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Fiscalité camerounaise : l’écrivain Alain Symphorien Ndzana Biloa tient le scalpel

L’inspecteur principal des impôts offre une évaluation critique de la performance enregistrée à l’échelle nationale au vu des réformes déjà engagées pour permettre à l’état d’atteindre ses objectifs en matière de mobilisation de ressources internes et d’équité. Ceci fait l’objet de son récent ouvrage publié cette année 2026 aux éditions du Panthéon.

Evaluer la fiscalité camerounaise afin de mieux aiguiller les réformes nécessaires. Telle est la posture adoptée par Alain Symphorien Ndzana Biloa dans son livre « La fiscalité camerounaise au scalpel » paru en 2026 aux Editions du Panthéon. Lequel ouvrage livre un travail d’inventaire et de diagnostic rare par son exhaustivité bâtie sur le croisement de données chiffrées, de textes juridiques et d’expériences pratiques accumulées dans l’exercice de fonctions au sein de l’administration fiscale.
Le système fiscal y apparait complexe. Construit autour d’au moins 161 impôts, taxes et prélèvements obligatoires effectivement perçus, auxquels s’ajoutent 18 autres en attente de textes d’application, et 35 supprimés au fil du temps, de la parafiscalité et de la fiscalité sociale ; il peine à traduire cet épais matelas fiscal en performance réelle et en équité.

La situation en référence fait état de contreperformances significatives. Ce que laisse voir l’ouvrage sur le point précis du taux de pression fiscale. « Avant de sombrer dans la crise économique de 1987 à 1994, l’économie camerounaise a connu une longue période de croissance positive de 1960, année de son indépendance, jusqu’en 1986, du fait de l’exploitation pétrolière qui a démarré en 1977. En 1995, au moment où la reprise économique se pointe à nouveau, le taux de pression fiscale du Cameroun est de 9 %. Ce taux va évoluer progressivement et passer à 11,29 % en 2000 pour atteindre 14,4 % en 2023. Il est inférieur au taux de convergence de 17 % fixé par les instances de la CEMAC, à la moyenne Afrique 38 de 16,1 %, à celui des pays à revenu intermédiaire (15,7 %) et à celui de certains pays africains de même niveau de développement tels que le Kenya (15,8 %), le Togo (18,4 %), le Rwanda (15,7 %), le Sénégal (19,6 %), le Mali (18,7 %). Entendez par là que les recettes du Cameroun restent faibles malgré d’importants chantiers comme la dématérialisation des procédures, l’élargissement de l’assiette fiscale et d’autres réformes effectuées.

Des problèmes d’équité
Pour l’inspecteur principal d’impôt, le Cameroun n’est pas encore parvenu au bout du tunnel qui permettra le respect des dispositions de la Constitution relatives à l’équité fiscale. Selon ce que prévoit l’article que « chacun doit participer, en proportion de ses capacités, aux charges publiques ». L’état s’y active rappelle Alain Symphorien Ndzana Biloa. Il n’est simplement pas encore parvenu aux résultats escomptés. Pire encore, les lignes n’ont pas vraiment bougé en ce sens. « Dans les années 1970, la fiscalité camerounaise souffrait de deux principaux déséquilibres : une prépondérance des impôts indirects (82 % des recettes fiscales) et une forte dépendance vis-à-vis des taxes liées au commerce extérieur (60 % des recettes fiscales). Si le poids relatif des taxes sur le commerce extérieur a diminué de plus de la moitié, celui des impôts et taxes sur les biens et les services est toujours prépondérant », lit-on. Les problèmes relatifs à cet axe soulèvent la question de la répartition de la charge fiscale ; des perceptions des différents acteurs et de l’utilisation des recettes mobilisées. Toutes choses qui font l’objet d’analyses précises dans l’ouvrage de 697 pages.

Des causes identifiées
Quelle est la cause de cette contreperformance ? L’inspecteur principal des impôts pointe du doigt une législation « poreuse » et généreuse en exonérations. Les chiffres pour en rendre compte font mention de 381 mesures dérogatoires en 2020, montées à 465 en 2022-2024. A cela s’ajoute un relent de « féodalisation » des régies fiscales. Dans un contexte notamment où chaque administration agit selon ses propres logiques plutôt que dans une architecture cohérente. Pour y voir clair, le livre « La fiscalité camerounaise au scalpel » présente un tableau alambiqué de l‘architecture de l’administration inhérente à ce secteur. Jugée « multi camérale » Cette dernière repose sur la Direction générale des impôts (DGI), la Direction générale de la douane (DGD), mais aussi le Trésor, le Budget, les Domaines, la Société nationale des hydrocarbures (SNH), les recettes municipales, la Caisse nationale de prévoyance sociale (CNPS) et diverses régies sectorielles. Alain Symphorien Ndzana Biloa met également au goût du jour la question du poids de l’informel et du fichier de contribuables actifs encore restreint (389 297 personnes en 2024, soit 1,4 % de la population) ; et les enjeux de consentement à l’impôt (confiance dans les institutions, perception de l’équité, usage de l’argent public).

Les mots sont dits avec clarté tout au long des pages et les données exploitées pour en faciliter l’appropriation. L’auteur encre plus profondément ses recommandations dans la modernisation administrative. Avec notamment : l’optimisation de la cohérence institutionnelle et la réduction des logiques de silos entre régies, l’amélioration de la performance économique et budgétaire à travers élargissement de l’assiette, plutôt qu’alourdissement des taux : la sécurisation des recettes, retenue à la source, la digitalisation accrue, et un climat des affaires plus favorable à la croissance.

Louise Nsana

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