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Obsèques officielles de Cavaye Yéguié Djibril : L’ex-PAN retrouve Mada, mais le malaise demeure autour de la mémoire du chef

Le décret présidentiel est désormais sans équivoque. Signé le 21 mai 2026 par le président Paul Biya, le décret n°2026/198 instituant des obsèques officielles en l’honneur de Cavaye Yéguié Djibril fixe clairement le lieu des cérémonies : Mada Kolkoch, dans l’arrondissement de Tokombéré, département du Mayo-Sava, région de l’Extrême-Nord.

Ce document officiel vient ainsi mettre un terme aux nombreuses spéculations et aux informations contradictoires ayant circulé ces derniers jours autour d’une éventuelle organisation des obsèques à Mora. L’article 2 du décret précise explicitement que les cérémonies se dérouleront le samedi 23 mai 2026 à Mada Kolkoch, territoire relevant administrativement de Tokombéré.

Mais si cette clarification administrative apaise partiellement les interrogations, elle ne dissipe pas totalement le sentiment de frustration perceptible dans plusieurs localités du Mayo-Sava. À Tokombéré, de nombreuses voix continuent d’exprimer un malaise plus profond, dépassant désormais la simple question géographique.
Car pour une partie importante des populations, Cavaye Yéguié Djibril ne représentait pas uniquement une figure institutionnelle de l’État camerounais. L’ancien président de l’Assemblée nationale incarnait aussi une autorité traditionnelle, un chef enraciné dans l’histoire sociale et symbolique des massifs kirdi.
Dans les concessions, les marchés et les chefferies environnantes, plusieurs habitants affirment que la dimension coutumière de sa disparition méritait une implication plus visible des autorités traditionnelles locales dans l’organisation des cérémonies.

« Le décret reconnaît enfin que les obsèques se tiennent bien à Mada Kolkoch, et c’est important », confie Moustapha Oumaté, notable de Tokombéré. « Mais beaucoup pensent encore que tout le processus reste piloté depuis Yaoundé sans véritable concertation avec les gardiens des traditions locales. »
Le sentiment est d’autant plus fort que Cavaye Yéguié Djibril occupait une position singulière dans le paysage politique camerounais : homme d’État central du régime pendant plusieurs décennies, il demeurait parallèlement une figure coutumière profondément liée à sa terre natale.

Cette dualité entre statut républicain et autorité traditionnelle réactive un débat ancien dans le Septentrion camerounais : celui de la coexistence parfois délicate entre administration moderne et légitimités coutumières.
Pour plusieurs observateurs, la gestion des funérailles de l’ancien président de l’Assemblée nationale illustre une fois encore les tensions entre protocole d’État et attentes communautaires. Lorsqu’un dignitaire cumule fonctions politiques nationales et statut traditionnel, la question des rites funéraires devient hautement symbolique.
À Tokombéré toutefois, la majorité des habitants disent vouloir éviter toute polémique ouverte autour des cérémonies officielles. Beaucoup insistent surtout sur la nécessité de préserver la dignité du deuil et le respect dû à celui qui fut à la fois une personnalité nationale et un chef attaché à son territoire.
Dans les massifs kirdi, une phrase revient avec insistance depuis l’annonce du décret présidentiel :
« Un chef appartient d’abord à sa terre ».

Tom.

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