Afrique centrale : le climat change, les engagements peinent à suivre
Entre catastrophes naturelles à répétition, promesses de financement et déforestation persistante, le bassin du Congo se trouve à un tournant climatique majeur.

L’Afrique centrale subit de plein fouet les effets du dérèglement climatique depuis une vingtaine d’années. Hausse des températures, précipitations diluviennes, élévation du niveau de la mer et leurs effets, inondations, sécheresse, érosion côtière et glissements de terrain, les exemples en la matière s’accumulent depuis 2019. Malgré le fait que la sous-région abrite près de 10 % des forêts tropicales humides restantes dans le monde, elle reste l’une des moins étudiées en matière de carbone et de résilience climatique. Un manquement que vient combler une récente étude de la Landscape Alliance, dénommée « Les régimes climat en Afrique centrale : réalités et perspectives ». A l’en croire, la situation énoncée est subséquente à une hausse des émissions de gaz à effet de serre (GES), ainsi qu’à une évolution persistante des pratiques de déforestation. Lesquels GES sont passés de 114 millions de tonnes de CO2 équivalent par an entre 2000 et 2009 à 125 millions de tonnes de CO2 équivalent par an entre 2010 et 2018. Quant aux taux de déforestation, ceux-ci progressent régulièrement, porté par l’expansion agricole et industrielle et les infrastructures routières. Toutes choses qui fragilisent des secteurs vitaux tels que l’agriculture, l’élevage, la santé, l’énergie, les infrastructures routières, la biodiversité. « L’Afrique centrale fait partie des régions du monde où la sécurité alimentaire a toujours été mise à mal par des crises multiformes. Selon la Banque mondiale, la transformation du système alimentaire africain n’avance pas comme elle le devrait, tandis que le climat connaît de profonds dérèglements. Avec l’intensification des effets du changement climatique, l’Afrique centrale fait face à une baisse de la production agricole entraînant ainsi une augmentation du prix des denrées alimentaires, et par conséquent, une insécurité alimentaire », soulignent les experts.
Engagements et résultats mitigés
Les États n’ont pas ménagé leurs engagements diplomatiques face à ces bouleversements. Tous ont ratifié la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC), adoptée à Rio en 1992, ainsi que l’Accord de Paris et le Protocole de Kyoto. Des institutions sous régionales se sont structurées au fil des décennies : la Conférence sur les Écosystèmes de Forêts Denses et Humides d’Afrique Centrale (1996), la Déclaration de Yaoundé (1999) et la Commission des Forêts d’Afrique Centrale, ou COMIFAC (2005). Dans le pipe des réalisations : des communications nationales à la CCNUCC présentés, des programmes d’action nationale d’adaptation (PANA) réalisés et des dizaines de projet financés à travers le Fonds vert pour le climat pour près de 137,3 millions de dollars (99, 399 milliards de FCFA). Mais l’allocation des financements internationaux destinés à la lutte contre le changement climatique reste inéquitable. Ce qui a pour effet d’accroitre la vulnérabilité des États de l’Afrique centrale. « Alors que la crise climatique s’accentue et que la vulnérabilité des pays d’Afrique centrale s’enracine davantage, les engagements annoncés de réduction des gaz à effet de serre et de financement de l’atténuation et de l’adaptation des pays en développement, dont ceux d’Afrique centrale, tardent à produire les résultats escomptés. Face à cette réalité, la justice climatique poursuivie dans les négociations peut être appréhendée comme un enjeu géopolitique régional et mondial, où s’affrontent les grandes puissances. Pour chacune d’elles, cela représente soit l’occasion de faire amende honorable, soit de se déculpabiliser. Nos observations montrent que la quête de justice climatique par les États d’Afrique centrale se transforme finalement en un marché de dupe caractérisé par une économie de promesses pour l’allocation de financements comme un appât visant à inciter les gouvernements, en l’occurrence celui de la RDC, à arrimer les politiques climatiques du pays aux intérêts des potentiels financeurs », dénonce l’étude. Celle-ci pointe du doigt plusieurs chantiers émergents pour la suite des négociations climatiques. A l’occurrence le renforcement du cadre de transparence prévu par l’Accord de Paris ; l’intégration d’indicateurs de biodiversité et de vulnérabilité des écosystèmes ; et surtout la montée en puissance de la justice climatique comme enjeu géopolitique régional et mondial.
Louise Nsana



