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Viande canine au Cameroun : entre croyances mystiques et bombe sanitaire

De Yaoundé à Bamenda, de Maroua à Bafoussam, la consommation de la viande de chien gagne du terrain. Présentée par certains comme fortifiante, protectrice voire mystique, elle inquiète pourtant les autorités sanitaires face aux risques élevés de zoonoses et d’abattages hors normes.

Chiens à l’abattage

À la tombée de la nuit dans certains quartiers de Yaoundé, Bamenda, Maroua ou Bafoussam, des braises rougissent sous des marmites fumantes. À l’intérieur : de la viande canine. Longtemps marginale, cette pratique connaît aujourd’hui une visibilité accrue, portée par une clientèle convaincue de ses vertus. « Ça donne la force. Ça protège contre les mauvais sorts », affirme Victor Mourtala, consommateur à Garoua. À Maroua, un autre assure qu’elle « soigne les douleurs articulaires » et « renforce la virilité ». Les témoignages sont dithyrambiques. Pour certains, il ne s’agit pas seulement d’un aliment, mais d’un rempart symbolique contre l’adversité. La consommation de viande canine n’est pas propre au Cameroun.

Selon le Dog Friendly Country Index, le Nigeria figure parmi les plus grands pays consommateurs en Afrique et se classe troisième au niveau mondial, derrière la Corée du Sud et le Vietnam. Dans les zones frontalières du Niger, la pratique est également signalée, et les échanges transfrontaliers alimentent certains marchés camerounais. Dans le département du Mayo-Sava, la localité de Mayo-Plata dans la commune de Tokombéré à l’Extrême-Nord est régulièrement citée pour l’existence d’un marché d’abattage et de commercialisation de viande canine. Là-bas, comme dans d’autres localités, l’activité s’organise discrètement mais efficacement.

Risques sanitaires
Mais derrière les croyances et les traditions, les spécialistes de santé publique tirent la sonnette d’alarme. « Le principal risque est zoonotique », explique Njoya Fadil, vétérinaire basé à Yaoundé. « La rage reste endémique dans certaines zones. Manipuler ou consommer un animal infecté, surtout dans des conditions d’abattage informelles, expose gravement les populations ». En outre, d’autres maladies transmissibles sont évoquées : parasites intestinaux, infections bactériennes, contamination croisée due à l’absence de chaîne de froid. « La majorité de ces abattages échappe aux contrôles vétérinaires », souligne Ngu Bush, responsable sanitaire régional. « Il n’y a ni inspection systématique, ni certification ». Les conditions de transport et de conservation aggravent le risque. Dans plusieurs villes, la viande est parfois acheminée sur de longues distances, sans respect des normes d’hygiène. « Nous sommes face à un problème de santé publique, pas simplement à une question culturelle », insiste-t-il.

Toute tentative d’interdiction frontale se heurte pourtant à la dimension communautaire et symbolique de la pratique. Dans certaines cultures, la consommation de viande canine est ancienne et intégrée à des rites sociaux. «Il faut éviter la stigmatisation», prévient la sociologue Atezambong Charlène. « La réponse doit être éducative et réglementaire, non répressive ». Les autorités sanitaires, conscientes du phénomène, multiplient les campagnes de vaccination canine contre la rage. Mais le contrôle des circuits parallèles demeure difficile. La question pose un dilemme délicat : comment concilier respect des pratiques culturelles et impératif de santé publique ? Comment encadrer un marché informel sans le faire basculer davantage dans la clandestinité ?

À Yaoundé comme à Bamenda, le débat s’invite désormais dans les cercles communautaires. Certains leaders religieux et traditionnels appellent à la prudence. D’autres réclament une réglementation claire plutôt qu’un silence ambigu. Car le phénomène prend de l’ampleur. Et avec lui, les risques. Entre croyances mystiques, quête de force et réalités sanitaires, la viande canine cristallise une tension plus large : celle d’une société partagée entre traditions persistantes et exigences modernes de sécurité alimentaire.

La question n’est plus de savoir si la pratique existe. Elle est désormais de déterminer comment protéger les populations sans fracturer les communautés. Les autorités sont attendues sur ce terrain sensible. Avant qu’un incident sanitaire majeur ne transforme le débat en crise nationale.

Tom.

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