A la unePANORAMAPORTRAIT DÉCOUVERTE

Mbol : Ça mijote, ça colle, ça rassemble

À Yaoundé, le plat star de la forêt de l’Est revendique sa place parmi les signatures culinaires du Cameroun.

À 13 heures, au Musée national de Yaoundé, le protocole a déserté la table. Pas de couteau à la main, pas de fourchette en embuscade : ici, le Mbol se mange avec les doigts, comme à la maison. Dans les quatre stands de la région de l’Est (Boumba-et-Ngoko, Haut-Nyong, Kadey et Lom-et-Djerem) les visiteurs se pressent autour des marmites. Ça fume, ça hume, ça goûte. Et ça discute.

Le plat n’a rien d’une petite entrée timide. Il arrive chargé : poisson fumé, viande de brousse ou de bœuf, écrevisses, épices et autres ingrédients dont chaque bouchée semble vouloir raconter un morceau de forêt. Servi avec du couscous, le Mbol assume son caractère généreux, presque sans complexe. « Je suis venu découvrir ce plat, je ne suis pas déçu », glisse un responsable, manifestement converti.

La forêt passe à table
Derrière cette opération séduction, une ambition : sortir le Mbol de son terroir sans lui faire perdre son âme. La sixième édition du Festival international du Mbol, ouverte du 17 au 22 août 2026 à Yaoundé, veut installer ce met parmi les signatures culinaires du Cameroun. « Nous sommes ici pour permettre à la région d’être présente sur la scène nationale et internationale sur le plan gastronomique », explique Rolande Agong, promotrice du festival.

Car le Mbol n’est pas seulement une affaire de marmite. C’est aussi une histoire de transmission, de territoire et désormais d’économie. Le festival met cette année les femmes de l’Est au premier plan avec un thème qui ne laisse guère de place au hasard : Culture, gastronomie et autonomisation : le Mbol au cœur du renouveau de la femme de l’Est. L’idée est de transformer le savoir-faire culinaire en activité génératrice de revenus. Former, accompagner, valoriser les recettes, aider à monter des projets : derrière la fumée des marmites, c’est donc l’entrepreneuriat féminin qui mijote.

Treize Mbol, et pas un de trop
Avis aux amateurs de raccourcis : le Mbol n’est pas une recette unique. Le festival en présente treize variantes. Autrement dit, réduire ce plat à une seule préparation serait aussi injuste que demander à un cuisinier de choisir entre son piment et son sel.
Les recettes se déclinent selon les ingrédients, les traditions et les besoins. Certaines associations sont particulièrement recherchées pour leur richesse et leur générosité. La cuisine devient alors une véritable grammaire familiale, transmise de génération en génération.

La promotrice insiste également sur les vertus thérapeutiques attribuées à certaines préparations dans les savoirs traditionnels. Le Mbol serait ainsi consommé, selon ces usages, pour accompagner certains problèmes liés à la maternité, à la lactation ou encore à la vitalité sexuelle. Ces propriétés relèvent toutefois de la tradition et ne sauraient être assimilées à des effets médicaux scientifiquement établis.

Un plat, une mémoire
C’est peut-être là que se joue le véritable pari du festival. Faire du Mbol un produit gastronomique sans le transformer en simple attraction folklorique. Préserver les recettes authentiques tout en permettant à une nouvelle génération de les reprendre, de les commercialiser et, pourquoi pas, de les exporter.

Dans un Cameroun où plusieurs plats occupent déjà une belle place dans l’imaginaire gourmand, le Mbol veut désormais entrer dans la conversation. Et il a un argument de taille : il rassemble. À la table du Musée national, pas de distinction entre ceux qui connaissent la recette depuis l’enfance et ceux qui la découvrent pour la première fois. Tous plongent les doigts dans la même marmite.

La gastronomie, parfois, n’a pas besoin de grands discours. Une bonne sauce, quelques convives et une assiette suffisent. Le Mbol, lui, ajoute simplement un ingrédient : la forêt de l’Est, servie chaude.

Olivier Mbessité

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page