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Risque de pénurie de poisson au Cameroun : les consommateurs accusent

Le principal importateur de poisson du pays prévient que ses stocks seront insuffisants pour couvrir la demande de partir de fin novembre. La Fondation camerounaise des consommateurs y voit une pénurie artificielle, à des fins spéculatives.

Noël et Nouvel An sans poisson sur les étales ?

Des étales sans poissions dans les marchés pendant les fêtes de fin d’année ! Voilà la perspective qui se profile à l’horizon. L’alerte, donnée par CONGELCAM S.A, le 15 octobre 2026, fait des vagues au sein de la population depuis lors. En filigrane, l’entreprise, qui pèse 80% du poisson importé au Cameroun (Minepat 2023), conteste le volume de 100 000 tonnes d’importation de poisson que le Ministère de l’Élevage, des Pêches et des Industries Animales (MINEPIA) lui a attribué pour l’année 2026. Motif, c’est juste la moitié du quota accordé à l’entreprise en 2025. Ce premier stock serait épuisé fin juillet.

Après requête, le 18 septembre 2026, elle a obtenu un quota additionnel de « seulement » 30 000 tonnes. Toujours pas suffisant, selon Joseph Flavien Kankeu, responsable de la communication, qui s’e, est ouvert aux médias au cours d’une conférence de presse. Le volume additionnel « pourrait être épuisé en deux mois environ », a-t-il annoncé. « Si les conditions actuelles demeurent inchangées, « nous estimons que les étals pourraient être fortement dégarnis dès la fin du mois de novembre 2026. » Plus préoccupant, « les fêtes de fin d’année pourraient alors se dérouler dans un contexte de forte tension sur l’offre, avec un risque de pénurie et une hausse importante des prix du poisson. » Et le problème pourrait se prolonger jusqu’à la première moitié du mois de mars 2027.

Chantage et spéculation
La Fondation camerounaise des Consommateurs (FOCACO), y voit « une tentative de chantage économique. » Pour l’organisation consumériste, « l’approvisionnement de toute une nation ne saurait être pris en otage par les exigences d’un seul opérateur privé. » Dans un communiqué de presse publié le 16 octobre, elle prévient : « Si une rupture d’approvisionnement devait survenir, elle ne serait ni technique ni naturelle, mais artificielle, orchestrée et spéculative. »

Accusation fantaisiste, selon l’entreprise. « Comment peut-on sérieusement parler de monopole alors que, selon les déclarations du ministre de l’Élevage, des Pêches et des Industries animales devant le Parlement, son département ministériel a délivré des avis techniques d’importation à environ 34 opérateurs agréés dans le secteur du poisson et des produits halieutiques ? », s’indigne Joseph Flavien Kankeu. L’homme met plutôt en avant les investissements consentis, les capacités de stockage mobilisées et les volumes effectivement mis à la disposition des consommateurs par son entreprise. Pour lui, la véritable question ne doit donc pas être pourquoi Congelcam est seule sur le marché, mais plutôt que font les autres opérateurs de leurs autorisations d’importation.

Abus de position dominante
Soit. Mais l’existence théorique de 34 importateurs ne signifie pas que 34 opérateurs sont effectivement opérationnels. « Lorsqu’un seul acteur concentre une capacité de stockage de 104 000 tonnes à Douala, le monopole de fait est, selon la Focaco, indéniable. » D’ailleurs, l’organisation soupçonne l’importateur de favoritisme et d’exercer en marge du cadre règlementaire. « En cumulant les activités d’importateur grossiste et de commerçant détaillant, la société Congelcam S.A. pourrait se trouver dans une situation de violation présumée de la loi n° 2015/018 du 21 décembre 2015 régissant l’activité commerciale au Cameroun », excipe le président exécutif de la Focaco, Alphonse Ayissi Abena.

P. Nsoa

FILIERE POISSON

Comment importateurs et bureaucrates étouffent l’import-substitution : de la pénurie à la fin du poisson importé ?

Face à la pression sur les ressources marines et à la forte demande, l’État mise sur la pisciculture. Le développement de la production locale apparaît comme un enjeu majeur.

Un risque de pénurie de poisson importé plane sur le pays à partir de la fin du mois de novembre au Cameroun. En cause, notamment, la réduction de moitié de son quota d’importation pour 2026. La mesure viserait à encourager la production et la consommation du poisson local. En effet, le pays dispose de 400 km de côtes et un réseau hydrographique dense, comprenant plusieurs fleuves et rivières (3 % de la superficie des eaux continentales), des lacs naturels (4 %), des retenues de barrages (7 %), des plaines d’inondation et des marais (86 %). Autant de sites propices à l’aquaculture. Ce réseau hydrographique offre un potentiel exploitable considérable d’espèces piscicoles très diversifiées, avec 542 espèces de poissons sur plus de 40 000 km2. Les estimations tablent sur une production potentielle de 500 000 tonnes par an. Pourtant, moins de 10 % serait exploité. Au-delà de cette alerte et quand on sait que le poisson représente la première protéine animale consommée avec 14,7 kg/hab./an), une question mérite notre attention : comment renforcer durablement la disponibilité du poisson sur le marché camerounais ?
Dans son discours d’ouverture du comice agro-pastoral d’Ebolowa, le 17 janvier 2011, le président de la République avait prescrit des efforts pour exploiter toutes les possibilités de nos ressources halieutiques. « Ce qui nous dispensera d’importer de grandes quantités de poisson, de maquereau notamment dont nous raffolons », avait-il déclaré. Ajoutant qu’« il est en effet anormal que nous importions des denrées que nous produisons ou que nous aurions un avantage comparatif à produire localement. »
Des centres de formation piscicole, des subventions à la construction d’étangs, et des incitations fiscales pour les unités de transformation ont été mis en place. L’ambition est de réduire les importations de poissons congelés rencontre des résistances. Des intérêts mercantilistes et une administration procédurière plombent les différentes initiatives mises en place depuis lors, maintenant le pays dans la dépendance extérieure.

Philippe Nsoa

L’import-substitution dans l’étau de la bureaucratie

Des pesanteurs administratives plombent la mise en œuvre du Plan intégré d’import-substitution agropastoral et halieutique lancé en 2024, limitant l’essor de la production locale. Les importateurs n’hésitent pas à sauter sur l’occasion.

« Consommons camerounais ». Le slogan date du milieu des années 1980. Le Cameroun venait alors d’atteindre son autosuffisance alimentaire. Quatre décennies plus tard, la réalité semble s’être inversée. Aujourd’hui, il s’agit d’un objectif ; presque inatteignable. Depuis 2011, le pays ambitionne de « produire ce qu’il consomme et consommer ce qu’il produit ». Et, la filière poisson apparait comme un miroir grossissant de ce qui ressemble à un paradoxe.

Selon les données officielles, le Cameroun possède 4 millions d’hectares de plans d’eau et un littoral de 400 Km. Ce qui constitue potentiel important en ressources halieutiques. Pourtant, le pays peine à couvrir ses besoins en poisson. Face à une demande nationale estimée à près de 500 000 tonnes par an, la production nationale reste insuffisante. Selon le Rapport d’Exécution et de Budgétisation des Dépenses relatives à l’Import-Substitution annexé au projet de loi de finances 2026, la production du poisson (capture et aquaculture réunis) est passée de 244 104 tonnes en 2023 à 254 000 tonnes en 2024, pour une projection 2025 à 294 231 tonnes. Le gap est comblé par des importations.

Coordination au sommet
En 2023, le gouvernement a adopté un nouveau document de planification appelé Plan Intégré d’Import-substitution Agropastoral et Halieutique (PIISAH) pour le triennat 2024-2026. Officiellement, ce Plan présente l’avantage d’une « meilleure coordination des interventions, un pilotage et un suivi plus strict directement assurée au sommet de l’Etat par les services du Secrétariat général de la présidence de la République ». Il vise à renforcer la production nationale afin de réduire les importations des produits stratégiques dont le poisson. Mais, au rythme de la progression, après deux années de mise en œuvre, il est apparu qu’« il sera difficile d’atteindre les objectifs fixés au terme du Piisah en 2026, soit 377 000 tonnes pour le poisson », lit-on.

Au lancement du Piisah, en 2024, les dépenses de sept ministères avaient été identifiés comme ciblant l’import substitution, soit 118 682 514 258 FCFA ; en 2025, neuf ministères étaient retenus (128 152 096 716 FCFA) et dix en 2026 ().
Selon le rapport cité supra, le taux d’exécution financière globale de ces dépenses a atteint 80,71% en 2024 (contre 66,9% en 2023). Mais, apprend-on, cette performance masque une réalité. La domination des ressources consacrées aux appuis à apporter aux producteurs dans le cadre du projet de Développement des chaines de valeurs d’élevage et de la pisciculture (PD-CVEP), d’un montant révisé de 18 430 854 115 FCFA, « sont comptabilisés en exécution, non pas sur la base des appuis effectivement accordés, mais sur celle de leur simple engagement et ordonnancement pour mise à la disposition de l’établissement financier chargé d’accorder les appuis, le moment venu », explique le Secrétariat technique du Plan.

Performance en trompe-l’œil
En 2025, les neuf ministères pilotes ont exécuté une dotation budgétaire totale de 128 874 842 000 FCFA en crédits de paiement. Au 30 septembre 2025, le taux global d’engagement était de 76,6% avec un montant total des engagements de 102 866 014 577 FCFA, supérieur au taux de 54,39% et au montant de 64 555 434 530 FCFA obtenus en à la même période en 2024. Ici aussi, ces taux sont calculés sur la base des seuls transferts de ressources à la BC-PME chargée d’accorder des appuis au secteur privé dans le cadre du Piisah, aux structures sous-tutelle des administrations de production impliquées et aux communes pour l’exécution des missions qui relèvent désormais de leurs compétences.

Selon, le Secrétariat technique, la situation de l’exécution budgétaire dressée par les ministères ayant transféré ces ressources montre, s’agissant du Piisah, qu’au 30 septembre 2025 la plupart des activités programmées se trouvaient encore « au stade de la contractualisation et des procédures. » En 2026, la situation se serait encore plus dégradée, en raison de la sévérité des tensions de trésorerie. C’est donc à juste titre qu’au cours de la deuxième session 2026 du Comité de Direction, qu’il a présidée le 7 septembre 2026 à Yaoundé, le Minepat, Alamine Ousmane Mey, dont le ministère assure le Secrétariat technique du Piisah, a prescrit à ses collaborateurs d’être « davantage efficace et efficient, mais surtout à accélérer la transformation des projets en actions tangibles à fort impact sur l’amélioration des conditions de vie des populations.»

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