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Société de recouvrement des créances : une machine défectueuse sous le feu des comptes

La Société de recouvrement des créances (SRC) des institutions publiques est dans le collimateur de la Chambre des comptes. Après un audit couvrant la période 2018-2022, l’institution pointe du doigt des irrégularités, une gouvernance défaillante et des performances opérationnelles en berne.

La SRC, censée récupérer et reverser les créances détenues par l’État, détient encore au 31 décembre 2022, 14,121 milliards FCFA de trésorerie non transférée. À cela s’ajoutent 107,127 millions FCFA provenant de condamnations pécuniaires impayées aux bénéficiaires désignés. La Chambre des comptes appelle ainsi à un redressement immédiat de la gestion.

La situation est d’autant plus critique que les besoins de financement du développement explosent. Les conditions d’emprunt restent défavorables aux pays en développement, et le manque de rigueur de la SRC apparaît comme un navire sans boussole. Le rapport souligne que la valeur historique des créances à recouvrer, 597 milliards FCFA fin 2022, doit être ajustée pour refléter la réalité et établir un plan de recouvrement crédible, avec suivi à moyen terme. Dans son rôle de liquidateur, la SRC ne connaît pas non plus l’état exact des dettes des entités en liquidation. Or, la bonne pratique exige un inventaire précis, classé par ordre de priorité, pour un apurement efficace.

Les dépenses de la SRC ne sont pas en reste. L’audit dénonce notamment des irrégularités dans la rémunération des membres de la Commission interne de passation des marchés (CIPM). Alors que le règlement fixe des indemnités de session – 100 000 FCFA pour le président et 75 000 FCFA pour les autres membres – le rapport relève que ces derniers ont été payés par dossier, générant 10 875 000 FCFA d’indemnités indues. La Chambre pointe également l’absence d’une comptabilité analytique et la non-certification des comptes par le ministère des Finances, rendant impossible le suivi de l’économie et de l’efficience des opérations. Résultat : aucune maîtrise des coûts, absence d’analyse des écarts et confusion dans la comptabilisation des charges.

Pour corriger le tir, la Chambre recommande la mise en place urgente d’une comptabilité analytique, le recrutement d’un directeur administratif, comptable et financier et la fin du contrat d’assistance technique actuelle. Elle préconise également la révision des conventions sur le reversement des sommes recouvrées, avec un montant minimum à provisionner pour couvrir les frais et un délai maximal de 12 mois pour recouvrer 70 % des sommes. Le reversement immédiat de la trésorerie disponible après signature des conventions constitue une condition sine qua non pour remettre la SRC sur les rails.
Entre défaillances structurelles et dépenses excessives, la SRC apparaît comme une machine qui grince et coûte cher à l’État. La Chambre des comptes sonne l’alarme : il ne s’agit plus de bricoler des procédures, mais de remettre la gouvernance et la rigueur au cœur d’une institution stratégique pour l’économie camerounaise.

Louise Nsana

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