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Faux profils, vrais périls… BGFI Bank face au piège numérique

Quand le banquier se retrouve cloné sur Facebook, la fraude ne vise plus seulement les comptes : elle s’attaque directement au capital le plus précieux d’une banque, la confiance.

Le décor n’est plus celui d’une agence bancaire, avec ses guichets, ses coffres et ses vigiles. Il tient désormais dans l’écran d’un téléphone. Mi-août, BGFIBank Cameroun a dû rappeler au public qu’Abakal Mahamat, son Administrateur Directeur Général, ne disposait alors d’aucun compte Facebook officiel. Plusieurs profils utilisant son nom, son image et sa fonction circulaient sur le réseau social. La banque a demandé aux internautes de les signaler.

L’affaire pourrait passer pour une énième histoire de faux compte. Elle dit pourtant quelque chose de beaucoup plus sérieux sur la mutation de la fraude financière. Car pour escroquer, les cybercriminels n’ont pas toujours besoin de pénétrer les systèmes informatiques d’une banque. Il leur suffit parfois de pénétrer l’imaginaire du client : une photographie crédible, un nom connu, un titre prestigieux et quelques messages bien tournés.

Le mécanisme relève de l’ingénierie sociale. L’usurpateur emprunte l’autorité du dirigeant pour installer la confiance, puis peut chercher à obtenir des informations personnelles, proposer une prétendue opportunité financière ou orienter sa victime vers un autre canal de communication. Le faux patron devient alors une sorte de guichet bancaire clandestin, sans guichet et sans banque.
« La difficulté, c’est que le risque ne se situe plus uniquement dans la transaction bancaire. Il commence en amont, au moment où le client décide de croire son interlocuteur », analyse, sous couvert d’anonymat, une source interne au secteur bancaire camerounais. Pour les établissements financiers, cette évolution complique considérablement la protection de la clientèle : la banque peut sécuriser ses plateformes, mais elle ne contrôle pas les réseaux sociaux sur lesquels son identité est reproduite.
Chez BGFIBank, la vigilance sur l’usurpation numérique n’est d’ailleurs pas nouvelle. Le groupe avait déjà alerté en 2021 sur la prolifération de faux comptes Facebook, LinkedIn et WhatsApp utilisant l’identité de ses dirigeants.
Le signal envoyé en août prend cependant une dimension particulière. La notoriété croissante d’Abakal Mahamat, dirigeant de la filiale camerounaise depuis plusieurs années et récemment coopté au conseil d’administration de NSIA Vie Cameroun, accroît mécaniquement la valeur de son identité numérique pour les fraudeurs.

La banque semble donc devoir gérer deux fronts à la fois : empêcher que son nom serve de masque aux escrocs et apprendre à ses clients à reconnaître les faux-semblants. Une tâche qui dépasse largement la seule direction informatique.
« La cybersécurité devient aussi une affaire de culture client. Le meilleur pare-feu reste parfois un client qui sait qu’un dirigeant ne lui demandera jamais, par message privé, un transfert d’argent ou des informations confidentielles », souligne une autre source proche du dossier.

Depuis, BGFIBank Cameroun a d’ailleurs annoncé la création de comptes officiels d’Abakal Mahamat sur Facebook, LinkedIn et X, précisément pour permettre au public de distinguer les canaux authentiques des imitations.
Le paradoxe est savoureux : à mesure que les banques investissent dans le numérique pour faciliter la vie de leurs clients, les fraudeurs investissent eux aussi dans l’apparence du numérique. Le combat se joue donc moins entre technologie et technologie qu’entre confiance et tromperie.

Pour les banques camerounaises, la leçon est limpide : demain, protéger l’argent du client ne consistera plus seulement à verrouiller son compte. Il faudra aussi protéger son regard. Car sur Internet, le faux visage peut parfois coûter beaucoup plus cher que le vrai visage.

JRMA

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