La tardive prise de conscience de Jacques

Mon ami Jacques m’a raconté la conversation qu’il a eue pendant son sommeil avec sa mère décédée il y a 5 ans.
Elle: tous les ans, le 2 novembre, tu nettoies et fleuris ma tombe.

À tes collègues et à tes enfants tu dis que je te manque terriblement et que tout enfant devrait prendre soin de sa mère, de son vivant.
Tu as pleuré à chaudes larmes, le jour où on t’a annoncé mon décès. Tu étais inconsolable. Les gens qui te voyaient dans cet état avaient pitié de toi, Jacques. Pas moi car, durant les 10 dernières années de ma vie sur terre, tu n’étais plus proche de moi. Quand tu prenais tes vacances, tu préférais les passer en ville, chez tes beaux-parents. Tu ne te souvenais plus de la petite case où je t’avais mis au monde et où je t’avais élevé avec ton père. J’avais le sentiment que tu avais honte et de cette case et de moi-même. Pour voir mes petits-enfants, j’étais obligée de me rendre chez tes beaux-parents. Je ne pouvais communiquer avec ces derniers parce que tu ne leur avais pas enseigné notre belle langue. Tout cela me rendait triste et, une fois revenue dans ma petite case, je ne pouvais m’empêcher de verser des larmes.
À tes enfants et à tes amis dont les mamans sont encore en vie, dis ceci: une mère qui a été négligée et abandonnée de son vivant n’a pas besoin de larmes de crocodile. Elle n’attend pas que ses enfants achètent un beau et coûteux cercueil pour elle, ni qu’ils organisent de grandes funérailles pour elle. Bref, elle n’est point intéressée par le tape-à-l’œil, par la prodada, etc.
Ce dont j’avais besoin, fils, c’était une présence, une attention, des visites, des soins. Je voulais que mes petits enfants et toi-même soyez contents et fiers de dormir avec moi dans ma case pendant vos vacances. J’espérais que tu m’inviterais à passer mes derniers moments chez toi. Hélas, cette invitation ne vint jamais.
Jacques: maman, tu as raison sur toute la ligne. Je te demande pardon de t’avoir blessée et fait souffrir sans le savoir. Je regrette profondément d’avoir oublié que les parents sont Dieu sur terre.
Elle: Si tu as compris enfin combien une mère est importante, tant mieux !
Jean-Claude Djéréké


