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L’ONU de Macky Sall

Réformer l’ONU ? L’idée revient régulièrement, un peu comme les bonnes résolutions du Nouvel An : tout le monde applaudit, puis chacun reprend ses habitudes. Macky Sall, lui, affirme vouloir passer des discours aux travaux pratiques. En briguant le secrétariat général des Nations unies, l’ancien président sénégalais promet de remettre de l’huile dans les rouages d’une machine qui grince de plus en plus.

Son constat est difficile à contester. Des milliers de réunions, des dizaines de milliers de mandats, une bureaucratie tentaculaire et, au bout du compte, une organisation qui donne parfois l’impression de courir derrière les crises plutôt que de les prévenir. À force de produire des résolutions que les belligérants lisent rarement avant de reprendre les combats, l’ONU finit par ressembler à un arbitre dont plus personne ne conteste les décisions parce que plus personne ne les écoute.

Le candidat sénégalais veut rompre avec cette mécanique. Il promet une ONU plus légère, plus numérique et plus transparente. L’intelligence artificielle, explique-t-il, doit moderniser une institution qui semble parfois avancer à la vitesse des procédures administratives. Une révolution technologique pour une organisation qui a souvent du mal à suivre la cadence du monde : l’ambition est réelle.

Macky Sall entend aussi redonner du souffle au poste de secrétaire général. À ses yeux, le titulaire ne doit pas être le gardien résigné d’un règlement intérieur, mais un médiateur capable de parler à tous, y compris à ceux qui ne s’adressent plus la parole. Une conception séduisante, encore faut-il que les grandes puissances acceptent d’écouter. Or le Conseil de sécurité ressemble parfois moins à une enceinte de dialogue qu’à un concours de vétos.

Autre promesse : restaurer la confiance. Selon lui, la crise financière de l’ONU cache surtout une crise de crédibilité. Ouvrir les comptes, rendre publiques les réformes, convaincre les États que leur argent produit des résultats : difficile de s’y opposer. Mais la transparence est une vertu que chacun réclame à condition qu’elle éclaire surtout le voisin.

Son plaidoyer pour une réforme de l’architecture financière internationale dépasse enfin la seule campagne. Il rappelle que les pays du Sud continuent d’emprunter plus cher pour financer leur développement. Un paradoxe devenu insupportable à l’heure où les crises climatiques, sanitaires et sécuritaires exigent davantage de solidarité que de discours.

Reste une question. Le prochain secrétaire général pourra-t-il vraiment transformer l’ONU sans que les grandes puissances acceptent elles-mêmes de changer leurs réflexes ? Car le problème des Nations unies n’est pas seulement son fonctionnement. C’est aussi la volonté de ses principaux actionnaires.

La candidature de Macky Sall a au moins le mérite de poser la bonne question : faut-il continuer à administrer une institution qui s’essouffle ou enfin la réinventer ? Le chantier est immense. Et, à New York, tout le monde sait qu’il est plus facile de voter une réforme… que de la faire appliquer.

Jean-René Meva’a Amougou

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