L’information stratégique : nouvelle arme diplomatique des États d’Afrique
Dans les relations inter-Etats, la maitrise de l’information détermine désormais le rapport de force. Pour les pays africains produire, protéger et exploiter leurs données stratégiques devient un impératif.

A l’heure des négociations complexes et de la guerre des récits, la puissance diplomatique d’un Etat africain se mesure moins à la taille de son armée qu’à la qualité de son information. La maitrise des données stratégiques s’impose comme le levier décisif pour défendre les intérêts nationaux peser dans les relations inter-Etats. C ‘est le sens donné à la 9ème édition de la Journée Africaine de l’Intelligence économique (JAIE) coorganisée par le Centre Africain de Veille de l’Intelligence économique (CAVIE) et le Think do tank IE237.
Le premier panel constitué essentiellement des diplomates et enseignants du Cameroun, du Sénégal, portait sur la thématique « le pouvoir de l’information stratégique dans les relations inter-Etats ». Pour faire de la lumière sur ce thème, le Pr titulaire de l’Institut des Relations Internationales du Cameroun (Iric) Remy Mbida Mbida se veut plus clair sur la compréhension des concepts. L’information stratégique s’entend comme un ensemble des données collectées, analysées et communiquées par un Etat pour anticiper, orienter, et protéger ses intérêts. Elle englobe les renseignements sécuritaires, économiques, technologiques et diplomatiques. « C’est une information qui n’est pas neutre, elle est produite et mobilisée dans une logique de décision d’influence.
Elle éclaire le champ politique, prépare les négociations et renforce la souveraineté nationale », souligne-t-il. « Sans elle, un Etat avance à l’aveuglette dans un environnement international marqué par l’incertitude et la compétition, exposé aux manipulations, aux dépendances extérieures », poursuit le Pr titulaire de l’Iric Rémy Mbida Mbida. Lors des discussions bilatérales ou au sein des organisations multilatérales, l’asymétrie d’information place les pays africains en position de faiblesse. Ressources minières, flux commerciaux, endettement, enjeux géopolitiques : sans les données fiables et actualisées, le négociateur arrive sans munitions.
La diplomatie contemporaine se joue hors des salles de réunion. Elle se joue dans la bataille des perceptions. Longtemps, l’image du continent a été construite de l’extérieur, à travers des stéréotypes et des rapports biaisés. Ces narratifs influencent directement les décisions des investisseurs, des partenaires techniques et de l’opinion internationale. « Pour mieux construire sa puissance ou sa souveraineté, les Etats passent par la maitrise de l’information. Le travail quotidien de tous les diplomates c’est de rechercher l’information et de l’analyser », fait savoir Wolfgang Fernand Owona, sous-directeur chargé des relations avec l’Afrique centrale.
Sur le plan de la sécurité transfrontalière, les autorités administratives ont « besoin des informations, voilà le rôle des services des renseignements qui collectent, traitent et analysent les informations pour servir les intérêts de la puissance publique en vue de renforcer sa stabilité, de renforcer sa propension à atteindre ses intérêts économiques, de renforcer sa propension à assurer la sécurité de l’Etat », rappelle le sous-directeur chargé des relations avec l’Afrique centrale. Un Etat qui collecte et analyse information stratégique, reprend l’initiative. Il documente ses performances, valorise ses atouts et apporte des réponses factuelles à la désinformation. Dans le cadre de la Zone de libre-échange continentale Africaine (ZLECAF), les Etats africains sont engagés.
C’est un enjeu colossal parce que nous avons un marché domestique de 1milliards 300millions d’habitants d’une part et d’autre part, parce que à terme nous avons besoin d’une libre circulation des personnes, des biens, des capitaux, entre les différents pays d’Afrique « il y a une dynamique qui fait en sorte que l’information stratégique qui est partagée entre nos Etats doit être démultipliée , tout en restant structurée à l’effet de renforcer l’intégration africaine », fait savoir Dr Guy Gweth, Commissaire JAIE 2026.
Olivier Mbessité



