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« Moins d’aide, plus d’affaires » : Washington accélère sa percée sur le marché Camerounais

À Yaoundé, le premier dialogue économique et commercial entre le Cameroun et les États-Unis ouvre une nouvelle séquence dans les relations bilatérales. Près de 7 milliards de dollars de projets ont été annoncés. Derrière cette pluie de milliards se dessine une stratégie américaine plus offensive en Afrique centrale : moins de coopération assistée, davantage de contrats, de minerais et de marchés.

Dialogue économique et commercial – photos de famille

En Afrique centrale, le rapport de force économique est en train de changer de nature. Après des décennies de coopération dominées par l’aide publique au développement, les partenaires internationaux regardent désormais la région à travers ses infrastructures, ses minerais critiques, son énergie et surtout son potentiel de croissance. Le Cameroun, première économie de la CEMAC, entend profiter de cette nouvelle compétition. Washington, lui, semble avoir décidé de ne plus regarder le marché camerounais depuis les tribunes.

Le 27 août 2026, Yaoundé et Washington ont tenu leur tout premier dialogue économique et commercial bilatéral. À la clé : près de 7 milliards de dollars, soit environ 4 000 milliards de FCFA, de projets nouveaux ou en expansion. Technologie, mines, énergie, infrastructures, foresterie, logistique : rarement une rencontre économique entre les deux pays aura concentré autant d’ambitions.

Des minerais au mégawatt, la grande offensive américaine
Le secteur des minerais critiques occupe une place de choix dans cette nouvelle feuille de route. Le tandem américano-australien Tronox-Lion Rock fait avancer un projet de rutile estimé à 500 millions de dollars. À Nkamouna, ARM, basée à Washington, négocie pour sa part un projet de cobalt, nickel et manganèse, avec une mise initiale de 85 millions de dollars.
Mais c’est dans l’énergie et les infrastructures que les chiffres donnent le vertige. A. Epstein and Sons International, associée à ITF, discute d’un projet aéroportuaire de 2 milliards de dollars dans le Grand Douala, auquel s’ajouteraient 230 millions de dollars pour des salles de spectacle à Yaoundé, Douala et Bamenda.

Le projet hydroélectrique du Grand Eweng, porté par l’investisseur new-yorkais Hydromine, constitue l’autre pièce maîtresse. Avec un investissement annoncé de 3,5 milliards de dollars pour une capacité de 1 040 MW, il placerait l’énergie au cœur de cette nouvelle relation économique.
La technologie et la logistique ne sont pas oubliées. Cybastion prévoit 75 millions de dollars pour un centre de données associé à une centrale électrique à Douala. La fintech Azamra souhaite faciliter les paiements transfrontaliers et mobiliser davantage l’épargne de la diaspora. FedEx envisage un entrepôt à l’aéroport de Douala. Hoffman Equipment prévoit, de son côté, 83 millions de dollars de ventes de matériels destinés notamment à soutenir la formation technique locale. Taylor Guitars poursuit enfin son approvisionnement durable en ébène à travers Crelicam.

« Trade not aid », la nouvelle grammaire de Washington
Cette offensive n’a rien d’un simple inventaire de projets. Elle traduit la nouvelle doctrine économique de l’administration Trump en Afrique : « trade not aid », autrement dit, le commerce plutôt que l’aide.
Washington regarde désormais le continent avec les lunettes du marché. Sa démographie, ses ressources naturelles et l’émergence progressive d’une classe moyenne constituent autant de raisons de rattraper un retard commercial jugé préoccupant. Selon Nick Checker, haut fonctionnaire du Bureau des affaires africaines au Département d’État américain, l’Afrique subsaharienne représente encore moins de 1 % du commerce total américain, alors même que ses perspectives démographiques et économiques sont considérables.

La diplomatie américaine change donc également de logiciel. Les ambassadeurs sont appelés à contribuer davantage à la conclusion de contrats, à l’amélioration de l’environnement des affaires, à la promotion d’infrastructures économiquement viables et à la mobilisation de nouveaux instruments de financement.
Dans ce dispositif, le Cameroun constitue un marché particulièrement stratégique. Sa position géographique, son accès à l’Atlantique, ses ressources minières, son potentiel énergétique et son poids dans la CEMAC en font une porte d’entrée naturelle vers l’Afrique centrale. Pour Washington, le pari consiste désormais à transformer cette position géographique en avantage commercial.

Le Cameroun face à ses propres contradictions
Reste l’essentiel : ces annonces ne constituent pas encore des investissements réalisés. Entre la signature d’un protocole, la mobilisation des capitaux et la mise en production, la route peut être longue.
Washington pose d’ailleurs plusieurs conditions : amélioration de la fiscalité, modernisation du transport maritime et réforme du secteur minier. Autant de dossiers qui renvoient directement au climat des affaires camerounais.
Pour Yaoundé, l’enjeu est donc double. Il s’agit d’attirer les capitaux américains sans céder sur ses propres ambitions de transformation économique. Le cas des minerais critiques sera particulièrement scruté. Le Cameroun défend, comme plusieurs États de l’OEACP, le principe d’une transformation locale des matières premières afin de créer davantage de valeur ajoutée et d’emplois.

La question sera donc moins de savoir qui achètera les minerais camerounais que de déterminer qui captera la plus grande part de leur valeur.
Car avec Washington, Pékin, Paris et désormais d’autres puissances qui affûtent leurs offres, l’Afrique centrale entre dans une nouvelle bataille : celle de ses marchés et de ses ressources. Le premier dialogue économique camerouno-américain en est peut-être le prélude. Pour le Cameroun, le défi sera de transformer cette concurrence des investisseurs en levier de souveraineté économique. Pour les États-Unis, il s’agit surtout de ne plus arriver après la bataille.

Louise Nsana

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