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« Évêque au féminin » : À Ngaoundéré, les femmes luthériennes secouent la chaire

Majoritaires dans l’Église Évangélique Luthérienne du Cameroun, les femmes réclament désormais les plus hautes fonctions spirituelles, quitte à bousculer des traditions aussi anciennes que les vieux bancs des temples.

À Ngaoundéré (région de l’Adamaoua), les chants de louange ont cette semaine pris un accent de revendication. Sous les pagnes éclatants, les foulards soigneusement noués et les battements de mains rythmant les cantiques, les femmes de l’Église Évangélique Luthérienne du Cameroun ont glissé un message clair à leur hiérarchie : après cinquante années de fidélité, il est temps de leur ouvrir les portes des plus hautes responsabilités.

Réunies pour la clôture des festivités marquant le cinquantenaire du mouvement féminin de l’Église, elles n’ont pas seulement célébré leur parcours. Elles ont aussi demandé davantage de place dans une institution où elles représentent près des trois quarts des quelque 700 000 fidèles. Dans les travées décorées de tissus multicolores, entre deux prières et quelques éclats de rire, le mot « évêque » s’est invité dans les conversations avec la ténacité d’un refrain dominical.

« Nous portons l’Église sur nos épaules depuis des décennies », souffle une fidèle, amusée de voir que les femmes savent
organiser les quêtes, remplir les bancs, préparer les repas communautaires et calmer les querelles, mais peinent encore à accéder aux fauteuils de commandement. À l’entendre, même les marmites des célébrations semblent réclamer un peu de parité.

Le débat, autrefois murmuré à voix basse derrière les temples, prend désormais le micro sans trembler. Sous le mandat de Jean Baiguele, l’Église a déjà franchi un pas historique avec l’ordination des premières femmes pasteurs. Aujourd’hui, l’institution compte 267 pasteurs, dont 18 femmes officiellement consacrées au ministère pastoral. Une avancée saluée comme une brèche dans une porte longtemps restée fermée à double tour.

Mais pour plusieurs participantes, le plafond de verre n’a pas encore totalement cédé. Elles souhaitent voir davantage de femmes diriger des œuvres, des écoles bibliques et des départements stratégiques. Et pourquoi pas un jour une femme évêque ? Après tout, glisse une jeune paroissienne avec malice,

« dans la Bible, même les miracles commencent souvent par des choses que personne n’attend ».
Dans les rues fraîches de Ngaoundéré, où le vent du soir soulève la poussière rouge et les derniers refrains des chorales, cette
revendication résonne comme un mélange de patience et d’espérance. Les femmes luthériennes ne demandent pas une révolution tapageuse. Elles avancent plutôt à la manière des cantiques : doucement, harmonieusement, mais avec des paroles qui finissent toujours par rester dans les mémoires.

Chez certains fidèles, la question suscite encore des sourires gênés et quelques froncements de sourcils. « Une femme évêque ? Le ciel va-t-il tomber ? », lance un ancien en plaisantant avant de reconnaître que les mentalités évoluent plus vite que les vieux registres paroissiaux. Entre tradition et désir de renouveau, l’Église luthérienne camerounaise se retrouve ainsi face à un débat qui dépasse les murs des temples : celui de la place des femmes dans les sphères du pouvoir spirituel.

Bobo Ousmanou

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