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Commerce du poisson : quand le gouvernement voulait casser le monopole de Congelcam

Depuis 2019, les ministères des Finances et du Commerce ont entrepris d’encourager davantage la concurrence dans la distribution du poisson au Cameroun. Peine perdue. Aujourd’hui, même la régulation de la filière soulève des contestations.

Cette année, CONGELCAM, le plus grand importateur de poisson congelé au Cameroun a vu son quota réduit. Il n’est pas le seul opérateur dans cette activité et le gouvernement ne confirme pas une baisse générale des importations. En principe, les autres importateurs devraient donc combler le gap. Possible en théorie mais irréalisable dans les faits. Et pour cause, l’entreprise est, de loin, le plus grand importateur du pays. En d’autres termes, si CONGELCAM est en panne, le pays est paralysé.

La situation date et préoccupe les pouvoirs publics. Depuis des années, des actions sont entreprises de réduire la mainmise de cette société sur la distribution du poisson au Cameroun. Du moins c’est ce que le ministre des Finances, Louis Paul Motaze, avait réaffirmé le 6 juillet 2021 devant la Commission des Finances et du budget de l’assemblée nationale. C’était lors de la présentation du Document de programmation économique et budgétaire à moyen terme du gouvernement, en prélude au Débat d’orientation budgétaire.

Le rapport des travaux lu lors de la séance plénière donne une première indication. « Concernant le monopole du commerce du poisson, le représentant du gouvernement a fait savoir qu’une réflexion est en cours avec le ministère du Commerce ». Au terme des échanges, la Commission avait proposé 15 recommandations. La deuxième: « l’accélération du processus de mise en œuvre de la politique d’import-substitution et la publication des modalités d’accès aux ressources y afférentes » et surtout la dernière : « la nécessité de lutter contre les barrières à l’entrée de certains secteurs, notamment celui du commerce du poisson », laissent transparaître une certaine impatience de la Représentation Nationale face à une situation qui semble perdurer.

En effet, la société CONGELCAM domine de bout en bout toute la filière poisson au Cameroun. En amont, cette entreprise est importatrice de 80% du poisson importé consommé dans le pays. En aval, elle est à la fois grossiste et détaillant à travers une impressionnante chaîne d’entrepôts et de poissonneries implantées aux quatre coins du territoire national. Or, la loi sur l’activité commerciale interdit à un acteur d’être à la fois grossiste et détaillant.

Ce n’est pas la première fois que le gouvernement annonce la fin du monopole [de fait] dans le commerce du poisson. Dans une interview diffusée en avril 2019 à la chaîne publique de radio et télévision (Crtv), le ministre du commerce, Luc Magloire Mbarga Atangana, révélait qu’une vingtaine d’autorisations avaient été accordées à d’autres opérateurs économiques pour importer du poisson et ravitailler le marché local. L’espoir étant que la concurrence qui en découlerait profite au consommateur. En 2026, 34 importateurs ont été agréés. Sans plus de succès.

Aujourd’hui, le ministère de l’Economie, de la Planification et de l’Aménagement du Territoire, Alamine Ousmane Mey, dont l’administration assure la coordination du Secrétariat technique du Plan Intégré d’Import-Substitution Agropastoral et Halieutique (Piisah) , plaide pour la régulation des flux à l’entrée afin de favoriser la production locale.

P. Nsoa

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