Éducation de base : Etoundi Ngoa déclare la guerre à l’IA générative

Par une correspondance datée du 14 octobre, le Ministre de l’Éducation de Base, Laurent Serge Etoundi Ngoa acte l’interdiction de l’usage des intelligences artificielles génératives (comme ChatGPT) dans les établissements scolaires. Une décision saluée par certains parents, mais qui soulève la question de la faisabilité pratique et de la redéfinition de l’évaluation scolaire à l’ère du numérique.

L’inquiétude grandissante face à la facilité avec laquelle les élèves peuvent désormais faire leurs devoirs conduit le ministère de l’Éducation de Base à réagir. Le ministre Laurent Serge Etoundi Ngoa signe une correspondance le 14 octobre dernier, qu’il adresse à ses délégués régionaux. Le texte impose une interdiction formelle : l’usage des « chatbots » et autres intelligences artificielles génératives est proscrit dans les établissements scolaires publics et privés du pays.
Cette décision ne vise pas uniquement à proscrire mais à réformer. Le ministre met en garde contre « le déchargement cognitif » et rappelle que « la technologie ne remplace pas la réflexion ». Pour contrer l’automatisation précoce, il demande aux enseignants de privilégier « l’écriture manuscrite, le dénombrement, le dessin » et les évaluations orales ou en classe surveillée, réduisant ainsi le poids des devoirs à domicile.
Le contexte
Cette décision intervient dans un contexte mondial où les outils d’IA générative sont devenus accessibles à quiconque possède un smartphone et une connexion internet. Au Cameroun, où la possession d’un téléphone est fréquente chez les élèves du secondaire, la tricherie est devenue un défi pour le corps enseignant.
Certains parents d’élèves comme Paulin, y voit une protection contre une « génération de cancres ». Il soutient qu’il applique déjà cette règle à la maison : « Chez moi, j’interdis les téléphones avant le baccalauréat ». Cette adhésion d’une partie des parents d’élèves montre une certaine défiance face à l’introduction de la technologie dans l’apprentissage des jeunes enfants.
L’enjeu de cette décision est double. D’abord, il s’agit de préserver le développement cognitif des élèves. Pour certains experts en sciences cognitives : « il est important d’alerter sur la perte de compétences dont la lecture et le raisonnement lorsque les exercices sont résolus par une machine. Il y a aussi un enjeu d’équité : l’accès à ces outils n’est pas uniforme, et l’école publique doit garantir que le mérite repose sur le travail personnel et non sur l’habileté à manipuler une IA », défend Magdaba Gilbert.
Cependant, l’application de cette mesure pose question. Le ministre compte sur les parents pour « ranger les écrans loin des enfants pendant les devoirs » et tenir les téléphones portables à l’écart. Cette délégation de responsabilité à la cellule familiale soulève des interrogations quant à la capacité de tous les parents à exercer cette surveillance, notamment dans les foyers où la technologie est omniprésente ou au contraire, inexistante.
Les différentes lectures
Si l’on s’en tient à l’avis favorable des parents et la position ministérielle, la décision peut être lue de plusieurs manières. Pour les uns, c’est une mesure de bon sens et un acte de résistance culturelle face à la déshumanisation de l’apprentissage. Pour d’autres, c’est une posture attentiste. L’école ne pourrait-elle pas plutôt apprendre aux élèves à utiliser l’IA de manière critique et éthique ? Interdire sans former risque de créer une fracture entre l’école et la réalité technologique du monde extérieur.
La décision du Ministère de l’Éducation de Base pose la première pierre d’une régulation. Mais la technologie évoluant plus vite que les textes, l’interdiction de l’IA générative ne sera efficace que si elle s’accompagne d’une véritable réflexion sur la transformation des méthodes pédagogiques et l’éducation aux médias numériques. Sans cela, l’école risque de n’être qu’un sanctuaire déconnecté de la réalité de ses élèves.
Tom


