Production de parpaings : des réseaux verrouillent le marché
Des producteurs dénoncent une ambiance où certains opérateurs seraient mieux placés que d’autres pour accéder aux matières premières et à la clientèle.

Dans les quartiers périphériques de Yaoundé comme sur certains chantiers de Douala, la guerre du béton ne se joue pas seulement entre maçons. Elle commence bien plus loin, dans les carrières de sable, autour des camions, des cimenteries improvisées et des fabriques de parpaings.
À Soh Mbe, sur la route de Mfou, Jules attend sa livraison. Il doit produire plusieurs milliers de parpaings, mais le sable tarde à arriver. « J’ai déjà pris du retard pour les livraisons », se plaint ce chauffeur qui travaille avec des producteurs locaux. Quatre jours d’attente, dans une activité où chaque journée perdue signifie des commandes repoussées et des clients mécontents.
À quelques mètres, une fabrique continue pourtant de tourner. Son propriétaire, originaire de l’Ouest, disposerait, selon ses concurrents, de circuits d’approvisionnement plus réguliers. Le phénomène nourrit une accusation récurrente chez certains producteurs : celle d’un marché dominé par des réseaux communautaires particulièrement bien organisés.
Il faut toutefois se garder de transformer une concurrence commerciale en procès d’une communauté entière. Les personnes interrogées parlent de pratiques attribuées à certains opérateurs, pas d’une règle générale. Leur frustration porte surtout sur l’accès au sable, au ciment, aux ouvriers et, surtout, aux clients.
Circuit
Le nerf de la guerre reste le prix. Certains producteurs affirment que leurs concurrents peuvent proposer des parpaings moins chers parce qu’ils bénéficient d’un approvisionnement plus avantageux. À Meyo, dans l’arrondissement de Yaoundé IV, une productrice estime ainsi que la main-d’œuvre lui échappe parce que certains fabricants proposeraient des rémunérations légèrement supérieures.
Sur les chantiers, la différence se mesure parfois en quelques dizaines de francs. Un parpaing vendu 225 francs peut être proposé à 200 francs par un concurrent, livraison comprise. Pour le client, l’économie paraît modeste. Pour le producteur, elle peut suffire à faire basculer toute une commande.
À Douala, dans le secteur de Japoma, Théodore, ancien fabricant de parpaings, explique avoir abandonné la production pour se tourner vers les produits agroalimentaires. Il accuse certains concurrents de casser les prix et d’être favorisés par leur capacité à contrôler une partie de la chaîne logistique.
Il évoque également les livraisons de sable. Selon lui, un camion annoncé pour une vingtaine de tonnes pourrait parfois arriver avec une quantité inférieure. Ces affirmations demanderaient naturellement des contrôles et des mesures contradictoires pour être établies.
Car le véritable problème dépasse les rivalités entre fabricants. Dans une économie urbaine en construction permanente, le parpaing est devenu un produit stratégique. Mais la chaîne qui va de la carrière au chantier reste souvent peu structurée : prix variables, transport coûteux, approvisionnement irrégulier et faible formalisation de nombreux acteurs.
La concurrence n’est pas un problème en soi. Elle devient préoccupante lorsqu’elle repose sur l’accès privilégié à une ressource, des pratiques commerciales déloyales ou des barrières informelles à l’entrée. Le secteur aurait surtout besoin de règles transparentes et applicables à tous.
À défaut, le client continuera de chercher le parpaing le moins cher, tandis que les producteurs continueront de chercher le sable le moins cher. Et, entre les deux, la guerre commerciale risque de rester aussi dure que le béton qu’ils fabriquent.
André Gromyko Balla


