Le centenaire de la paroisse Sainte-Anne de Gagnoa : célébrer, mais aussi réfléchir

Le 13 juin 2026 est la date choisie pour clore les célébrations du premier centenaire de la paroisse Sainte-Anne de Gagnoa, qui existe depuis 1924 et qui a été élevée au rang de cathédrale le 3 février 1957 lors de la création du diocèse.

Cent ans d’évangélisation, de formation, de service et de présence de l’Église dans une région qui a donné à la Côte d’Ivoire de nombreux prêtres, religieux, religieuses et laïcs engagés. Un tel anniversaire est assurément un motif de joie et d’action de grâce. Une question mérite toutefois d’être posée: que signifie célébrer un centenaire ? Célébrer ne consiste pas seulement à rendre grâce ni à faire la fête. Une Église célèbre et se célèbre aussi en programmant et en organisant des activités de réflexion. Personnellement, je n’ai pas le souvenir d’un programme de réflexion associant les différentes composantes du peuple de Dieu. Peut-être de telles initiatives ont-elles existé. Mais, si elles ont eu lieu, elles n’ont manifestement pas bénéficié de la visibilité qu’elles méritaient.
Cette observation rejoint une interrogation plus générale sur la manière dont l’Église catholique en Côte d’Ivoire célèbre ses anniversaires. Trop souvent, lorsqu’il s’agit d’un jubilé, d’un cinquantenaire ou d’un centenaire, l’accent est mis sur les manifestations festives: confection d’un pagne commémoratif, célébration eucharistique, repas fraternels, danses et réjouissances diverses. Tout cela a sa place, bien sûr. Une communauté doit savoir rendre grâce à Dieu dans la joie. Cependant, à mon humble avis, une célébration importante devrait également être l’occasion d’un examen de conscience collectif.
La procure de Gagnoa
Après cent ans d’existence, il est légitime de se demander: qu’est-ce qui a bien fonctionné et qu’est-ce qui a moins bien marché? Quels sont les acquis à préserver? Quels sont les échecs à reconnaître? Quels défis demeurent et quelles solutions envisager pour l’avenir? Un colloque réunissant prêtres, religieux, religieuses et laïcs aurait pu permettre d’aborder ces questions avec franchise et sérénité.
Qu’est devenue la procure de Gagnoa, qui jouait autrefois un rôle important dans la vie du diocèse? Quel est aujourd’hui l’état des lieux historiques qui ont marqué la formation de générations de prêtres et de chrétiens? Le petit Séminaire Saint-Dominique Savio, le centre des catéchistes et d’autres institutions emblématiques bénéficient-ils de l’entretien et de la valorisation qu’ils méritent?
La question de l’autonomie financière de l’archidiocèse mérite également réflexion. Comment lui permettre de disposer de ressources suffisantes pour accomplir sa mission sans dépendre excessivement des aides extérieures? Dans un contexte où les financements étrangers se raréfient, cette problématique devient cruciale.
Les anciens élèves
Il serait aussi intéressant de réfléchir aux moyens d’impliquer davantage les anciens élèves des grands établissements catholiques de la région, notamment ceux du collège Saint-Jean, de l’Enfant-Jésus et du Séminaire Saint-Dominique Savio. Ces hommes et ces femmes occupent aujourd’hui des positions importantes dans la société ivoirienne. Leur expérience, leurs compétences et leurs ressources pourraient contribuer au développement de l’archidiocèse.
D’autres questions touchent directement à l’organisation pastorale. Après un siècle d’existence, n’est-il pas temps d’envisager une division de l’archidiocèse en deux ou trois circonscriptions ecclésiastiques afin de rendre l’action pastorale plus efficace? Une telle réflexion ne serait ni une critique ni une remise en cause de l’existant, mais simplement une manière d’adapter les structures aux réalités actuelles.
La formation des prêtres est-elle aujourd’hui aussi solide qu’à certaines périodes particulièrement fécondes de l’histoire du diocèse, notamment au temps de responsables réputés pour leur exigence et leur rigueur? Comment préparer les futurs prêtres à répondre aux défis spirituels, sociaux et culturels de notre époque?
Enfin, la place des laïcs mérite d’être approfondie. Quelles responsabilités peuvent-ils assumer davantage dans la gestion et l’animation de la vie diocésaine? Comment mieux prendre en charge les prêtres malades ou âgés? Pourquoi certains prêtres ont-ils, à une époque donnée, estimé nécessaire de chercher refuge ailleurs?
Toutes ces questions auraient pu nourrir un vaste débat ecclésial. Car célébrer cent ans d’histoire ne consiste pas seulement à regarder le passé avec gratitude. C’est aussi avoir le courage d’évaluer le présent et de préparer l’avenir. Le véritable succès d’un centenaire ne se mesure pas seulement au nombre de participants à une messe ou à une fête, mais à la capacité d’une communauté à tirer les leçons de son histoire pour mieux accomplir sa mission demain.
Jean-Claude Djéréké



