Transit en zone CEMAC : le SIGMAT de tous les vœux
Lundi 20 avril 2026, le directeur général des douanes camerounaises, Fongod Edwin Nuvaga, a reçu Bernard Zbinden, conseiller résident d’AFRITAC-Centre, venu remettre un peu d’ordre (ou au moins une méthode) dans le transit régional.

La mission qui a démarré sur le terrain entre Douala et Kribi a donné le ton : il s’agit de « renforcer » un système déjà supposé fonctionner, mais qui, dans les faits, continue de produire ses propres frottements. Direction le Tchad et la RCA, ces voisins enclavés dont les marchandises empruntent les ports camerounais comme des artères vitales souvent engorgées. Officiellement, tout est pourtant balisé. Codes douaniers harmonisés de la CEMAC, texte régional révisé en 2024, engagements dans la ZLECAf : la mécanique juridique est en place, presque élégante sur le papier. Mais entre les principes et les quais, le réel s’invite, avec ses lenteurs, ses doublons administratifs et ses chaînes d’information discontinues. C’est là que le SIGMAT (Système Interconnecté de Gestion des Marchandises en Transit) est censé intervenir. Pensée pour faire circuler les données aussi vite que les conteneurs, cette plateforme informatique douanière est encore loin d’une généralisation régionale. Elle dépend d’un alignement politique et technique que chacun appelle de ses vœux sans toujours en maîtriser le tempo. En attendant, le Cameroun, le Tchad et la RCA bricolent des solutions intermédiaires : interconnexions nationales, échanges de données, antennes douanières installées dans les ports de Douala et Kribi pour surveiller au plus près les flux. Une architecture hybride, efficace par endroits, hésitante à d’autres. Les premières évaluat ions d’AFRITAC-Centre ont déjà mis en lumière des « défis opérationnels », formule prudente pour désigner des blocages bien réels : procédures parallèles, coordination imparfaite, et une fluidité encore loin des standards affichés. La mission Zbinden est donc arrivée avec un double mandat : constater, mais surtout proposer. Cartographier les failles, mesurer les écarts entre dispositifs et ambitions, et relancer, peutêtre, l’idée d’un transit régional enfin cohérent. Reste une question, en suspens derrière les discours techniques : dans une région où la marchandise circule plus vite que les réformes, le SIGMAT sera-t-il un outil de rupture ou un énième sigle de plus dans l’arsenal des bonnes intentions ?
Rémy Biniou



