Cet évènement commémoratif de la traversée de la Sanaga par le peuple Ekang au 18e siècle qui se tiendra les 8 et 9 février 2026, se veut un moment de réconciliation et de purification. Essama Minkoulou en présente la symbolique et les aspirations hautement spirituelles.

Medang Meyom à quoi réfère ce conclave attendu du peuple Ekang?
Nous allons observer les journées commémoratives de la traversée de Yom, appellé actuellement Sanaga, par nos ancêtres, venant de la Vallée du Nil. Ils ont traversé le désert du Sahara et ont pris le chemin vers le sud. Ils ont traversé le Sahel et se sont retrouvés à mi-chemin vers la mer – et on disait qu’ils sont allés chercher du sel, en fait ce n’était pas du sel – Ils étaient allés chercher une vie meilleure que celle qu’ils vivaient. Mais il s’est avéré que devant eux, il y a eu une étendue d’eau qu’ils ont appelée Yom. Ce grand cours d’eau a été un grand obstacle pour nous. C’est depuis des millénaires que les ancêtres procédaient à la traversée du Yom, d’après certaines recherches,. La traversée la plus récente est celle du 18e siècle poussée par la conquête du musulman Ousmane Dan Fodio. Grâce aux voies divines, certaines personnes ont eu des révélations, notamment notre ancêtre Owono Nkore (le sauveur), autrement appelé Mbeneu, qui a trouvé ce radier pour traverser. Il y a beaucoup d’interprétations par rapport à ce chemin qui a été découvert, communément appelé chez nous Ngan Medza. Il est symbolisé par un serpent. D’après nos recherches et nos révélations, le serpent n’est qu’un symbole et il est arrivé à sectionner le mot Ngan Medza. D’un côté on a Ngan (miracle, magie, providence) et de l’autre ndza (pont, passerelle). Ce qui fait référence au miracle produit pour trouver la passerelle.
Quel a été ce miracle ?
Le miracle c’est qu’il y a quelque chose qui est survenu et qui a servi de passerelle pour que les gens passent ; et c’est une grâce divine. Dieu a montré au peuple Ekang, au peuple Beti le chemin et il y a eu un certain péché pendant la traversée qui a a causé la disparition de la grâce divine. C’est pour cela qu’on dit que le serpent s’esteffondré. Ce serpent n’est donc qu’un symbole. Il y a eu des traversées etc’est pourquoi nous disons medza, le pluriel. Il y a eu beaucoup de passerelles et beaucoup de traversées. On pouvait en trouver en amont comme en aval. A Monatélé comme à Ebebda, au pont de l’enfance comme à Natchigal. Mais là, il y a eu une opération miraculeuse. C’est pour cela que nous nous sommes écartés de beaucoup de pensées où chacun fait son interprétation. Nous nous sommes écartés des lieux où chacun revendique que c’est par son village qu’il y a eu cette traversée. Nous nous sommes appesantis sur la traversée. C’est la constante. Quelque soit la situation, tout le monde accepte qu’on est parti d’une rive à une autre. Et nous regrettons le fait que jusqu’à présent on ne soit jamais reparti à Yom pour dire merci à Dieu pour ce miracle qui s’est produit. Nous ne sommes jamais repartis à ces endroits pour reconnaitre auprès de ceux qui se sont noyés –ils sont des milliers de personnes noyées dans la Sanaga –et chez les Beti ; il y a des rites qu’on fait quand quelqu’un est mort dans l’eau ou par accident quelconque. Il y a par exemple le Tso. Ça n’a jamais été fait. Ce c’est le moment opportun pour faire cela. C’est le moment opportun pour être en communion avec ceux qui n’ont pas pu traverser. Je parle des Tsanaga, des Baboute, des Bafia, des Yambassa, les Tikar. Tous ces peuples Ekang qui sont de l’autre côté de la rive droite de la Sanaga. C’est pour ça qu’il y a des familles des deux côtés du fleuve parce que toutes les familles n’ont pas pu traverser. La plus importante population c’est ceux qui sont dans l’eau. En Afrique, les morts ne sont pas morts. Ça veut dire qu’il y a des vivants dans la Sanaga. Il faut communier de nouveau avec eux.
En quoi va consister la communion précisément ?
Il y a des rites qui auront lieu. Il y a des secrets, des mystères par lesquels nous les Zomloa nous allons procéder pour communiquer avec le monde des immortels que vous appelez le monde des morts. Maintenant, il y a ceux qui sont sur la terre ferme et qu’on a enterrés, que l’on ait ou pas retrouvé leurs tombes ; mais pour ceux qui sont dans l’eau, il y a des rites spécifiques pour parler avec les esprits de l’eau. Parce que les esprits de l’eau et de la forêt s’appellent différemment ; les initiés savent comment entrer en communication avec eux. Et ce sera donc pour nous l’occasion d’une communication. Peut-être que tout ce qui arrive à notre peuple, beaucoup de déviances, de regrets, comme si on est sous le joug de la malédiction, il faut aller implorer celui que nous appelons Ntodeu Mbeu, eyor, zamba ou zambi (dieu créateur). Nous allons faire une partie des rites ici à Yaoundé le 8 février 2026 avec les exposés, les conférences-débats pour expliquer les migrations Fang-Beti et Ekang en général, le processus de nos origines. Le 9 février – vous connaissez la symbolique du 9 chez les Beti où la répartition de la vie de l’homme se divise en 9. Même les divisions chronologiques c’est en 9 – nous allons entrer dans la grande communion. C’est la nuit des mystères. Nous voulons regrouper tout le peuple Ekang. Tous ceux qui se reconnaissent par la traversée de se joindre à nous pour cette commémoration cette nuit de traversée.
Quels sont les retombées attendues de cette grand-messe ?
Nous voulons que ce soit un moment de pardon. Pardon entre nous les vivants ; pardon avec ceux qui sont les immortels pour que nous retrouvions la prospérité que le peuple Ekang ou Fang-Beti avait par le passé. Nous voulons complètement nous écarter de la notion de Ngan Medza pour que nous n’entrions pas dans les discussions à savoir que le symbole était un serpent ou un radier de bois ou que d’autres ont traversé par la nage. C’est pour cela que nous avons trouvé une nouvelle présentation de ce serpent. Actuellement, il n’a ni queue ni de tête parce qu’il part de moins l’infini à plus l’infini. Parce que si nous acceptons que c’était un serpent, sa tête était où et la queue où ? Pourquoi vous mettez la tête du côté gauche ou du côté droit ? On ne peut pas entièrement matérialiser un mystère. Il faut qu’il demeure un mystère. Et c’est parce qu’il est mystère qu’on ne connait pas sa provenance. Sinon, ça voudrait dire que c’est un être existant, alors là, il faudrait qu’on trouve ses petits. La symbolique d’une existence qui part du mythe ne doit pas être quelque chose qui ressemble exactement au naturel. C’est un mystère du ntondeu mbeu pour sauver son peuple qui subissait une oppression afin de se convertir de force à l’islam. Et le Beti, lui il a son ntondeu Mbeu, il n’est pas prêt à ce que vous lui apportiez encore une autre religion, exactement comme l’on fait les Occidentaux. Toutes les religions que nous connaissions nous ont été imposées mais heureusement qu’aujourd’hui nous retournons à la source sur le plan spirituel. Nous les Zomloa, sommes aujourd’hui repartis en 3 groupes. Ceux qui ont cassé totalement tout lien avec la religion occidentale ; il y a ceux qui mélangent et maintenant, il y a les oeucuménistes qui font chemin ensemble mais séparément. Nous voulons tout ce monde là. Qu’on se retrouve pour que nous élevions une seule prière. La prière du pardon et de la réconciliation avec son histoire. Dès lors, nous espérons que les voies de la prospérité nous serons ouvertes.
Interview menée par Louise Nsana


