Production locale : les petites réalisations des investisseurs privés

Depuis 2020, le gouvernement s’est lancé dans le recrutement des industriels capables d’investir dans les secteurs piscicole et aquacole. Le but avoué est de créer une nouvelle classe d’hommes d’affaires, des patrons du poisson, pour limiter les importations.

Légende : Qui veut gagner des millions dans l’aquaculture ?
« Le Cameroun n’a pas besoin d’importer davantage de poisson. Il doit en produire davantage sur son propre territoire. » Donc ; « la pénurie annoncée ne serait pas une crise alimentaire, mais la fin d’une rente. » Dans un communiqué de presse publié le 16 octobre 2026, la Fondation camerounaise des consommateurs (Focaco) reprend à son compte l’antienne du gouvernement depuis 2020 : réduire les importations et encourager la production locale pour sortir le pays de la dépendance extérieure.
Plusieurs initiatives sont mises en œuvre depuis le démarrage de la Stratégie Nationale de Développement 2020-2030 (SND30). L’une des dernières en date, est le projet de promotion de la filière pisciculture continentale au Cameroun. Il vise à augmenter la production piscicole de 10% par an, structurer plus de 700 unités piscicoles, et former près de 400 acteurs dans les régions cibles. Après deux ans de mise en œuvre, le coordonnateur nationale du projet indique que la pisciculture continentale est passée de « près de 12 000 tonnes à près de 20 000 tonnes actuellement et l’objectif à la fin du projet est d’atteindre 50 000 tonnes en 2030.»
En 2020, le ministère de l’Élevage, des Pêches et des Industries Animales (Minepia), a entrepris de sélectionner et faciliter l’installation des promoteurs désireux d’investir dans l’aquaculture. Ceux-ci sont appelés à faire des aménagements appropriés sur les zones à fort potentiel aquacole identifiées, des façades maritimes, des périmètres fluviaux et des lacs de retenue.
Un recensement des fermes piscicoles effectué par le Minepia en 2012 a permis d’identifier près de 2 500 fermes aquacoles dans les zones à fort potentiel aquacole du Cameroun. Aujourd’hui, une centaine de structures d’une taille certaine y sont présents. Parmi les plus en vue : MAVE CAMEROUN, qui revendique une capacité de production de 6000 tonnes de poisson par an ; AQUARIN SARL, annonce une production annuelle de plus de 7000 tonnes ; Fish & Co : 5000 tonnes… tous animés par le patriotisme économique ; à la grande satisfaction du Minepia, Dr Taïga : ces projets ont déclenché « une véritable révolution qui augure des meilleurs jours pour l’aquaculture commerciale au Cameroun. »
En juin 2026 le Port Autonome de Kribi (PAK) s’est engagé à favoriser le développement d’industries aquacoles dans la zone industrialo-portuaire. Les communes se préparent. Des discussions sont en cours avec le géant israélien DAGAN, pour le montage d’un projet agricole et piscicole, avec l’encouragement du Premier ministre, selon Isaac Tamba, président de CVUC, l’organisation faîtière des communes.
Un foisonnement certes, mais surtout une pratique à petite échelle. L’association Cameroon Aquaculture plaide pour des investissements massifs, seuls capables d’inverser la tendance des importations massives créent une concurrence déloyale et étouffent la production locale. L’association prend l’exemple d’une cage flottante industrielle de 30 mètres de diamètre et 10 mètres de profondeur installée en mer. « Son volume d’eau utile est d’environ 7 000 mètres cubes d’eau naturelle, renouvelée gratuitement et en continu par les courants marins, sans frais d’électricité pour l’oxygénation, sans frais de vidange. Une seule cage peut produire 150 tonnes de thon ou de dorades de haute mer par cycle. Sa valeur marchande : 150 tonnes multipliées par 3 000 FCFA le kilo, soit 450 000 000 FCFA de chiffre d’affaires par cage. » Une manière de dire que si un consortium d’entrepreneurs locaux installe une batterie de seulement 20 cages flottantes au large de Kribi, Limbé ou Campo, le calcul est sans appel : 20 cages multipliées par 450 millions FCFA, cela donne 9 milliards de FCFA de production brute.


