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Tribalisation du débat public : sa Majesté Bruno Mvondo appelle à un sursaut républicain

Le chef traditionnel coutumier s’inscrit en faux contre les acteurs de la segmentation du vivre-ensemble et de la cohésion sociale.

Sa Majesté Bruno Mvondo appel à une détribalisation des débats publics

La montée des discours tribalistes dans l’espace public a dépassé le cap de dérives aléatoires au Cameroun. Médias et réseaux sociaux en sont dorénavant infestés avec constance. A l’approche notamment d’évènements politiques majeurs dans le pays. Ici l’on s’accuse, l’on s’injurie. La diffamation, la menace et l’a surveillance mutuelle sont des phénomènes qui s’imposent progressivement comme mode de fonctionnement du vivre-ensemble. Il faut paraitre lisse pour ne pas vivre l’expérience d’une immolation virtuelle.

Face à la montée des discours tribalistes dans l’espace public, Sa Majesté Bruno Mvondo tire la sonnette d’alarme. L’autorité traditionnelle qualifie cette dérive de « honte » et rappelle les fondements de l’unité nationale. « Hier, avant le colon, nous étions des micro-nations dans nos royaumes autonomes. Aujourd’hui que nous avons décidé, d’un commun accord, de nous constituer en État, il n’est pas normal de nous dénigrer les uns les autres », déclare-t-il.

La parole du gardien du savoir ancestral est un appel à l’ordre au milieu du chaos ambiant. Dans une posture républicaine, il rappel à la conscience collective, l’évolution du Cameroun vers un Etat unitaire. Une réalité qui impose « à chacun la lourde responsabilité d’entretenir la paix en soi et autour de soi », martèle-t-il; appelant dans le même temps à la perpétuation de cet esprit dans toutes les institutions et politiques publiques.

Le rôle des chefferies traditionnelles
Les autorités traditionnelles peuvent-elles contenir cette montée du tribalisme ? A cette question posée par nos soins, la réponse de Sa Majesté Bruno Mvondo est sans ambages : « Oui ». La solution passe par un retour aux valeurs cardinales. Notamment, la crainte du Créateur, l’hospitalité, le dialogue, le sens du partage, la famille communautaire et la préservation de l’environnement. « Les chefs ne sont pas silencieux. Ils sont même les plus actifs. Chaque chef maintient la paix et la cohésion sociale sur son territoire avec le peu de moyens et d’outils qu’il peut mobiliser. Il est important d’avoir une approche nationale à partir des chefferies avec nos valeurs traditionnelles, accompagnée de moyens conséquents ».

La question de la terre
Dans sa posture d’acteur du Conseil des chefs traditionnels du Cameroun, Sa Majesté Bruno Mvondo a la maitrise de la place de la terre dans les préoccupations des communautés. Il insiste de ce fait sur la dimension incessible et inaliénable de celle-ci. Il appelle à une transmission transgénérationnelle qui s’adosse à une réforme des indemnisations. « Il est proposé que désormais les communautés soient surtout actionnaires dans tout investissement entrepris sur leurs terres ». Une manière, selon lui, d’arrimer tradition et développement, tout en préservant la paix sociale. L’appel est on ne peut plus clair, refuser la stigmatisation et conjuguer les différences pour bâtir l’harmonie nationale.

Louise Nsana

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