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Mbalmayo : Les Ekang à l’école de la sécurisation foncière coutumière

À l’heure où les conflits fonciers se multiplient dans les villages et où les terres ancestrales suscitent de plus en plus d’appétits, la communauté Ekang a choisi d’ouvrir le débat. Réunis le 30 mai 2026 à la Permanence du Parti de Mbalmayo dans le cadre de la rencontre culturelle Bia Bia Ekang, notables, autorités traditionnelles, responsables administratifs et membres de la communauté ont consacré une large partie de leurs échanges à une question devenue cruciale.

Photo de famille après les exposés à Mbalmayo

Loin des discours folkloriques souvent associés aux rencontres culturelles, les participants ont plongé dans les réalités juridiques et administratives qui entourent aujourd’hui la propriété foncière. Au centre des discussions figuraient les modalités d’obtention de l’attestation de reconnaissance des droits fonciers coutumiers et de l’attestation de jouissance paisible, deux documents de plus en plus sollicités par les populations rurales soucieuses de protéger leur patrimoine.

Pour éclairer les participants, Michel Ovassa, chef du service départemental des Domaines du Nyong-et-So’o, a animé une présentation détaillée sur les mécanismes de sécurisation foncière. Face à une assistance attentive, il a rappelé que les droits coutumiers, bien qu’ancrés dans les traditions locales, nécessitent aujourd’hui une formalisation afin de prévenir les contestations futures. « Beaucoup de conflits naissent de l’absence de documents permettant d’établir clairement l’origine et l’occupation des terres. Les populations doivent comprendre que la sécurisation foncière constitue désormais une nécessité pour protéger les héritages familiaux et communautaires », a expliqué le responsable des Domaines.

Selon lui, l’attestation de reconnaissance des droits coutumiers représente une étape importante dans le processus de formalisation foncière. Elle permet d’établir l’existence de droits exercés sur une parcelle depuis plusieurs générations, tandis que l’attestation de jouissance paisible vient confirmer une occupation effective et non contestée du terrain concerné.

Dignitaires traditionnels
Michel Ovassa a également insisté sur le rôle déterminant des autorités traditionnelles dans ces procédures. « Les chefs traditionnels demeurent des acteurs essentiels dans la certification des droits coutumiers. Leur connaissance du territoire et des lignages constitue un élément fondamental dans l’établissement des dossiers », a-t-il souligné. Cette reconnaissance du rôle de la chefferie a trouvé un écho favorable auprès des gardiens de la tradition présents à la rencontre.

Pour Sa Majesté Messi Ndi, la préservation du patrimoine foncier constitue aujourd’hui l’un des principaux défis auxquels sont confrontées les communautés Ekang. Le souverain traditionnel a rappelé que la terre ne représente pas seulement une valeur économique, mais également un héritage culturel transmis de génération en génération. « Nous devons protéger les terres de nos ancêtres. Lorsque les limites ne sont plus connues ou que les héritiers ne disposent d’aucune preuve de leurs droits, les conflits deviennent inévitables. Cette sensibilisation arrive à point nommé », a-t-il déclaré.

Même préoccupation chez Sa Majesté Zambo Thobie. Pour lui, l’évolution des textes et des procédures administratives impose une meilleure information des populations rurales. « Les temps changent. Ce qui reposait autrefois uniquement sur la parole des anciens doit désormais être documenté. Les communautés doivent s’adapter sans pour autant renoncer à leurs traditions », a-t-il estimé.

Ignorance
Au-delà des aspects techniques, la rencontre a permis d’aborder les enjeux sociaux liés à la gestion du foncier. Plusieurs participants ont évoqué les litiges familiaux, les ventes contestées de parcelles ou encore les difficultés rencontrées par certains héritiers pour faire reconnaître leurs droits. Ces préoccupations ont trouvé un prolongement dans l’intervention de Pierre Alexis Mbassegue, président de l’antenne organisatrice de Bia Bia Ekang. Pour lui, la question foncière constitue aujourd’hui un enjeu stratégique pour l’avenir des communautés Ekang. « Notre objectif est de permettre aux populations de mieux comprendre les mécanismes existants afin d’éviter les erreurs qui conduisent souvent à la perte des terres familiales. Nous voulons rapprocher l’administration des citoyens et favoriser un dialogue permanent entre les autorités traditionnelles et les services compétents », a-t-il indiqué.

Le responsable associatif estime que la vulgarisation des procédures foncières doit devenir une priorité dans les villages. Selon lui, de nombreuses familles ignorent encore les démarches susceptibles de sécuriser durablement leurs propriétés.
Cette édition de Bia Bia Ekang aura ainsi démontré que les enjeux culturels et les préoccupations de développement peuvent se rejoindre autour d’une même ambition : préserver les ressources foncières des communautés tout en facilitant leur intégration dans les dispositifs modernes de gestion du territoire.

Au terme des échanges, un consensus semblait se dégager parmi les participants : face à la pression croissante exercée sur les terres rurales, la sécurisation foncière apparaît désormais comme un impératif. Entre coutume et administration, les communautés Ekang entendent désormais bâtir des ponts plutôt que des oppositions, afin que l’héritage des ancêtres demeure un patrimoine protégé pour les générations futures.

Jean-René Meva’a Amougou

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