Extrême-Nord : le choléra revient, l’urgence demeure
Une épidémie qui ressurgit année après année, révélant les failles persistantes de l’accès à l’eau et de la riposte sanitaire.

Le 8 juillet 2026, un foyer suspect de choléra a été identifié au quartier Djambal-Bar, à Kousseri. Le bilan communiqué est lourd : quatre décès au sein d’une même famille et cinq personnes internées dans les structures sanitaires de la ville. Le préfet du département du Logone-et-Chari, Fombélé Mathias Tayem, s’est rendu sur place le lendemain, accompagné de son état-major, de personnalités communales, du chef de district de santé de Kousseri et du directeur de l’hôpital régional annexe, pour constater les faits et coordonner la riposte.
Ce scénario n’est pas inédit. Quelques semaines plus tôt, c’est le district de Makary, dans le même département, qui comptabilisait 17 cas confirmés et trois décès survenus en dehors de toute structure de santé. À l’échelle régionale, le bilan cumulé atteignait alors 166 cas notifiés, 109 encore actifs et 10 décès, un taux de létalité de 6,02%. Kousseri s’ajoute désormais à une liste déjà longue de foyers actifs dans le Logone-et-Chari, aux côtés de Makary et Mada, officiellement classés en épidémie, et de Fotokol et Kolofata, sous surveillance renforcée. « Le problème avec cette maladie c’est que des personnes meurent avant qu’on ne comprenne qu’il s’agissait du choléra », explique Hamadou Issa, jeune vendeur de beignets. Pour lui, l’absence d’eau potable et la lenteur de l’alerte sanitaire sont les véritables responsables de cette catastrophe.
Le chef de district de santé, Besbéto, reconnaît que « près de 90% des cas proviennent de zones d’insécurité où les équipes de santé n’ont pas accès ». Une contrainte qui, selon lui, limite l’efficacité des campagnes de sensibilisation. Le préfet du Logone-et-Chari, Fombélé Mathias Tayem, s’est rendu sur les lieux du dernier foyer à Kousseri, entouré de son état-major et des responsables sanitaires. « Nous avons rappelé les gestes barrières et distribué des solutions de réhydratation », a-t-il déclaré. Mais pour beaucoup de jeunes de ces localités, cette mobilisation reste trop tardive. « On voit les autorités après les décès, jamais avant », regrette l’étudiant Abdoulaye Abba.
Failles
Le politologue et chercheur en santé publique, Dr. Ishaga Saidou, souligne que « le choléra est une maladie maîtrisable. La réhydratation orale et l’accès rapide aux soins suffisent à sauver la majorité des malades. Le problème, c’est l’absence de dispositifs structurels dans l’Extrême-Nord : eau potable, maillage sanitaire, remontée rapide des alertes ». Il compare la situation à Yaoundé, où Médecins sans frontières et la Croix-Rouge ont lancé le programme Chlore+, ciblant 12 000 ménages. « Rien de comparable n’existe à l’Extrême-Nord, alors que c’est la région la plus touchée », insiste-t-il. Dans les villages frontaliers, les jeunes oscillent entre frustration et pragmatisme. Certains, comme Hamadou, estiment que « tant que l’eau potable ne sera pas disponible, le choléra reviendra chaque année ». D’autres, comme Moussa Dzavi, plaident pour « une implication réelle de la jeunesse dans les campagnes de prévention, pas seulement comme spectateurs ».
Révélateur
À l’Extrême-Nord, le choléra n’est pas seulement une maladie : c’est le révélateur d’un déficit structurel en infrastructures et en gouvernance sanitaire. Les jeunes, premières victimes de cette fragilité, réclament une réponse qui dépasse les visites officielles et les causeries éducatives. Tant que l’accès à l’eau potable et aux soins restera limité, l’épidémie continuera de se répéter, saison après saison, avec le même cortège de drames familiaux.
Tom.


