INTÉGRATION RÉGIONALEMAIN COURANTE

Koh Zimé : au-delà du nom, la reconstruction d’un peuple

Cette communauté, bien que disséminés au Cameroun et partout ailleurs sur le Cameroun, suit sa trajectoire en matière de reconnexion ancestrale.

Légende: cérémonie de purification au Festival Koh Zimé 2025

Le monde découvre progressivement le peuple Koh Zimé dans toute sa puissance. Non pas que ce dernier évoluait en marge des autres communautés nationales; mais la somme des actions entreprises ces dernières années pour reconstituer son identité culturelle fait rejaillir progressivement une aura longtemps voilée par un lourd passé colonial allemand au Cameroun. Jadis apparus comme de farouches résistants à la colonisation allemande, les Koh Zimé en ont porté le poids durant des siècles au travers d’une dissémination dans trois régions du Cameroun (Est, centre, Sud) avec d’importants groupes déplacés vers le Gabon, le Congo, la Centrafrique, la Guinée Equatoriale et l’Angola. C’est principalement ce sort que la communauté – dans ses déclinaisons Badjoué, Nzimé, Bikélé, Bagantou, Bagando, Mpiemo, Mabi, Njémé, Njem, Mpoubieng, Ssô’o, Bidjuki, Kounabembe, Ngumba, Bakwélé, Mpônmpô, Mvong Mvong – cherche ardemment à conjurer. «Notre peuple, bien que disséminé un peu partout en Afrique centrale, a manifesté depuis 2020, ce besoin viscéral de reconnexion ancestrale. Par conséquent, les seules barrières qui sont devant nous sont les barrières administratives. La zone Cemac n’ayant pas un droit commun en termes de fonctionnement des associations. Nous, cependant, nous avons compris que l’intégration sous régionale tant attendue sur le plan économique, passera par la culture, nous y travaillons», confie Maam Leedjue Mo Zam Elise, secrétaire permanente de l’association culturelle Kol Eloh, socle de cette initiative communautaire.

La culture comme cadre de restructuration sociale
Ladite association est le socle de cette initiative communautaire. La cohésion globale s’articule autour d’une organisation internationale commune et des initiatives culturelles implémentées en dehors des frontières du Cameroun. Il y est question de: «Faire exister véritablement le peuple Koh Zimé dans la conscience collective nationale et internationale à travers la célébration et la protection de sa culture. C’est de cette inspiration qu’est née l’association Kol Eloh dédiée à la promotion, à la sauvegarde et au rayonnement du patrimoine culturel. Grâce à cette dynamique, le peuple Koh Zimé s’affirme désormais comme une entité culturelle structurée, visible et reconnue», mentionne-t-on à l’occasion des travaux de restitution de la 6e édition du Festival Koh Zimé à Yaoundé le 24 mars 2026.

Au chapitre des initiatives entreprises pour colmater la liane Kol Eloh liane mystique qui permit autrefois la traversée du Dja dans un contexte de fuite face aux Allemands – le Festival Koh Zimé sert bien la cause. Celui-ci apparait comme la principale plateforme d’exposition de la culture et du savoir-faire ancestral des Koh Zimé. «Le festival n’est plus un simple rendez-vous festif, il est devenu un véritable espace d’affirmation identitaire du peuple Koh Zimé, un creuset de transmission intergénérationnel ainsi qu’un symbole d’existence collective dans la grande construction de nos nations, partout où vivent les communautés Koh Zimé». L’existence collective ici affirmée fait référence à la présence constante des communautés Koh Zimé du Gabon, du Congo, de la Centrafrique à ce Festival depuis son lancement en 2020. La 6é édition déroulée à Lomié (région de l’Est) du 15 au 21 décembre 2026, confirme les acquis. «Le bilan est satisfaisant ans la mesure où toutes les activités traditionnellement inscrites dans notre agenda ont eu lieu. Avec en plus, l’exposition de nos héros à travers une photothèque et des œuvres d’art de notre culture», se réjouit Maam Leedjue Mo Zam Elise.

Ici se décline l’autre volet des actions communautaire en vue de la. Celui lié notamment au rétablissement du patrimoine culturel matériel et immatériel. Un chantier dont les premiers résultats ont donné place à l’inauguration du musée Koh Zimé à Lomié, où se racontent déjà des épopées glorieuses du peuple, au travers de l’exposition d’une trentaine de pièces d’art. « La principale action menée dans ce sens est celle e la collecte de nos artefacts dans les campagnes reculées. Ensuite nous avons la reconstitution des protocoles traditionnels tels que laissés par nos ancêtres. Désormais, lors des cérémonies du Festival, le peuple verra la matérialisation de cette codification lors de l’installation de nos dignitaires. La remise à disposition de nos forêts sacrées et les cultes ancestraux sont également au programme», énonce la secrétaire permanente du Kol Eloh. D’autres projets sont encore en vue d’une plus grande ouverture à l’ensemble de la population camerounaise. Au travers notamment des représentations culturelles sur l’ensemble du pays.

Louise Nsana

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