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RDC/Ebola : plus de 5.200 cas, l’ampleur réelle de l’épidémie pourrait être bien plus importante

En date du 18 août, 5.208 cas confirmés d’Ebola ont été enregistrés en République démocratique du Congo (RDC), dont 2.476 décès, soit un taux de létalité de 47,5%, selon les données publiées mercredi par les autorités sanitaires congolaises. Au total, 1.115 patients ont été guéris.

l’ampleur de l’épidémie dépasse «de deux à quatre fois» les estimations officielles, selon l’OMS

Cependant, le Centre africain de contrôle et de prévention des maladies (CDC Afrique) a averti jeudi que seuls 30% à 40% des cas seraient actuellement détectés, ce qui porterait leur nombre réel entre 10.000 et 15.000.

Cette mise en garde intervient alors que le gouvernement congolais a lancé jeudi une initiative d’urgence visant à renforcer la surveillance le long du fleuve Congo, afin d’empêcher que l’un des principaux axes de transport d’Afrique centrale ne devienne un nouveau corridor de propagation du virus vers de grandes villes, dont la capitale Kinshasa.

DES CAS NON DETECTES

Le CDC Afrique a indiqué qu’une modélisation réalisée par l’Institut national de recherche biomédicale (INRB) de la RDC, en collaboration avec l’Imperial College London et d’autres partenaires, suggérait que l’ampleur réelle de l’épidémie était nettement supérieure aux chiffres confirmés.

« Nous ne détectons que 30% à 40% des cas », a déclaré Kyeng Mercy, une spécialiste du CDC Afrique, lors d’un point de presse en ligne jeudi. « Si l’on considère le fardeau réel, nous devrions être au-delà de 10.000, voire jusqu’à 15.000 cas. »

Mme Mercy a toutefois souligné que ces chiffres reposaient sur des modèles et comportaient donc une marge d’incertitude, tout en estimant que plusieurs indicateurs concordaient pour montrer une sous-détection importante.

« Les modèles ont aussi leurs limites en termes d’incertitude », a-t-elle reconnu. « Nous disons simplement que, sur la base de certains indicateurs, nous ne détectons pas autant de cas que nous le devrions. »

Yap Boum II, chef de la division de la préparation et de la réponse aux urgences du CDC Afrique, a indiqué lors du même point de presse que moins de 10% des cas détectés concernaient actuellement des contacts connus, tandis que moins de 40% présentaient un lien épidémiologique avec un autre cas confirmé.

Selon lui, les manifestations cliniques relativement plus modérées et moins typiques de l’infection par la souche Bundibugyo du virus Ebola, à l’origine de cette épidémie en cours, par rapport à celles provoquées par la souche Zaïre, pourraient également dissuader certains malades de se rendre rapidement dans les structures de soins, compliquant encore l’évaluation de l’ampleur réelle de l’épidémie.

Jean Kaseya, directeur général des CDC Afrique, avait déclaré mercredi à des médias congolais que l’épidémie « n’est pas sous contrôle », avertissant qu’elle pourrait finir par dépasser celle qui avait frappé l’Afrique de l’Ouest entre 2014 et 2016 si des changements majeurs n’étaient pas rapidement apportés à la riposte.

Il a par ailleurs estimé que la transmission pourrait avoir commencé autour du mois de février, soit plusieurs mois avant la déclaration officielle de l’épidémie le 15 mai. Le nombre de cas et de décès survenus durant cette période passée inaperçue reste inconnu et pourrait alourdir considérablement le bilan réel.

LE FLEUVE CONGO, NOUVELLE LIGNE DE DEFENSE

Dans ce contexte, le gouvernement congolais a lancé jeudi l’initiative « Fleuve Congo sans Ebola », destinée à empêcher que le principal axe fluvial du pays ne devienne une nouvelle voie de propagation de l’épidémie.

Le plan vise notamment à empêcher le virus d’atteindre de grands centres urbains riverains, en particulier Kinshasa, mégapole de près de 20 millions d’habitants où aucun cas d’Ebola n’a jusqu’ici été confirmé, tout en réduisant le risque de propagation vers la République du Congo et la République centrafricaine.

Le fleuve Congo constitue l’un des principaux axes économiques et de transport d’Afrique centrale, emprunté chaque jour par des milliers de voyageurs, commerçants et transporteurs, selon le Bureau régional de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pour l’Afrique.

Les autorités sanitaires redoutent que cette forte mobilité ne permette à des personnes infectées mais non encore détectées de parcourir de longues distances avant l’apparition ou l’identification des symptômes.

Les mesures prévues comprennent un renforcement de la surveillance et du contrôle sanitaire dans les ports et sur les voies fluviales, la mise en place de réseaux communautaires d’alerte précoce, l’augmentation des capacités d’isolement et de prise en charge dans plusieurs points stratégiques, ainsi que le déploiement de laboratoires mobiles flottants et la préparation d’éventuelles mises en quarantaine de bateaux.

La première phase intensive doit durer trois mois et sera consacrée notamment à l’équipement des points de contrôle, au renforcement des capacités locales et à la sensibilisation des communautés riveraines.

Body Ilonga, secrétaire général du ministère congolais de la Santé, a confirmé jeudi que la priorité était de détecter rapidement les cas suspects et de rompre les chaînes de transmission.

L’initiative bénéficie de l’appui d’un mécanisme inter-agences réunissant notamment l’OMS et plusieurs autres agences des Nations Unies. Un financement catalytique de neuf millions de dollars a été mobilisé par l’intermédiaire du Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA). Ce dispositif fluvial ajoute une nouvelle dimension géographique à une épidémie qui s’est déjà rapidement étendue par voie terrestre.

Le CDC Afrique a indiqué jeudi que la progression de la transmission dans la province septentrionale du Bas-Uélé, proche de la République centrafricaine, rendait également de plus en plus urgente une surveillance transfrontalière renforcée.

« L’ensemble du continent doit être en état d’alerte élevé », a affirmé Mme Mercy, ajoutant que les risques les plus importants se concentraient actuellement dans certaines parties de l’Afrique de l’Est et de l’Afrique centrale.

LA RIPOSTE SE RECENTRE SUR LES VILLAGES ET LA VACCINATION

Les autorités sanitaires tentent parallèlement de revoir en profondeur la riposte, après que M. Kaseya a reconnu mercredi que « l’approche n’a pas été la meilleure ».

Le CDC Afrique et le gouvernement congolais s’orientent de plus en plus d’un suivi classique des contacts vers ce qu’ils appellent une « approche centrée sur les villages », en particulier dans les foyers où la transmission est devenue trop diffuse pour être maîtrisée uniquement à partir des listes de contacts.

Dans le cadre de cette approche, les chefs de village et les relais communautaires doivent participer aux recherches porte-à-porte, signaler les alertes, identifier les cas suspects et mettre directement les familles en relation avec les structures sanitaires et les équipes de riposte.

Cette stratégie vise aussi à réduire une défiance persistante qui a contribué aux retards de prise en charge, aux décès communautaires et aux résistances rencontrées par les équipes d’intervention. La vaccination doit également prendre une place plus importante dans la riposte.

Un premier lot de 70.000 doses du vaccin Ervebo doit être mis à la disposition de la RDC, bien que ce vaccin soit homologué contre la souche Zaïre et non Bundibugyo.

Selon l’OMS, le Groupe international de coordination pour l’approvisionnement en vaccins (ICG) a informé le gouvernement congolais de la libération immédiate de ces 70.000 premières doses.

Les autorités congolaises prévoient de les utiliser à la fois dans le cadre de recherches et auprès des personnels de première ligne et des populations à risque, sur la base d’éléments scientifiques émergents suggérant une possible protection croisée.

M. Kaseya a indiqué mercredi que les premières doses devraient arriver dans les prochains jours. Il a estimé que la trajectoire pouvait être inversée si les mesures convenues avec les autorités congolaises étaient pleinement mises en œuvre.

« Je pense que cette population peut espérer qu’avec toutes les mesures que nous allons mettre en place, nous pourrons arrêter cette épidémie », a-t-il ajouté.

KINSHASA, 20 août (Xinhua) —

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