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Mbombok Malet Ma Njami Mal Njam : «La séparation avec le mort suppose la purification et le bain par les initiés»

Le guide spirituel donne des éclairages sur la symbolique du rituel du Liso Mò, troisième étape du deuil chez les Bassa.

Mbombok Malet Ma Njami Mal Njam

Quelle est la conception bassa de la mort ?

Les Bassa pensent qu’il existe un Dieu. Et qu’il impose sa donne à tout ce qui existe. Et en fonction de comment il apparait, on lui attribue un nom : Elolombi qui signifie « hautement infini ». Batu peck veut dire « omniscient », Diop signifie « le soleil à son apogée ». Dieu est l’auteur du Mbog. Il se traduit par toute chose qui existe, qui vit avec l’homme et avec laquelle l’homme vit, sondable et insondable, là maintenant, avant-avant, après-après. C’est Dieu qui est le maitre du temps. L’être humain nait, l’être humain meurt. C’est la réalité dans la superposition des vérités. Quand l’être humain nait, c’est tout un processus cosmique qui intervient. Il y a neuf mois de gestation et après l’enfant vient au monde. Quand cet enfant est de sexe mal, cinq jours après sa naissance c’est la cérémonie de son accueil, son intégration sociale. Quand c’est une femme c’est quatre jours après.

De même, quand un être humain meurt, s’il est de sexe masculin, il est normal que cinq jours après sa mort, qu’on ait une cérémonie pour lui dire au revoir, pour constater qu’il est parti. Et quatre jours si c’est un être humain de sexe femelle. Et dans les deux cas, neuf jours après la mort constatée et célébrée, il y a la cérémonie du «Mbõ» qu’on appelle en français la neuvaine. Neuf parce que c’est le chiffre d’or chez les Bassas. C’est le chiffre de l’accomplissement, de l’infini. La multiplication de trois, le chiffre parfait, par trois. Donc la vie comme la mort se gèrent dans cette symbolique. La mort ouvre le champ à la séparation avec les humains. Là il faut comprendre que le Mbog sait que la vie n’existe que parce qu’elle est solidaire. Un être humain ne vit pas seul, il ne nait pas seul, il ne meurt pas seul c’est-à-dire qu’il ne s’enterre pas lui-même. D’où la nécessité qui s’impose de rompre les liens avec une personne avec laquelle on a partagé la vie.

Quelle est la nécessité d’un tel rituel ?

Quand tu perds un être humain, tu perds une partie de toi. La disparition physique est constatée. Mieux encore, dans son esprit, dans son cœur, la disparition est marquée. C’est un mal qu’on ressent. Et comme c’est un mal qu’on ressent, qui impacte, il demande donc un accompagnement pour qu’on le guérisse, qu’on prévienne ses effets dévastateurs. Arrêtons- nous sur le thème catharsis et le premier indicatif dans la traduction est purification. Il fait penser au Liso mò dont le sens littéral est se laver les mains. Il est le fait de se retrouver, de se rééquilibrer. C’est le dépassement de la douleur. Liso mò a un sens propre et un sens imagé qui peut signifier, je m’en suis débarrassé. Il y a une autre dimension qui veut que j’accède à autre chose donc je me lave les mains. S’agissant de la purification, on ne peut pas se purifier soi-même. On a besoin d’un accompagnement, ça peut être des chants, des danses. Mais on a besoin de médiums pour passer d’un état à un autre.

Comment se pratique le rituel et quelle est la symbolique des gestes?

Liso mò est un rituel de bénédiction. Ce rituel sert à resserrer les liens entre les membres de la famille. La perte de leur membre est un préjudice, une angoisse qu’il faut subjuguer, on le fait en rapprochant les membres restants. L’autre s’en va, il faut lui dire au revoir. Si on n’accepte pas qu’il est parti, alors on accepte qu’il nous hante. On doit lui dire j’ai constaté que tu es parti, ça créé un vide en moi, j’en prends acte; là où tu es parti bon voyage. La matérialisation de tout cela suppose donc au moins deux choses, la purification et le bain par des initiés. Et chez nous dans le Mbock, le bain de purification répond à une codification précise. On trempe dans de l’eau, des écorces vertueuses. On asperge cette eau sur le corps. Ça s’accompagne aussi de feu. Dès que cette étape est passée, le feu sacré investit l’espace. Et là tout est important. Sa flamme, sa fumée, son odeur. Il y a dans le rituel, la traversée du feu, l’eau qu’on reçoit sur le corps et les paroles. Ce sont des paroles de bénédiction qu’on prononce pour sacraliser le rituel. On dit ce qui doit être et on dit ce qui ne doit pas être.

Interview menée
par Louise Nsana

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