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Afrique centrale, une décennie de croissance, de développement, de crises, de réformes et de projets non réalisés

Le contexte

Le présent appel à contributions vise la publication du premier numéro de la Revue Africaine de Coopération et d’Intégration pour le Développement (RACID) qui naît dans un contexte marqué par au moins deux grands constats.

Le premier porte sur l’inexistence en Afrique d’une revue scientifique de coopération et d’intégration pluridisciplinaire d’expression francophone paraissant régulièrement, et mettant en débat prioritairement les questions de coopération et d’intégration africaines et la manière dont les Africains pensent leurs dynamiques tant entre eux qu’avec le reste du monde.

Le second constat, qui découle du premier, porte sur le fait que l’Afrique centrale où est produite cette Revue, est un espace régulièrement travaillé à la fois par des chocs exogènes et des dynamiques endogènes complexes dont la saisine n’est pas toujours à la portée de tous. Un éclairage régulier et savant à travers des données de terrain et un ancrage théorique robuste, pourrait combler ce double gap, améliorer et renouveler la manière dont les Africains conçoivent leur intégration et la façon dont la science peut être au service des transformations coopératives et intégratives en Afrique.

RACID est une revue de coopération et d’intégration au développement sur l’Afrique et pour l’Afrique. Aussi, cet appel à contributions vient-il faire écho au besoin d’une intelligibilité permanente des dynamiques et tentatives de transformations en cours sur le continent noir.

Argumentaire

Vaste territoire d’environ 6 6500 000 kilomètres carrés, pour une population estimée par les Nations unies en 2026 à 227,4 millions d’habitants, l’Afrique centrale a amorcé sa coopération et son intégration au tournant des années 1960, au moment où ses peuples luttaient contre les puissances coloniales pour leur indépendance. Organisée autour de trois ensembles institutionnels que sont la Communauté des États des pays des grandes lacs (CEPGL, 1976), la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC, 1983) et la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC, 1994), elle est composée de onze (11) États aux réalités sociopolitiques et économiques à la fois similaires et différentes, mais qui manifestent tous, au moins officiellement, la volonté d’unir leurs efforts et moyens pour intensifier les échanges entre eux, transformer les conditions de vie des populations, ou assurer leur sécurité et réduire les conflits qui les minent. Il s’agit de l’Angola, du Burundi, du Cameroun, de la Centrafrique, du Congo-Brazzaville, de la République démocratique du Congo, du Gabon, de la Guinée Équatoriale, du Rwanda, de São Tomé-et-Principe, et du Tchad. Les trois institutions qui regroupent ces États, très dépendantes du contexte de leur création, ont souvent néanmoins présenté ces dix dernières des performances en termes de croissance et de développement. Toutefois elles sont également des lieux où l’on peut observer de multiples crises que l’on tente de résoudre à travers des réformes et des projets prioritaires dont une très grande partie ne sont pas réalisés ou n’ont même pas connu un début d’amorce.

Les statistiques et analyses qui viennent des grandes institutions financières internationales (ONU, FMI, BM, BAD, CEA, etc.), révèlent ces dix dernières années l’état d’une région où la croissance et le développement évoluent en dents de scie. La raison en est que plusieurs pays de la zone ont subi une série de chocs de grande envergure allant d’une forte baisse des prix du pétrole, aux conflits civils, en passant par les flux des réfugiés ou une sécheresse très rude. En 2016, la croissance économique y était au plus bas, comparativement aux vingt dernières années, les réserves de changes régionaux ayant baissé rapidement. Le FMI par exemple s’est engagé avec un certain nombre de pays pour redresser les défis macroéconomiques. Qualifiée d’« atone » par l’institution financière, cette croissance a varié d’année en année atteignant parfois des prévisions de 6 à 7% comme ce fut le cas en 2018.

Entre 2020 et 2021 est intervenu le choc économique lié à la pandémie de la covid-19 alors que les perspectives économiques pour la région semblaient s’améliorer. Des politiques régionales strictes ont contribué à préserver une meilleure position antérieure à l’année 2019. Le déficit courant s’est résorbé à 2,5% du PIB et les réserves extérieures ont augmenté. Après une solide croissance économique estimée en 2025 à 4,5%, l’Afrique centrale, comme l’ensemble de l’Afrique subsaharienne a entamé l’année 2026 en récoltant les fruits d’une stabilisation durement acquise avant que la guerre au Moyen-Orient vienne assombrir les perspectives. Se sont succédé les méfaits tels qu’une hausse rapide des prix des principaux produits de base, en particulier les combustibles et les engrais, la pauvreté, l’insécurité alimentaire, etc. La croissance économique régionale devait baisser à 4,3% en cette année, même si la situation varie considérablement d’un pays à un autre.

Pour faire face au choc à court terme et renforcer la résilience à moyen terme, le FMI a proposé aux pouvoirs publics des mesures prioritaires consistant à préserver le bon ancrage des anticipations d’une inflation et à protéger les plus vulnérables de la hausse du coût de la vie en leur octroyant des aides ciblées et limitées dans le temps. Pour elle, l’intégration régionale pourrait donner « un coup de fouet » à la croissance et améliorer les chaînes d’approvisionnement dans un environnement géopolitique en pleine évolution.

Au plan politique et sécuritaire, l’Afrique centrale est à la fois un espace de tensions entre certains États et un espace d’instabilité à l’intérieur de plusieurs États. Les tensions sont perceptibles au moins entre la RDC et le Rwanda, entre le Tchad et la RCA, entre le Cameroun et la Guinée Équatoriale, etc. Quant aux instabilités internes, elles concernent autant un cas « extrême » comme la RCA qui est souvent qualifié d’« État failli » (au sens de Zartman, 1995) ; le Cameroun, le Tchad et la RDC confrontés à des insurrections sécessionnistes ; le Burundi, le Congo et le Gabon souvent secoués par des crises post-électorales, etc.

D’année en année, de nombreuses études financées par les institutions internationales ont été réalisées sur l’Afrique centrale, diagnostiquant les forces et les faiblesses et proposant des solutions pour son redressement. Dès 2007, pour donner suite aux recommandations faites par l’Union africaine (UA) et la Commission économique des nations unies pour l’Afrique (CEA) relatives à la rationalisation des Communautés économiques régionales (CER), l’Afrique centrale s’est engagée dans l’harmonisation et la coordination de ses politiques, programmes et instruments d’intégration en vue d’aboutir à une CER unique. 

Au sein de la CEEAC, il a été engagé en 2015, un important programme de réformes institutionnelles décidé à Ndjamena et qui s’expliquait par « la nécessité de recentrer et redéfinir les missions et le fonctionnement de l’organisation (…) censée servir de véhicule d’intégration de ses États membres » (Mvelle, 2025 : 113). La question qui demeure est celle de savoir comment ces réformes, adoptées en 2019 à Libreville s’articulent avec celles effectuées dans les autres regroupements sous-régionaux d’Afrique centrale et surtout quelle efficacité on pourrait peut-on attendre des nouvelles institutions qui en sont nées ?

La CEMAC quant à elle, lance dès 2009 un Programme économique régional (PER) qui n’a néanmoins pas pu « rétablir la stabilité économique fragilisée par les effets néfastes » de plusieurs événements négatifs survenus au plan international : choc pétrolier, pandémie de la Covid-19, guerre en Ukraine, défis sécuritaires et humanitaires, etc. Est venu ensuite le Programme des réformes économiques et financières (PREF) dont l’objectif est de « concevoir et mettre en œuvre des actions rapides, vigoureuses et coordonnées, aussi bien au niveau national que sous-régional » (Mvelle, 2025 : 101).

De part et d’autre, pour accélérer de façon concrète leur intégration, les pays d’Afrique centrale ont fait le choix de compléter leurs réformes par des projets prioritaires dont les uns sont amorcés et les autres encore à l’état de réflexion et de recherche de financement. Au sein de la CEEAC, l’accent est mis sur les grands projets d’infrastructures de production et de transport en haute et très haute tensions englobant deux ou trois pays (PEAC). Au sein de la CEMAC la priorité est également mise sur le développement des infrastructures de transport, du numérique et de l’énergie avec 13 projets phares dont huit devraient contribuer au renforcement de l’intégration physique régionale (Mvelle, 2025 : 124). L’espoir des pays d’Afrique centrale est que la réalisation de ces projets puisse entraîner un spill over effect sur les autres domaines de l’intégration, car les infrastructures physiques, en facilitant le mouvement des personnes et des biens, peuvent entraîner l’intégration dans d’autres domaines comme l’éducation, la formation, le commerce, etc.  

Face aux données empiriques présentées ci-dessus, un certain nombre de travaux sur l’Afrique centrale publiés ces dernières années permettent de saisir la manière dont les auteurs objectivent tous ces phénomènes de croissance, de crises et de réformes. En examinant la performance en matière de commerce au sein de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) et la CEMAC, Céline Carrère relève combien « les chiffres avancés dans la littérature empirique en matière de parts de commerce intrarégional et de degré de diversification des exportations de leurs pays membres sont souvent très décevants compte tenu des efforts importants d’intégration régionale mis en place dans ces régions depuis de nombreuses années » (Carrère, 2013 : 34). Pour elle, une amélioration des infrastructures de transport pourrait avoir un impact substantiel en termes de commerce. Aussi, compte tenu des externalités engendrées par l’amélioration des infrastructures, un effort supplémentaire au niveau régional serait particulièrement adapté. Emma Marie Solange Ngondje Songue pour sa part nous plonge dans une question très peu traitée par les instances communautaires, et pourtant en lien très étroit avec les réformes économiques envisagées. Il s’agit de l’économie informelle au sein de la CEMAC.  Pour elle, sa « compréhension et la maîtrise de son fonctionnement peut conduire à des effets d’entraînement en amont et en aval du développement économique et social des pays (Ngondje Songue, 2021 : 437).

Traitant de la question des institutions sous le prisme des rapports entre le juge communautaire CEMAC et le contrôle de la comptabilité publique des États membres, Ulrich Valentin Biwole, met en évidence une question très sensible touchant au cœur de la souveraineté des États. Pour lui, ces rapports ont une base théorique reposant sur de nombreuses normes qui impliquent sa protection, mais plus encore, sur la prévision dans l’ordre juridique communautaire CEMAC « d’une somme de recours susceptibles d’être mobilisés dans le cadre de la réalisation de la justice communautaire » (Biwole, 2026 : 412). Toujours sur la question des institutions et des normes, Gabriel Zomo Yebe souligne pour le déplorer, le fait qu’au sein de la CEMAC, « la capacité à porter et à mettre en œuvre les textes, traités et projets communautaires, pourtant ratifiés, est devenue, depuis quelques années, une préoccupation majeure » (Zomo Yebe, 2022 : 1). Les contraintes structurelles, les égoïsmes nationaux, la vulnérabilité des pays, les problèmes de leadership, seraient autant de facteurs plausibles qui expliquent le niveau relativement faible de l’engagement des États. L’élargissement de la CEMAC à la CEEAC, toutes choses égales par ailleurs, « ne va vraisemblablement pas améliorer ce niveau d’engagement. Les problèmes rencontrés dans la CEMAC seront plus exacerbés dans une CER plus vaste comme la CEEAC, réduisant les gains potentiels attendus. L’amélioration de l’effectivité de l’engagement des États dans la CEMAC rendra crédible l’engagement dans la CEEAC » (Zomo Yebe, 2022 : 10). 

Pour une question d’une grande actualité comme celle du transport routier au sein de la CEMAC, Etienne Koulakoumouna montre que l’investissement sur les infrastructures de transport routier « constitue à la fois un accélérateur d’intégration régionale et un vecteur de développement durable pour l’Afrique » (Koulakoumouna, 2012 : 61). Pour cela, malgré quelques progrès enregistrés ces dernières années en la matière au sein de la CEMAC, des efforts considérables sont encore nécessaires. L’optimisation d’un réseau intégré de transport routier viable et durable, accessible à toutes les populations et capable de répondre à la demande économique « permet une intégration effective au sein de la CEMAC » (Koulakoumouna, 2012 : 83).

Objectifs de l’appel à contributions

Le présent appel à contributions a pour objectif général de recevoir des communications traitant de la coopération et de l’intégration en Afrique centrale en observant les dynamiques de ces dix dernières années et en s’appesantissant principalement sur l’un des aspects énoncés dans le titre : croissance économique, ; développement, crises politiques, économiques et sociales, ; réformes politiques et institutionnelles, projets prioritaires réalisés et non réalisés.

Comme objectif spécifique, cet appel à contributions attend des auteurs des analyses théoriques robustes articulées autour des données empiriques récentes pouvant provenir autant des enquêtes de terrain que des rapports des institutions travaillant dans le domaine de la coopération et de l’intégration en Afrique centrale. Les contributions devraient s’atteler à donner des lectures différentes de ce qui est communément admis par les auteurs sur la coopération et l’intégration en Afrique. 

Les axes de réflexion

         Croissance économique en Afrique centrale

         Développement socio-économique Afrique centrale

         Les crises en Afrique centrale : crise économique, crise politique, crise institutionnelle, crise managériale, etc.

         Les réformes économiques, politiques, et institutionnelles.

         Les projets prioritaires réalisés et non réalisés

NB : À l’intention de chaque contributeur, il est à noter que cet appel à contributions privilégie une double perspective : celle des analyses sous le prisme de l’un des trois regroupements régionaux africains ou des analyses spécifiques sur des États ou groupes d’États en dehors des trois cadres institutionnels. Le plus important est que soit établi le lien entre des dynamiques individuelles et la compréhension globale de la situation dans la région Afrique centrale.

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