SNH : Le Lamido de Maroua au Conseil d’administration, une nomination qui ravive le débat sur la représentation du Grand Nord
La nomination de Sa Majesté El Hadj Abdoulaye Yerima Bakary, Lamido de Maroua, au Conseil d’administration de la Société nationale des hydrocarbures (SNH), décidée mercredi par le président Paul Biya, a été accueillie avec enthousiasme dans le Diamaré. Au-delà des félicitations, cette désignation relance cependant un débat ancien sur la représentation des différentes composantes sociologiques du Grand Nord dans les hautes sphères de l’État.

Le décret présidentiel du 22 juillet 2026 nommant le Lamido de Maroua parmi les représentants de la Présidence de la République au Conseil d’administration de la SNH a suscité une vive effervescence au palais de Kakataré. Figure traditionnelle de premier plan, Abdoulaye Yerima Bakary rejoint l’organe de gouvernance de l’une des entreprises publiques les plus stratégiques du Cameroun. Chef du canton de Dogba depuis 1995, ancien maire de Maroua I et vice-président du Conseil national des chefs traditionnels, le souverain du Lamidat de Maroua cumule une expérience dans les sphères coutumière, politique et économique.
Pour le docteur Waldé Enoc, « cette nomination consacre un déséquilibre ancien ». Ce politologue originaire du septentrion soutient que « depuis 1960 les chrétiens et animistes nordistes sont restés marginalisés dans le pouvoir de nominations. Bien que le Grand Nord soit perçu de l’extérieur comme un bloc musulman, les chrétiens et animistes sont majoritaires. Dans la répartition des postes ministériels ou de directions générales, le pouvoir central privilégie des figures musulmanes pour incarner la représentativité du Nord. Les postes de Gouverneurs, Recteurs, PCA, Préfets, DAG dans des ministères, issus du Nord ont été pendant des années confiés à l’élite musulmane ».
Pour les affidés du lamidat de Maroua, les réactions oscillent entre félicitations et attentes. « Mes félicitations au Lamido de Maroua », écrit Abdou Mbourssaï, tandis qu’Ousman Hassana rappelle que « sa tranquillité viendra de ce que son peuple soit à l’abri du besoin », traduisant l’espoir que cette promotion puisse se traduire par des retombées concrètes pour la région.
D’autres voix restent plus réservées. Maurice Choga, étudiant en droit public à l’université de Yaoundé II estime que « les nominations publiques ne récompensent pas toujours les profils les plus compétents. Il faut faire valoir des critères fondés sur le mérite que sur les considérations politiques ». Pour lui, cette nomination illustre une stratégie récurrente du pouvoir central : s’appuyer sur les figures traditionnelles pour consolider l’équilibre politique. « Le président Paul Biya a toujours utilisé les lamidats comme relais de légitimité », rappelle Mahama Albert, militant du MRC à Kaélé, joint au téléphone. « En intégrant le Lamido de Maroua à la SNH, il renforce un axe de fidélité institutionnelle tout en envoyant un signal au Grand Nord. Il y a à peine quelques jours, ce lamido recevait une onction administrative pour imposer la candidature de son fils de 16 ans comme chef de deuxième degré dans le canton de Dogba. Aujourd’hui on lui déroule le tapis rouge à la SNH. Que fait-on des administrés qui observent ce partage de pouvoir qui se fait sans eux ? ».
Certains responsables issus des communautés communément regroupées sous l’appellation « Kirdi » estiment depuis longtemps que leur accès aux postes de décision demeure insuffisant. « La marginalisation dénoncée n’est pas seulement religieuse, elle est sociopolitique. Bien que des progrès soient visibles, le sentiment d’être des « citoyens de seconde zone » au sein de nos régions reste un puissant moteur de frustration politique » argumente un fils kirdi, responsable dans une institution public à Yaoundé qui a choisi de requérir à l’anonymat.
Dans les débats qui ont pignons sur rue sur les plateaux télévisés et les réseaux sociaux, on peut entendre des camerounais soutenir que « le Conseil d’administration de la SNH est avant tout un organe de gouvernance dont les membres sont choisis pour accompagner les orientations stratégiques de l’entreprise. D’autres soutiennent que dans un pays marqué par la diversité de ses composantes, chaque nomination possède une portée symbolique qui nourrit les perceptions locales.
Tom


