Emploi décent : le Cameroun sur le poinçon du déficit

Les perspectives mondiales d’employabilité questionnent la disponibilité des débouchés pour les jeunes générations, sur le moyen termes. Le déficit en la matière pointe sur 800 millions d’emploi face à des besoins qui vont croissants. Le Cameroun, englué dans ce problème, peine à atteindre ses objectifs.

Les Assemblées annuelles de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international (du 12 au 18 octobre à Bangkok) ont remis sur la table du débat les grands défis économiques mondiaux. La question de l’employabilité se taille la part belle en la matière, et pour cause, 1,2 milliards de jeunes sont annoncés sur le marché de l’emploi durant les 1à à 15 années à venir. Face à cet important besoin, la capacité estimée de ce marché ne sera que de 400 millions. La question est sur toutes les tables des gouvernements mais à l’heure actuel, le déficit d’emploi évalué s’élève à 800 millions.
L’équation a toute sa pertinence au Cameroun. Le pays est engagé à la mise en œuvre de son deuxième plan de développement et de croissance. Les objectifs fixés peinent dans le cadre du DSCE (Document de stratégie pour la croissance et l’emploi) n’ont pas été atteints. L’issue de la Stratégie nationale de développement (SND30) est entourée d’incertitudes. Concrètement: «Une croissance de qualité devrait se matérialiser par une création abondante d’emplois formels et décents pour répondre aux besoins de la population toujours en croissance, mais ce n’est pas le cas pour le Cameroun », explique le Rapport national sur le développement humain de 2019. A en croire ce bilan du DSCE, la moyenne de création d’emploi tourne autour de 38072 emplois par an face à un effectif de chômeurs estimé à 822 985 en 2014 et des objectifs de 495 000 par an.
Le problème a tout à voir avec la qualité de la croissance du Cameroun. Si les données (3,2% selon la Banque mondiale) mettent en exergue la résilience du Cameroun face aux chocs mondiaux, la panoramique du tissu productif prêche l’évangile d’une croissance peu créatrice d’emplois décents. Du fait principalement du poids du secteur informel. Bien plus, les conflits persistent dans les régions du Nord-Ouest, du Sud-Ouest et de l’Extrême-Nord, paralysant une partie de l’activité économique du pays ; les marges de manœuvre budgétaires au Cameroun restent limitées tandis que s’alourdit le fardeau de la dette. Toutes choses qui impactent sur la lutte contre la pauvreté dans le pays. Le taux d’emplois au Cameroun est de 50,8% selon des données de la 3e enquête sur l’emploi et le secteur informel au Cameroun, publié en novembre 2023 par l’Institut national de la statistique. La part du secteur non agricole est de 52,0% ; l’informel agricole arrive avec un pourcentage de 34,7%. Le secteur public représente 8,2 pour des emplois et le privé formel 5,1% mais ce sont les caractéristiques associées à ces emplois qui donnent large vue à l’ampleur du problème. Dans le lot figure de bas niveaux de salarisation, la protection sociale encore faible malgré des améliorations, des conditions et l’environnement de travail précaires, la persistance des accidents et maladies liés au travail, entre autres.
Louise Nsana


