Dans le Nord-Ouest et Sud-Ouest : Un premier trimestre 2026 sous le signe de l’urgence
La situation humanitaire dans les région anglophone reste grave, marquée à la fois par des affrontements armés entre militaires et combattants sécessionnistes. La situation entretient des vulnérabilités qui affectent à la fois la vue des civils et la réponse humanitaire.

Entre janvier et mars 2026, la situation humanitaire dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest est demeurée critique, selon ke Bureau de coordination de l’action humanitaire des Nations unies (Ocha). Les affrontements réguliers entre forces de sécurité de l’État et groupes armés non étatiques ont entretenu un climat d’insécurité qui pèse lourdement sur les civils. Violences, intimidations, taxes forcées et restrictions de mouvement font partie du quotidien des populations, tandis que l’accès aux services sociaux de base reste compromis dans plusieurs départements classés à haut risque comme Momo, Donga Mantung, Bui et Meme.
Les déplacements forcés ont rythmé le trimestre. Donga Mantung, Bui et Menchum dans le Nord-Ouest, ainsi que plusieurs localités du Sud-Ouest, ont connu des vagues répétées de départs. Attaques armées, violences intercommunautaires et combats ont conduit à l’abandon temporaire de villages entiers. Des milliers de personnes ont trouvé refuge dans des communautés voisines ou en zones forestières, souvent sans ressources. L’accès à la nourriture, aux abris, aux articles non alimentaires, aux soins de santé et aux services de protection y est limité. L’insécurité bloque les retours et détruit les moyens de subsistance. Les évaluations humanitaires confirment une vulnérabilité croissante des ménages et une capacité d’adaptation qui s’érode mois après mois.
Dans le secteur de l’éducation, des avancées sont notées malgré un contexte hostile. Grâce au renforcement de l’apprentissage non formel, les partenaires ont atteint 37 % de l’objectif redéfini pour 2026. Les lacunes restent toutefois importantes. Dans le département de Momo, les attaques contre l’éducation se poursuivent : menaces, incendies et enlèvements empêchent la reprise des cours. Au total, plus de 1 700 violations des droits de l’enfant ont été documentées dans les deux régions sur la période. Face à cela, les acteurs de la protection de l’enfance ont fourni un soutien psychosocial à plus de 16 000 personnes. L’accès aux enfants les plus exposés reste néanmoins difficile dans les zones où la présence des groupes armés est forte.
La situation nutritionnelle demeure préoccupante. Environ 554 enfants souffrant de malnutrition aiguë sévère ont reçu des soins vitaux dans des centres appuyés par les partenaires. La réponse aux violences sexistes a touché 18 080 personnes, en grande partie grâce aux activités de prévention portées par les acteurs nationaux. Les services spécialisés et la prise en charge complète des victimes restent cependant insuffisants, faute de personnel qualifié et de sécurité pour déployer les équipes.
L’économie locale est asphyxiée. Les « villes mortes » imposées chaque lundi et les confinements ponctuels, comme celui observé lors de la Journée nationale de la Jeunesse, paralysent les marchés. Les « taxes de libération » prélevées sur les axes majeurs limitent la circulation des biens et des personnes, renchérissent les produits de base et freinent le commerce transfrontalier. Les activités agricoles sont perturbées, aggravant l’insécurité alimentaire. Après les incendies de villages et les évacuations forcées, les besoins en abris et en articles non alimentaires sont systématiquement signalés comme urgents pour les familles nouvellement déplacées.
Les préoccupations en matière de protection restent vives. Meurtres, enlèvements contre rançon, violences sexuelles, intimidations et extorsions continuent de cibler femmes, enfants, commerçants, enseignants et chefs traditionnels. La proximité des groupes armés avec les écoles et les centres de santé entraîne des fermetures et des suspensions de services.
L’accès humanitaire est resté imprévisible tout au long du trimestre. Les restrictions sécuritaires, la réduction de la présence des organisations et les contraintes budgétaires limitent la couverture. À fin mars 2026, l’environnement opérationnel demeure instable, avec des risques élevés de nouveaux déplacements et de détérioration supplémentaire. Une coordination soutenue, des programmes centrés sur la protection et un engagement humanitaire fondé sur des principes sont indispensables pour maintenir l’assistance et prévenir une aggravation de la crise.
Louise Nsana


