A la grotte Ngog Lituba : retour sur l’origine des Mbamois
L’histoire de cette communauté renvoie aux aventures d’une femme bannie de son village pour non respect des codes et dont la descendance se retrouve plus tard à Ngog Lituba. Un site spirituel et un symbole ancestral de plusieurs peuples.

Elle s’appelle Ngog Lituba pour les Bassa et Ngog Ituben pour les Mbamois. La grotte mythique localisée dans le département de la Sanaga maritime, région du Littoral, région du centre, n’a pas fini de livrer les secrets de l’origine des peuples du Cameroun. Assis dans son bureau à Yaoundé, Sa Majesté Camille Moute A Bidias, patriarche Bafia, a le sourire et le regard pétillants de quelqu’un qui en a le secret. Il la tient des légendes ancestrales de sa communauté transmises aux générations de sources orales. Le récit qu’il déroule aisément de mémoire situe la naissance des Mbamois au 13e siècle «C’est une version qui est vécue par les communautés issues du peuple Tikar. «Notre origine vient du royaume Bvoum. Le royaume Bvoum est dans l’Adamaoua et c’est le royaume qui ne dépend pas du lamido de Banyo. Donc ils sont autonomes.
C’est de là que nous venons. Alors, notre ancêtre était mort, et il était interdit aux femmes d’entrer dans la case secrète. Donc ses frères préparaient les obsèques et notre maman, notre ancêtre maman, est allée entrer dans cette case secrète. En disant que c’est quand même après tout son père, et qu’il n’est pas normal qu’on dise des choses de son père. C’était ce genre de femme très puissante que ses frères ont chassée : tinkala je (va-t-en d’ici). Et c’est Tinkala qui est devenu par la suite Tikar. Et cette maman, qui est notre ancêtre, s’appelait Wouteng. Elle est donc descendue avec toutes ses troupes. Elle a été chassée et elle est venue s’installer à la plaine Tikar. Nous sommes là au 10e siècle», relate-t-il.
Quelques trois siècles plus tard…
Le peuple Tikar, constitué à partir des enfants de la matriarche Wouteng et de sa suite apparait comme des guerriers aguéris qui s’illustrent à la conquête de l’islam portée par Ousmane Dan Fodio. «Les Ntumu, qui étaient de l’autre côté de la rivière du Mbam, étaient chaque fois attaqués par les gens de Ousmane Dan Fodio donc ils sont venus les chercher pour qu’ils les aident à combattre les troupes à cheval de Ousmane Dan Fodio. C’est ainsi que les Tikar traversent le fleuve Mbam et vont à l’endroit qu’on appelle aujourd’hui Bankim. Ils vont vaincre les musulmans à chevaux. Originaires de là, les Ntumu, leur disent de ne pas partir. Alors les gens de Mama Wouteng va rester là et ils vont épouser les filles Ntoumou ; ils vont apprendre à parler la langue Ntumu ; ils vont s’intégrer complètement et ils vont donc devenir ce peuple américain dans leur origine Tika. C’est-à-dire que c’est le peuple Tikar. Et les Ntumu, leur donnent la chefferie. Ils vont encore ériger un très puissant royaume parce qu’on appelle Rifoun. Il y a eu une succession du chef qui était mort et la succession ne s’est pas bien passée. Notre maman qui s’appelait Nchare Yen pensait que c’est un de ses fils qui allait monter sur le trône mais sa coépouse avait plutôt manigancé pour que son propre fils siège sur le trône», explique Camille Moute A Bidias.
Il s’en suit un épisode violent qui aboutira au départ de cette dernière vers le fleuve Mbam et ses fils Nchare, Ndjimoundjo, Kpak (aujourd’hui Bafia), Ngonso (femme de qui descendent les Banso), njikam, Basso (les Bassa), Fanga (Baloum). Accompagnés de Ndjimoundjo, Nchare et une femme ils traversent le fleuve et vont créer la dynastie du royaume Bamoun. «Les autres descendent dans le fleuve au fur et à mesure. Fanga traverse avec Basso’o et kpak. Kpak et Basso’o vont continuer tous les deux continuent tous les deux. A l’époque, les maisons n’étaient pas comme celles que nous avons aujourd’hui et donc quand on trouvait une belle grotte comme celle de Ngog Ituben c’était une sécurité» souligne le notable.
Cohabitation harmonieuse
Autour de la grotte de Ngog ituben (pierre percée en langue Bassa comme en Bafia, Ndlr), la cohabitation entre les deux frères est pacifique. «Nos ancêtres ne s’attaquaient pas et jusqu’aujourd’hui c’est le cas. Le groupe des nobles dont je suis le président ici dans le Mbam est très ami avec le groupe des Ba Mbombok. On continue cette fraternité d’esprit. Je ne cesse de rappeler à mes frères Bassa que ça va marcher fort de nouveau lorsque nous nous retrouverons là-bas et que les esprits de nos ancêtres vont nous reconnaitre nous les fils, les propriétaires de Ngog Ituben», affirme-t-il. Les liens entre les deux communautés se vivent également au travers des similitudes linguistiques et cosmogoniques.
Louise Nsana


