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Extrême-Nord : les déplacés de Boko Haram face à une crise humanitaire

Alors que la région de l’Extrême-Nord fait face à une résurgence des violences de Boko Haram et à une crise alimentaire annoncée par FEWS NET, la gestion des flux de déplacés internes révèle des failles préoccupantes.

Les récents événements dans la région de l’Extrême-Nord du Cameroun, documentés par la presse locale les 20 et 21 octobre 2026 dressent le tableau d’une crise humanitaire complexe. Le 19 octobre, un convoi de près de 200 déplacés internes, originaires de l’arrondissement de Waza (département du Logone-et-Chari) est arrivé à Maroua. Fuyant les exactions du groupe terroriste Boko Haram, ces familles espéraient trouver refuge au stade Lamido Yaya Daïrou, où plus d’un millier de déplacés sont déjà installés. Selon la presse locale, les autorités ont interdit l’accès au stade à leur arrivée, les contraignant à passer la nuit à la belle étoile, exposés aux intempéries et aux risques d’insécurité.

Parallèlement, un autre flux de déplacés, également originaire de Waza, a trouvé refuge dans le canton de Korré, situé dans l’arrondissement de Moulvoudaye (département du Mayo-Kani). Comme le rapporte L’Œil du Sahel, des centaines de familles s’entassent sous des abris de fortune. Les populations locales, bien que très pauvres ont fait preuve d’une solidarité remarquable, mais leurs réserves sont épuisées. « Si rien n’est fait, tout le village va basculer dans la famine », alerte Salomon habitant de Maroua.

Ces déplacements massifs s’inscrivent dans un contexte sécuritaire et climatique dégradé. Selon le Réseau des systèmes d’alerte précoce contre la famine (FEWS NET), la situation alimentaire restera alarmante jusqu’à fin janvier 2027 dans les départements du Mayo-Sava, du Mayo-Tsanaga et du Logone-et-Chari. La persistance des attaques de Boko Haram (une moyenne de 25 par semaine) empêche les populations de cultiver tandis qu’un déficit pluviométrique de 20 à 50% compromet les récoltes. La hausse des prix des céréales (plus de 18% en un mois) et la baisse des revenus agricoles rendent l’accès à la nourriture impossible pour de nombreux ménages.

La décision de restreindre l’accès au stade Yaya Bello de Maroua à la récente vague de déplacés soulève des questions sur la gestion institutionnelle de la crise. Si les raisons de cette fermeture n’ont pas été communiquées par les autorités dans les articles analysés, elle met en lumière la tension entre l’afflux de populations et les capacités d’accueil limitées de la capitale régionale. Pour les déplacés, cette décision se traduit par une double peine : après avoir fui la mort, ils se retrouvent sans toit ni protection.
À Korré, l’enjeu est différent. Ce sont les autorités traditionnelles et les élites locales qui alertent la communauté internationale. Leur appel pressant à une intervention gouvernementale et humanitaire immédiate contraste avec la lenteur de la réponse institutionnelle. La solidarité des populations locales, bien que saluée, ne peut être une solution durable face à l’épuisement des ressources (puits à sec, réserves alimentaires vides).

La crise de l’Extrême-Nord illustre la complexité d’une réponse humanitaire qui ne peut se limiter à l’urgence. Elle interroge la capacité de l’État à articuler sécurité, développement et assistance sociale dans une région où les déplacements de populations sont devenus une réalité structurelle. Si la solidarité locale est exemplaire, elle ne saurait remplacer une action publique coordonnée et pérenne.

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