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Un gouvernement qui continue de mépriser l’opposition et la société civile

À la une de « Fraternité Matin » du 2 juillet 2026, un titre a particulièrement retenu mon attention: « 12 000 logements pour les déguerpis ».

À première vue, cette annonce pourrait apparaître comme un geste de solidarité envers les milliers de familles affectées par les déguerpissements inhumains et brutaux menés à Koumassi (Campement) et à Port-Bouët (Zimbabwe). Pourtant, à y regarder de plus près, elle soulève une interrogation fondamentale sur la manière dont le gouvernement gère les conséquences de ses propres décisions.

En effet, beaucoup y voient l’illustration parfaite du dicton selon lequel on est « le médecin après la mort ». Le bon sens aurait voulu que des solutions de relogement soient prévues avant la destruction des habitations. Dans tout État soucieux de la dignité de ses citoyens, une opération de déguerpissement d’une telle ampleur s’accompagne normalement d’un plan social permettant aux populations concernées de disposer d’un logement temporaire ou définitif avant l’évacuation des sites. En procédant dans l’ordre inverse, le gouvernement donne l’impression d’improviser et de gérer les conséquences plutôt que d’anticiper les problèmes.
Cette manière d’agir n’est d’ailleurs pas nouvelle. Depuis plusieurs années, le pouvoir est régulièrement accusé de privilégier les effets d’annonce au détriment d’une planification rigoureuse. Les promesses gouvernementales se sont multipliées au fil des années, sans toujours être suivies des résultats attendus.

Alassane Ouattara avait notamment fait de l’émergence de la Côte d’Ivoire à l’horizon 2020 l’un des principaux objectifs de son action politique. Ce slogan a longtemps servi de fil conducteur à la communication gouvernementale. Pourtant, six ans après cette échéance, nombreux sont ceux qui estiment que la réalité est loin des ambitions affichées. Les difficultés sociales persistent, les inégalités demeurent importantes et les infrastructures urbaines montrent leurs limites face aux fortes pluies. Les inondations récurrentes qui paralysent plusieurs quartiers d’Abidjan donnent même à certains observateurs l’occasion d’un jeu de mots amer: loin de l’« émergence » promise, le pays connaîtrait plutôt une « immersion » de sa capitale économique.

Cette critique ne porte pas uniquement sur les infrastructures. Elle concerne également le fonctionnement des institutions. Depuis plusieurs années, l’opposition réclame une réforme consensuelle de la Commission électorale indépendante (CEI), estimant que sa composition actuelle ne garantit pas suffisamment la confiance de l’ensemble des acteurs politiques. Le gouvernement avait laissé entendre qu’une réflexion serait engagée dans un esprit de dialogue. Beaucoup espéraient alors un véritable processus de concertation associant majorité, opposition et société civile.

Or, les principales orientations auraient déjà été arrêtées par le pouvoir avant même les discussions. Une telle démarche risque d’alimenter davantage la méfiance entre les acteurs politiques à quelques années d’échéances électorales importantes.
Cette critique rejoint un reproche plus général adressé au régime: privilégier les décisions unilatérales plutôt que la recherche d’un consensus. Hormis les moments d’unité suscités par les succès sportifs, notamment dans le football, le dialogue politique apparaît souvent limité ou formel. Les rencontres organisées entre le gouvernement et l’opposition sont régulièrement perçues comme des exercices de communication davantage que comme de véritables espaces de négociation.
La récente rencontre entre le Premier ministre Beugré Mambé et les partis d’opposition illustre cette perception. Plusieurs responsables politiques ont estimé avoir été conviés, non pas à une concertation, mais à une séance d’information sur des décisions déjà arrêtées. Une telle méthode nourrit inévitablement la frustration de ceux qui espéraient participer réellement à l’élaboration des réformes.

Cependant, cette situation invite également à une réflexion sur la responsabilité de l’opposition elle-même. Une démarche politique sérieuse suppose une préparation rigoureuse. Accepter de participer à une réunion sans connaître précisément son ordre du jour expose inévitablement au risque de servir de caution à un processus dont on ne maîtrise ni les objectifs ni les modalités. Dans toutes les démocraties, les négociations politiques reposent sur des règles claires, des documents préparatoires et un agenda connu à l’avance. Une opposition expérimentée aurait pu exiger ces garanties avant de prendre part à la rencontre.
Cette double responsabilité – celle du pouvoir et celle de l’opposition – révèle les limites actuelles du dialogue politique ivoirien. D’un côté, un gouvernement accusé de décider avant de consulter ; de l’autre, une opposition parfois critiquée pour son manque de stratégie et d’anticipation. Dans ces conditions, il devient difficile de construire la confiance indispensable au fonctionnement d’une démocratie apaisée.

Au-delà des divergences partisanes, les Ivoiriens attendent avant tout des institutions qu’elles répondent efficacement aux préoccupations quotidiennes des citoyens. Qu’il s’agisse du relogement des déguerpis, de la prévention des inondations ou de l’organisation d’élections crédibles, les solutions durables passent par une gouvernance fondée sur l’anticipation, la transparence et le dialogue. Les promesses politiques ne prennent leur véritable sens que lorsqu’elles se traduisent par des résultats concrets. À défaut, elles risquent d’éroder progressivement la confiance des citoyens envers les institutions.

Jean-Claude Djéréké

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