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RDC/Ebola : l’épidémie s’étend à une sixième province sur fond de risque de transmission prolongée 

L’épidémie d’Ebola en cours en République démocratique du Congo (RDC) s’est étendue à une sixième province, avec 4.727 cas confirmés et 2.214 décès à ce jour, alors que les autorités sanitaires avertissent que la persistance de la transmission communautaire et les lacunes dans le suivi des contacts pourraient prolonger une épidémie déjà devenue la deuxième plus importante jamais enregistrée dans le monde.

l’épidémie s’étend à une sixième province de la R-D Congo

Selon le dernier rapport de situation publié vendredi par les autorités sanitaires congolaises, l’épidémie touche désormais 55 zones de santé dans six provinces, à savoir le Bas-Uélé, le Haut-Uélé, l’Ituri, le Nord-Kivu, le Sud-Kivu et la Tshopo.

La zone de santé de Buta, dans la province septentrionale du Bas-Uélé, a récemment rejoint la liste des zones touchées. Le directeur général du Centre africain de contrôle et de prévention des maladies (CDC Afrique), Jean Kaseya, a indiqué jeudi qu’une personne avait quitté Isiro, dans la province voisine du Haut-Uélé, pour se rendre à Buta, où elle est ensuite décédée.

L’Ituri reste le principal épicentre de l’épidémie. Selon les derniers chiffres officiels, 976 personnes ont guéri depuis le début de l’épidémie.

LA TRANSMISSION COMMUNAUTAIRE RESTE UN DEFI MAJEUR

Malgré le renforcement des capacités de laboratoire, de prise en charge et de surveillance depuis la déclaration de l’épidémie en mai, les autorités sanitaires estiment que certaines chaînes de transmission restent encore non identifiées.

M. Kaseya a indiqué que plus de 63% des décès liés à Ebola survenaient actuellement dans les communautés, plutôt que dans les centres de traitement ou les hôpitaux, estimant qu’il s’agissait d’un indicateur majeur de la poursuite de la transmission du virus au niveau communautaire.

Les décès survenant dans les communautés compliquent davantage la riposte, car les autorités sanitaires peuvent ignorer qui a été en contact avec les personnes infectées avant ou après leur décès, ce qui rend plus difficiles le suivi des contacts ainsi que les inhumations sûres et dignes, a-t-il expliqué.

Le dernier rapport du gouvernement fait état d’un taux de suivi des contacts de 82,6%. Le CDC Afrique a toutefois souligné que la proportion de contacts enregistrés effectivement suivis ne permettait pas à elle seule d’évaluer l’efficacité du traçage si un grand nombre de contacts ne sont pas identifiés au départ.

M. Kaseya a estimé que ces chiffres montraient la nécessité de renforcer la surveillance communautaire et l’identification des contacts. L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a exprimé des préoccupations similaires.

Son directeur général, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a indiqué mercredi lors d’une conférence de presse à Genève qu’une proportion élevée de décès continuait de survenir dans les communautés et que de nombreux nouveaux cas étaient détectés chez des personnes ne figurant pas sur les listes de contacts déjà établies, ce qui montre que certaines chaînes de transmission restent encore non identifiées.

« C’est déjà la deuxième plus grande épidémie d’Ebola jamais enregistrée et elle progresse plus rapidement que toutes les précédentes », a-t-il dit. « Au rythme actuel, elle est en passe de dépasser l’épidémie d’Ebola qui a frappé l’Afrique de l’Ouest de 2014 à 2016 », a-t-il averti. Cette dernière, la plus importante jamais enregistrée, avait touché plus de 28.600 personnes.

L’AMPLEUR REELLE DE L’EPIDEMIE RESTE INCERTAINE

Les responsables sanitaires ont également averti que les chiffres officiels pourraient ne pas refléter pleinement l’ampleur réelle de l’épidémie.

La RDC a officiellement déclaré l’épidémie le 15 mai, mais M. Kaseya a indiqué que des études examinées par le CDC Afrique suggéraient que la transmission pourrait avoir commencé dès le mois de février.

« Nous n’avons aucune idée de ce qui s’est passé entre février et mai », a-t-il déclaré, ajoutant que les données recueillies depuis la déclaration de l’épidémie ne devaient pas nécessairement être considérées comme reflétant l’ensemble de la situation.
Le CDC Afrique préconise désormais une riposte davantage ancrée au niveau des villages, qui permettrait également de reconstituer les premières phases de l’épidémie.

Selon Jean Kaseya, les communautés seront appelées à aider à identifier les personnes décédées ou tombées malades entre janvier et mai après avoir présenté des symptômes compatibles avec Ebola. Lorsque la confirmation en laboratoire n’est plus possible, ces informations pourraient néanmoins aider les autorités à mieux estimer l’étendue de la transmission avant la détection officielle de l’épidémie.

Ces enquêtes rétrospectives devraient permettre de mieux appréhender « l’ampleur de l’épidémie que nous ne connaissons pas encore », a-t-il ajouté. Les responsables de l’OMS sont parvenus à une évaluation préliminaire similaire.

Chikwe Ihekweazu, directeur exécutif du Programme de gestion des situations d’urgence sanitaire de l’OMS, a indiqué que les investigations menées jusqu’à présent suggéraient que le virus pourrait avoir circulé pendant deux à trois mois avant la détection officielle de l’épidémie, tout en précisant que la date exacte du début de la transmission faisait encore l’objet d’enquêtes.

L’EPIDEMIE POURRAIT DURER JUSQU’A UN AN

L’OMS et le CDC Afrique ont tous deux averti que l’incapacité à interrompre rapidement la transmission pourrait transformer cette épidémie en une urgence de santé publique prolongée.

Abdirahman Mahamud, directeur à l’OMS chargé des opérations d’alerte et de riposte aux urgences sanitaires, a indiqué mercredi que la planification de la riposte reposait actuellement sur un scénario modéré dans lequel l’épidémie pourrait se poursuivre pendant environ six mois.

« Dans le pire des scénarios, cette épidémie pourrait durer de neuf à douze mois », a-t-il dit, ajoutant que tous les efforts étaient déployés pour en réduire la durée. Le CDC Afrique a formulé une mise en garde encore plus forte.

M. Kaseya a indiqué jeudi que l’épidémie, qui ne touchait que trois zones de santé au moment de sa déclaration, s’était désormais étendue à plus de 50 zones de santé dans six provinces, tandis que la transmission communautaire se poursuivait.

« Si nous n’arrêtons pas cette épidémie », a-t-il averti, elle pourrait durer plus d’un an et finir par devenir la plus importante épidémie d’Ebola jamais enregistrée.

Selon lui, inverser la trajectoire de l’épidémie nécessitera une combinaison de mesures plutôt qu’une intervention unique, notamment un rôle accru des villages dans la surveillance et la riposte, la garantie de l’accès aux services de santé essentiels, le renforcement de l’orientation des cas suspects, le déploiement de moyens médicaux supplémentaires et une meilleure coordination des ressources consacrées à la riposte.

KINSHASA, 14 août (Xinhua) —

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