des femmes actives de la CEMAC (REFAC). Des mutations vers une Foire transfrontalière d’Afrique s’y sont profilées. « Bien que mitigé, le résultat est joyeux et nous sommes motivés pour continuer à travailler de manière à ce que la ZLECAF (Zone de libre-échange continentale africaine) soit une réalité, parce que c’est la clé du développement », martèle Danielle Nlate. Et pour poursuivre la tangente amorcée, le REFAC sait pouvoir compter sur les acquis des dix-sept dernières années. Notamment: une libre-circulation qui connait quelques améliorations dans l’espace communautaire; un réseau d’associations de femmes, et de jeunes structuré. A cela s’ajoute l’implication de la diaspora. « Nous essayons de créer des ponts avec les entreprises occidentales qui veulent venir s’implanter en Afrique.
Nous voulons favoriser ces échanges économiques qui tournent le plus souvent vers le transfert des technologies. Nous sommes intervenus dans le cadre de la FOTRAC pour voir ce que la diaspora peut apporter dans le cadre du développement socio-économique. Il est question de se questionner sur les attentes des populations locales parce qu’aujourd’hui c’est le développement local qui est la clé de tout. Et quand on en parle, on pense à l’artisanat et là, il y a un problème qui revient : la structuration. L’argent est disponible, mais il faut une structuration. Il y’a un gros problème d’expertise, de formation, de renforcement des capacités c’est pourquoi les outils comme la FOTRAC sont louables », affirme Joseph Tsiefack, CEO de la société Transcontinental business services and consulting. Ses propos ouvrent de nouveaux champs d’actions d’accompagnement de la Foire transfrontalière d’Afrique centrale.
Louise Nsana
Le genre et l’intégration pris en otage à Yaoundé
Loin d’être une randonnée d’affaires au Cameroun, la Foire transfrontalière annuelle de l’Afrique centrale (FOTRAC) est ce moule de fabrique des femmes entreprenantes et autonomes, les retombées sont visibles.
C’est une période bien chargée qui s’achève à Yaoundé. Femmes, jeunes, institutions nationales et internationales s’y sont retrouvé sollicités à divers lieux de la capitale pour divers évènements liées à l’économie sociale, familiale et artisanale. La 17e édition de la Foire transfrontalière d’Afrique centrale (FOTRAC) a servi de précurseur à un trio de rendez-vous s’articulant autour de la promotion des produits locaux. Celle-ci a couru du 24 au 31 juillet 2026 au Stade Ahmadou Ahidjo, dans le 5e arrondissement de la capitale. Ladite Foire s’est tenue presque simultanément avec le Salon international de l’artisanat du Cameroun (SIARC), ouverte du 27 juillet au 05 août, et la Journée internationale de la femme africaine le 31 juillet.
Trois concepts évènementiels qui ont au final tourné autour d’articulations identiques: des foire-exposition, des échanges, le réseautage et networking, des conférences, la culture; entre autres. Un problème se pose cependant qui touche à la visibilité des différentes organisations avec un impact sur le nombre de visites. Car sous les différents thèmes qui encadrent les différentes activités, la cible se referme principalement sur les femmes et les jeunes, principaux artisans de la petite économie; mais aussi cible principale des programmes et projets de structuration des filières en vue de reconversions vers le secteur formel. « La FOTRAC, édition spéciale à Yaoundé, a été un succès en termes de participation des institutionnels, partenaires techniques et financiers, administrations publiques et parapubliques, de diversité des exposants venus de différents pays. Seulement, il y’a comme un arrière-goût d’inachevé parce qu’en terme de visiteurs, nous n’avons pas été comblés. La première raison est le chevauchement de plusieurs foires. Ce serait donc l’occasion d’interpeller les différentes sectorielles afin qu’on ait un calendrier des foires; qu’il y’ait une concertation des différents organisateurs, que ce soit public, privé afin qu’il y’ait une harmonie. C’est se tirer la balle dans le pied que d’accepter que ça se passe comme ça. Même pour ceux qui ont les moyens de l’Etat, le rendu ne peut pas être atteint » indique Danielle Nlate, présidente du Réseau des actives de la CEMAC (REFAC).
La même thématique de fond
Le Salon international de l’artisanat du Cameroun (SIARC) est en à sa neuvième édition. L’évènement biennal porté par le ministère des Petites et moyennes entreprises, de l’Economie sociale et l’Artisanat (MINPMEESA) s’est tenu sur le thème : « Entre traditions et modernités : comment stimuler l’innovation artisanale ». Ici aussi, la baisse du nombre de visiteurs est une variable non anticipée, quoique l’évènement est resté très couru. « Je suis lauréate au SIARC ; Je suis de la filière transformation plus précisément la transformation du manioc pour l’agroalimentaire, la savonnerie et la cosmétique. Les produits qui m’ont porté à la compétition c’est le savon et le gel de douche à base de manioc. C’est ma première participation au SIARC. J’ai trouvé du sérieux et lors des séminaires, nous avons été bien édifiés sur toutes les étapes pour quitter du petit artisan à l’industriel». Le Salon est ouvert aux artisans africains de tout bord. Le génie algérien, ivoirien, marocain, béninois, malien, sénégalais, et congolais, s’est de ce fait mis en valeur à cette 9e édition.
Ce qui réfère au final à la même problématique de l’intégration. Laquelle a été largement mise en exergue dans le cadre de cette 64e Journée internationale de la Femme africaine ; qui, au-delà des évènements institutionnels a donné lieu à plusieurs journées de foire-exposition à l’Hôtel de ville de Yaoundé. «Nous avons eu le privilège d’avoir ici des femmes venant des pays de la CEEAC (Communauté économique des Etats de l’Afrique centrale) qui ont participé à une autre activité qui tourne autour de cette 64e édition. Nous interpellons les femmes pour qu’elles sachent qu’elles ont un rôle majeur à jouer sur le développement de l’Afrique, la promotion de la paix», déclarait la ministre de la Promotion de la Femme et de la Famille, Dr Abena Ondoa Marie Thérèse.
Un important dispositif logistique est pourtant mis en branle de part et d’autres pour offrir un cadre d’affaires décents et convivial à tous. Lequel est soutenu par d’importants financements. Face aux exigences de telles organisations et l’ampleur des objectifs non atteints, des voix se lèvent pour réclamer une meilleure programmation des foires, salons, et autres programmes évènementiels. «Nous proposons la date au cours de la réunion qui se tient toujours en début d’années, comme cette fois-ci elle a eu lieu en février, mais la date était déjà annoncée en janvier. Elle a été validée en février au cours de la réunion du Comité interministériel élargi au secteur privé. Les autres sectoriels prennent part à cette réunion et sont donc informées de dates retenues mais à un moment, on constate qu’elles aussi choisissent à peu près la même période», explique Danielle Nlate; dont les regards se portent désormais vers de futures échéances.
Louise Nsana


