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À l’Enam, l’intelligence économique entre dans l’arène

L’École nationale d’administration et de magistrature ouvre ses programmes à l’intelligence économique augmentée. Une évolution qui entend armer les futurs hauts fonctionnaires face à la guerre de l’information et aux nouvelles batailles de souveraineté.

À l’École nationale d’administration et de magistrature (Enam), le logiciel commence à changer. En 2026, l’intelligence économique augmentée fait son entrée dans les programmes académiques de cette institution qui forme les futurs hauts fonctionnaires et magistrats camerounais. Une première qui, au-delà de l’actualisation pédagogique, traduit la volonté de mieux préparer l’administration aux batailles contemporaines de l’information.

Pour inaugurer cet enseignement, le Dr Guy Gweth, président du Centre africain de veille et de l’intelligence économique (CAVIE), a donné une leçon inaugurale consacrée aux « enjeux critiques de l’intelligence économique en Afrique ». « C’est un petit pas pour l’école, mais un grand pas pour le secteur public africain et même les administrations judiciaires africaines », souligne-t-il.

L’intelligence économique ne se résume pas à accumuler des données. Elle repose, selon l’expert, sur un triptyque : défense, attaque et influence. Elle consiste surtout à organiser la collecte, la sécurisation, l’analyse et la diffusion de l’information utile à la décision, particulièrement lorsque l’environnement devient incertain ou concurrentiel.

Le talon d’Achille africain
Pour Guy Gweth, l’Afrique dispose d’atouts considérables — ressources naturelles, jeunesse, marché continental porté par la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf), mais reste handicapée par une faiblesse moins visible : l’asymétrie informationnelle. « Nous avons des informations utiles à la prise de décision qui sont informelles, enfermées dans les tiroirs de certains fonctionnaires », observe-t-il.

Cette faiblesse peut coûter cher dans les négociations internationales. Un État disposant de ressources stratégiques peut perdre la bataille s’il maîtrise moins bien les données que son interlocuteur. À cela s’ajoutent la corruption, les déficits énergétiques et hydriques, ainsi que le poids de l’économie informelle.

La réponse passe donc par des dispositifs de veille stratégique, juridique et financière, mais aussi par la transformation numérique des administrations. « La digitalisation reste irréversible », estime le président du CAVIE, qui plaide pour un encadrement à la fois normatif et technique.

Vers une administration augmentée
À l’Enam, l’enjeu dépasse ainsi la formation de spécialistes supplémentaires. Il s’agit de faire émerger une nouvelle culture de la décision publique : savoir anticiper, protéger l’information sensible, comprendre les stratégies des autres acteurs et peser dans les rapports de force.

L’intelligence économique augmentée devient ainsi un outil de souveraineté. En dotant les futurs cadres de l’État de nouvelles capacités d’analyse et d’anticipation, l’Enam entend contribuer à l’émergence d’une administration publique « définitivement armée » pour défendre les intérêts africains dans une économie mondiale dominée par la compétition informationnelle.
Le pari est désormais lancé : dans un monde où celui qui sait avant les autres décide souvent avant les autres, l’administration camerounaise veut apprendre à ne plus arriver après la bataille.

Olivier Mbessité

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