De Maroua à Yagoua (Extrême-Nord du Cameroun): La Croix-Rouge face à l’urgence sociale
Dans une région confrontée à l’insécurité alimentaire et à de multiples fragilités socioéconomiques, la présidente de la Fédération Internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (IFRC), Kate Forbes, a parcouru plusieurs localités de l’Extrême-Nord. Au-delà des dons distribués, cette visite met en lumière les défis de l’assistance humanitaire et la nécessité de renforcer les capacités des équipes de proximité.

À Tchakao, dans le département du Mayo-Danay, l’urgence humanitaire prend un visage concret. Celui des femmes confrontées aux difficultés du quotidien, pour lesquelles l’accès aux biens essentiels demeure un enjeu majeur. C’est dans cette localité, située à proximité de Yagoua, que Kate Forbes, présidente de la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (IFRC), est allée à la rencontre des populations accompagnées par la Croix-Rouge camerounaise.
Cette étape constitue l’un des temps forts de sa visite de travail dans la région de l’Extrême-Nord. Elle intervient dans un contexte où l’insécurité alimentaire et la précarité fragilisent les ménages, imposant aux organisations humanitaires d’adapter leurs interventions aux besoins des communautés.
À Tchakao, 200 femmes ont reçu des kits comprenant notamment des nattes, des couvertures, des moustiquaires, du savon, des marmites, des houes, des ustensiles de cuisine et des kits de dignité. Des équipements destinés à répondre à des besoins immédiats, mais aussi à préserver les conditions de vie et la dignité des bénéficiaires.
Des besoins qui dépassent la distribution de dons
La portée de cette opération ne se limite pas à la remise de matériel. Un groupe de discussion organisé avec les femmes a permis de recueillir leurs témoignages, d’appréhender les difficultés auxquelles elles font face et d’évaluer les effets de l’assistance sur leur quotidien.
Cette démarche participative est essentielle dans un environnement où l’efficacité de l’aide dépend autant de sa disponibilité que de son adéquation avec les réalités locales. Elle permet aux acteurs humanitaires de confronter leurs dispositifs aux besoins exprimés par les bénéficiaires.
Reste un défi de fond : inscrire ces interventions dans la durée. Si les kits distribués apportent un soutien immédiat, les vulnérabilités alimentaires et économiques appellent des réponses qui dépassent les opérations ponctuelles. La capacité à maintenir l’accompagnement, à identifier les ménages les plus exposés et à mobiliser les ressources nécessaires demeure déterminante.
Les structures locales, maillon essentiel du dispositif
De Maroua à Kaélé, puis de Yagoua à Tchakao, le déplacement de Kate Forbes a également mis l’accent sur le rôle des comités départementaux de la Croix-Rouge camerounaise.

À Kaélé, dans le Mayo-Kani, une moto a été remise au comité départemental afin de faciliter les déplacements des équipes et d’améliorer leur capacité d’intervention auprès des communautés. Cette dotation répond à une contrainte opérationnelle majeure : atteindre les populations, particulièrement lorsque les distances et les difficultés logistiques compliquent l’accès aux bénéficiaires.
Dans le Mayo-Danay, la visite du comité départemental a permis de souligner la contribution des volontaires à l’identification des besoins, à la mobilisation locale et au suivi des interventions. Leur connaissance du terrain constitue un atout pour orienter l’assistance vers les personnes qui en ont le plus besoin.
Mais cette proximité suppose des moyens adaptés. La mobilité, la disponibilité des équipements et le renforcement des capacités des équipes conditionnent, en partie, la régularité et l’efficacité de leur action.
La coopération, levier de l’action humanitaire
À Yagoua, l’accueil réservé à la délégation par le préfet, le sous-préfet et le maire a rappelé l’importance des relations entre les organisations humanitaires et les autorités administratives et municipales. La coordination entre ces acteurs contribue à faciliter les interventions et à mieux prendre en compte les priorités des communautés.
Aux côtés de Kate Forbes figuraient notamment Cécile Akame Mfoumou, présidente nationale de la Croix-Rouge camerounaise, et Alberto Bocanegra, chef de délégation de l’IFRC pour le cluster de Yaoundé. Leur présence illustre les enjeux du partenariat entre la Fédération internationale et la Société nationale, notamment en matière de capacités opérationnelles et de déploiement des programmes humanitaires.
La journée s’est achevée par un repas organisé à la résidence de Mounouna Foutsou, ministre de la Jeunesse et de l’Éducation civique, en présence de plusieurs responsables, dont Olivier Muvunyi, chef de sous-délégation du Comité international de la Croix-Rouge pour l’Extrême-Nord.
Au-delà de cette séquence protocolaire, le déplacement aura surtout mis en évidence une exigence : rapprocher l’aide des populations et consolider les moyens des équipes qui la portent. Dans l’Extrême-Nord, où les besoins restent importants, la distribution de biens essentiels n’est qu’un volet de la réponse. La continuité de l’assistance, l’écoute des communautés et le renforcement des structures locales en constituent les autres conditions.


