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Réintégration des ex-combattants : 778 réinsertions réussies

Le Comité national de désarmement, démobilisation et réintégration (CNDDR) met en avant la réinsertion réussie de 778 anciens combattants de Boko Haram et des groupes séparatistes anglophones depuis 2018. Au-delà de la réinsertion, l’on évoque un processus plus global de reconstruction personnelle destiné à préparer le retour à la vie civile.

Ex combattants face aux autorités lors des discussions

« Notre mission consiste à offrir une seconde chance à ceux qui déposent volontairement les armes, grâce à la formation professionnelle, à l’accompagnement psychosocial et au suivi après leur sortie », explique Oumar Bichari, responsable du centre régional de Mémé joint au téléphone. Selon lui, chaque pensionnaire suit également un processus de réhabilitation civique et idéologique avant toute réinsertion. Depuis la création du CNDDR en novembre 2018, le gouvernement camerounais affirme avoir accompagné environ 3 500 ex-combattants dans ses centres de Bafia, Bwiza et Mora. Parmi eux, 778 auraient été réintégrés « avec succès » dans la société. Un chiffre présenté comme un indicateur encourageant d’une politique publique engagée dans la stabilisation des régions affectées par les crises sécuritaires.

Sur le terrain, cette politique suscite toutefois des réactions contrastées. À Yaoundé au quartier Acacia, Ndifor Ateh, commerçant originaire de Bamenda, reconnaît l’importance de donner une nouvelle perspective aux anciens combattants. « S’ils trouvent un travail et abandonnent définitivement la violence, c’est tout le monde qui gagne », estime-t-il. Dans le même quartier, tantine Prisca, mère de famille ayant fui les exactions des séparatistes anglophones dans le Lébialem exprime davantage de prudence. « Nous voulons la paix, mais les populations ont aussi besoin d’être rassurées. La confiance ne revient pas du jour au lendemain », confie-t-elle.

Si 778 réinsertions sont officiellement comptabilisées, elles représentent un peu plus d’un cinquième des quelque 3 500 personnes passées par les centres du CNDDR. Les autorités ne détaillent pas publiquement la situation des autres pensionnaires, qu’ils soient encore en formation, en attente de réinsertion ou engagés dans d’autres parcours administratifs. Le CNDDR indique néanmoins que les bénéficiaires font l’objet d’un accompagnement après leur sortie. Celui-ci associe les structures ayant assuré leur formation, les administrations employeuses lorsqu’elles existent, ainsi que les autorités administratives et sécuritaires chargées de suivre leur insertion au sein des communautés.

Pour le Dr Waldé Enoc, politologue, la réussite d’un programme de désarmement ne peut être évaluée uniquement à travers des statistiques. « La véritable mesure réside dans la capacité des anciens combattants à reconstruire durablement leur vie, mais aussi dans l’acceptation de leur retour par les communautés affectées. La réconciliation est un processus social qui dépasse largement la seule formation professionnelle », analyse-t-il.

Dans un contexte où le Cameroun poursuit simultanément la lutte contre Boko Haram dans le bassin du lac Tchad et la recherche d’une sortie de crise dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, le chercheur soutient que « la réintégration sociale des ex-combattants demeure une politique centrale de la stratégie nationale de stabilisation. Son efficacité ne sera appréciée qu’à long terme, non seulement au regard du nombre d’ex-combattants réinsérés, mais aussi de la solidité du lien de confiance reconstruit entre eux et les populations appelées à vivre de nouveau à leurs côtés ».

Tom.

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