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Un Bilinguisme tous azimuts comme passerelle efficace pour l’Intégration Sociale

Le décret présidentiel n°2017/013 du 23 janvier 2017, créant la Commission Nationale pour la Promotion du Bilinguisme et du Multiculturalisme, était, et reste, une confirmation de l’option officielle camerounaise, de cimenter l’intégration sociale de notre nation.

Entre autres leviers déployés dans ce sens, cette institution qui devra passer à sa vitesse de croisière, a ouvert des antennes dans nos régions. Avec tous ses démembrements, elle ne pourra être efficace que si leurs actions ciblent la réalisation d’un bilinguisme de masse.

N’en déplaise aux polémistes et pinailleurs de la scène internationale pour qui l’option bilingue de notre pays n’est qu’un leurre, ils devront retenir que les richesses du Cameroun ne se limitent pas seulement à l’abondance de ses ressources humaines fiables, minières, agro-forestières, et qu’il soit en même temps un dense réseau hydrographique. Il y a aussi que son héritage culturel historique, le positionne à une échelle culturelle moins perceptible par les esprits inattentifs, et même étourdis : chaque Camerounais ou Camerounaise, compte parmi les 13 % de la population mondiale qui parlent au moins trois langues. Parce qu’au pays du Bikutsi, du Makossa, du Toghu, du Ndolé et du Eru, l’on naît dans le multilinguisme. En plus donc d’être anglophone ou francophone , en l’occurrence ceux et celles qui n’ont pas l’anglais ou le français comme leur langue maternelle, on jouit d’un capital ou potentiel linguistique qu’on hérite de ses ascendants : des dialectes. Et, vient s’ajouter ce fameux pidgin, langue véhiculaire simplifiée, qui naît spontanément du contact entre des groupes de personnes ne partageant aucune langue commune. Le pidgin qui sert uniquement aux échanges utilitaires, avec pour curiosité qu’il n’est la langue maternelle de personne. Le Camerounais de nos jours, se retrouve contraint de pratiquer quatre langues selon chaque exigence de circonstance. Il doit donc être pourtant su et compris, que pour garantir l’égalité des citoyens, et pour ce bilinguisme national ou collectif, l’État reconnaît officiellement deux langues administratives et juridiques distinctes.

Quelques obstacles au bilinguisme officiel
Dans cet univers social camerounais bien multilingue, le bilinguisme officiel – qui consacre l’anglais et le français – l’approbation de ces outils de communication reste un combat certain. Au-delà de l’école, où ces deux langues figurent dans les programmes d’enseignements depuis la base, des Centres Linguistiques sont ouverts dans les régions, mais pas dans toutes les unités administratives du pays. Les citoyens fortunés de tout bord et jouissant de la proximité de ces centres, peuvent s’approprier ces outils de communication. Mais déjà, le relever n’est pas un crime, il y a ce déséquilibre démographique naturel et institutionnel, en faveur du français. À tous les coups presque, et dans les services public, para-publics ou privés, on ne trouve pas toujours des agents maniant les deux langues. Et ce déséquilibre démographique, qui n’est imputable à personne, laisse cependant percevoir une forme malheureuse de marginalisation déjà relevée par le Chef de l’État. Des documents officiels qui ne sont pas toujours publiés en anglais et en français, des rejets même non voilés dans des services publics, parce que l’agent en face d’un usager ne s’exprime pas dans la langue officielle qu’il maîtrise, ou ne le fait qu’au stade de balbutiement. Ces usagers qui, pour la plupart, se voient rabrouillés à cause de leur ignorance, couvent des frustrations qui distancient les uns des autres et ne favorisent aucunement l’intérêt d’un rapprochement humain. Une attitude morale qui met à mal le moral de certains face aux efforts du vivre ensemble tant prôné et espéré. On notera bien aussi, l’expression intermittente des préjugés stéréotypés entre les communautés linguistiques, avec pour conséquence inévitable, l’affaiblissement de la cohésion sociale, et même l’envie d’une cohabitation. Il y a enfin, cette surabondance de nos langues locales, une richesse culturelle certaine, mais qui a son revers : parce que d’une manière ou d’une autre, elle fragilise l’ancrage du duo anglais-français, dont l’apprentissage ne peut ainsi devenir, dans cette atmosphère, une priorité populaire. On ne saurait ne pas souligner, qu’un manque de vision pour la vulgarisation tous azimuts des deux langues pourrait consacrer le cloisonnement ou confinement de notre bilinguisme, qui deviendrait malgré sa vision première, un bilinguisme d’élite.

Pour une meilleure et efficace vulgarisation
Le bilinguisme de masse ne saurait être réaliste, si l’approche pour son appréhension est cloisonnée. Ce cloisonnement serait, pour la Commission Nationale pour la Promotion du Bilinguisme et du Multiculturalisme (CNPBM), la résultante d’un laxisme face au dépistage de nouvelles voies de vulgarisation de nos deux langues officielles. Un mandat qui leur est échu. Ne serait-il pas un contentement inapproprié qui consisterait à considérer que l’école, et les Centres Linguistiques, continueront seuls à faire ce travail ? Auquel cas, notre bilinguisme avancerait aux pas de Caméléon.

De nouveaux champs d’action
Depuis bien longtemps, et pour les besoins de la cause unitaire, l’anglais et le français sont inscrits dans nos programmes scolaires, de part et d’autre des deux rives du Mungo. Par les faveurs des brassages multiformes des populations, il est bien rare aujourd’hui, qu’un “good morning”, ou son équivalent “bonjour”, ne soit pas compris par la majorité des citoyens Camerounais. La piètre approche de vulgarisation tous azimuts du bilinguisme, serait pour le CNPBM, de dormir sur ses lauriers qui sont les acquis de l’heure. Aller au-delà des antennes régionales, pénétrant les Communes, s’installer par des activités de promotion linguistique qui se grefferaient à d’autres événements populaires festifs locaux. Il s’agirait à vrai dire, de s’installer dans le peuple comme on l’a fait avec le football : organiser des compétitions inter-quartiers de dialogues bilingues, de lecture, qui clôtureraient chaque année des cycles de formation. Une version nouvelle de ‘’l’école sous l’arbre’’ des années soixante. Dire qu’elle marqua le temps par ses transformations palpables ! Ce n’est pas utopique. C’est bien faisable si on y croit et agit, avec aussi le soutien des organismes d’État, les contributions des Banques locales et autres sponsors volontaires qui écument nos localités. Les médias, radios et chaînes télé, prêteraient leurs ondes pour ce noble exercice d’apprentissage. La BBC n’a-t-elle pas pendant des décennies présenté l’émission “l’Anglais par la Radio” ? Une coopération culturelle internationale soutiendrait volontiers ces actions. Parce qu’il faut que le train du bilinguisme de masse soit enfin lancé, et qu’il cesse d’emprunter les rails de l’école, qu’il cesse d’être l’apanage de l’école formelle.

Théologien Maffira

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