Yaoundé sous les ordures : une crise devenue chronique

Montagnes de déchets, habitants exaspérés et opérations de nettoyage à répétition. À quelques jours de la visite d’une haute responsable d’ONU-Habitat, trois ministres ont sillonné les quartiers les plus touchés de Yaoundé. La capitale camerounaise semble prisonnière d’une crise des déchets qu’aucune réforme n’a encore réussi à enrayer.

Sous une pluie fine, la descente Chapelle à Nsimeyong offre, ce 28 août 2026, l’image d’une capitale en difficulté. Un vaste amas d’ordures occupe une partie de la chaussée. Des enfants y déversent leurs déchets ménagers tandis qu’un pré-collecteur ajoute une nouvelle cargaison depuis son tricycle. Quelques minutes plus tard, trois membres du gouvernement arrivent sur les lieux : Paul Atanga Nji (Administration territoriale), Georges Elanga Obam (Décentralisation et Développement local) et Célestine Ketcha Courtès (Habitat et Développement urbain). La scène est symbolique d’un problème qui empoisonne le quotidien des habitants depuis plusieurs années.
Des riverains rencontrés sur place sont unanimes sur le fait que le site avait récemment été nettoyé. Mais à Yaoundé, quelques jours suffisent parfois pour voir réapparaître des montagnes de détritus. La situation n’a plus rien d’exceptionnel. « On nettoie aujourd’hui et demain c’est pareil », regrette Jules Sambo. Un constat partagé dans de nombreux quartiers où les habitants dénoncent des interventions ponctuelles incapables de résoudre durablement le problème.
L’opération gouvernementale intervient dans un contexte sensible. Le Cameroun s’apprête à accueillir la directrice exécutive d’ONU-Habitat. Officiellement, les autorités affirment vouloir inscrire la propreté urbaine dans la durée. Les citoyens quant à eux y voient une mobilisation liée à l’approche d’un événement international. « On voit souvent les équipes se mobiliser lorsqu’il y a un événement important. Après, tout retombe progressivement », observe Jacky Noga, exploitante d’un call-box au carrefour Olympic. Pourtant, les réunions et les promesses ne manquent pas. Une concertation interministérielle s’est tenue en janvier 2026. Quelques mois auparavant, les états généraux sur la gestion des déchets urbains avaient réuni les principaux acteurs du secteur autour de l’ambition de transformer durablement la filière.
Les résultats restent cependant difficiles à percevoir. Parmi les mesures concrètes annoncées figure la distribution de matériel de nettoyage aux sept communes d’arrondissement de Yaoundé : brouettes, pelles, balais et râteaux. Une initiative jugée insuffisante par plusieurs observateurs face à l’ampleur du défi. La ministre de l’Habitat et du Développement urbain reconnaît d’ailleurs des dysfonctionnements dans le système de collecte. Pour de nombreux habitants de Yaoundé, le véritable mal est plus profond. Au-delà des contrats de collecte, c’est toute l’organisation de la filière qui montre ses limites : manque d’infrastructures intermédiaires, faibles capacités de stockage, transport insuffisant et recyclage encore marginal.
À Nsimeyong, Efoulan ou Ngoa-Ekellé, les routes temporairement dégagées offrent un répit aux habitants. Mais personne ne se fait d’illusion. « On espère que ce ne sera pas seulement pour quelques jours », glisse un moto-taximan. Traduction : la bataille contre les déchets ne se gagne pas à coups d’opérations d’urgence. Elle exige une transformation profonde de la collecte, du traitement et de la valorisation des déchets. Tant que ces maillons resteront fragiles, les montagnes d’ordures continueront de revenir, défiant les campagnes de nettoyage et mettant à nu les limites des réponses apportées jusqu’ici.
Tom



