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Recrutements dans les universités d’État : le Collectif des Docteurs Indignés à l’épreuve du silence

Un an après leurs protestations, ces diplômés se « taisent ». Mais le scandale des recrutements opaques dans les universités d’État continue de gronder.

Docteurs indignés en grève, rassemblés autour du minsup à Yaoundé

Ils avaient bravé la peur, en s’exposant et en manifestant devant le ministère de l’Enseignement supérieur pour dénoncer l’opacité des recrutements dans les universités d’État. Un an plus tard, le mouvement semble avoir perdu de sa voix. Promesses de « phase 3 », rumeurs de cooptations discrètes, frustrations persistantes : que reste-t-il du Collectif des Docteurs Indignés ?

Lorsque les résultats des première et deuxième vagues de recrutement ont été rendus publics, la colère avait été vive. À Yaoundé, des docteurs sans poste dénonçaient des critères flous, des listes contestées et des sélections jugées déséquilibrées. Le Collectif avait juré de ne pas céder. La troisième phase de recrutement avait alors été présentée comme un correctif : elle devait « réparer les insuffisances » et rétablir la confiance. Mais sur le terrain, les interrogations demeurent.

Selon plusieurs sources, certains leaders du mouvement ont été reçus par des cercles proches du pouvoir, dans ce qui semblait être une tentative d’apaisement. « On nous a dit que nos revendications étaient entendues, et que des solutions individuelles pouvaient être trouvées si nous calmions le jeu », confie un membre du collectif sous couvert d’anonymat. Rapidement, le mouvement s’est essoufflé : les communiqués appelant à la retenue se sont multipliés et les prises de parole se sont raréfiées.
Tous n’ont pas bénéficié des promesses évoquées. « Certains ont cru qu’ils seraient recrutés en échange du silence. Mais après la phase 3, beaucoup sont restés sur la touche », confie un autre docteur. Aucune confirmation officielle ne permet de vérifier ces tractations, mais le malaise est tangible.

La fracture du Grand Nord
La contestation a pris un tour particulier dans l’Adamaoua, le Nord et l’Extrême-Nord. Après une déclaration de grève, des leaders locaux s’étaient désolidarisés de leurs camarades nationaux, apparemment rassurés par des promesses locales de recrutement. Mais la publication récente des résultats concernant l’Université de Yaoundé II a ravivé les tensions. Dans un communiqué daté du 10 février 2026, le Collectif des Docteurs PhD du Grand-Nord dénonce « une absence totale des ressortissants » de leurs régions parmi les assistants recrutés, dénonçant « une entorse grave » au principe d’équilibre régional et demandant l’ouverture d’une enquête sur les critères de sélection. Dans un pays où la représentation régionale demeure cruciale pour la cohésion nationale, cette accusation prend un poids particulier.

Phase 3 : correctif ou écran de fumée ?
Si elle devait restaurer la confiance, la troisième phase de recrutement semble avoir eu l’effet inverse pour plusieurs docteurs. « On a l’impression que la phase 3 a surtout servi à calmer la contestation », estime Zaza, enseignant vacataire. Les critiques portent sur la transparence des critères, la composition des jurys et la publication partielle des notes. Le ministère n’a pas publié de détails sur le mécanisme de sélection, nourrissant les soupçons et la méfiance.

Aujourd’hui, le Collectif des Docteurs Indignés ne s’exprime plus publiquement. Certains craignent des représailles administratives ou la fermeture définitive des portes universitaires. « Beaucoup ont choisi de se taire pour ne pas compromettre leurs chances futures », confie Olivier Mahop, doctorant. D’autres dénoncent des stratégies individuelles au sein du mouvement : « On s’est battus pour une cause collective, mais certains ont négocié pour eux-mêmes ».

Une confiance à reconstruire
Au-delà des cas individuels, c’est la crédibilité du processus de recrutement dans les universités d’État qui est mise en cause. Ces institutions, piliers de la formation nationale, se retrouvent au centre d’un débat sur la transparence, l’équité régionale et la gouvernance académique. La question demeure : la phase 3 a-t-elle réellement corrigé les injustices dénoncées, ou a-t-elle simplement différé une crise plus profonde ?

Dans les amphithéâtres comme dans les couloirs des facultés, la confiance n’a pas été totalement restaurée. Et le silence actuel du Collectif pourrait n’être qu’une accalmie, annonciatrice de tensions futures. La communauté universitaire observe, inquiète, la fragilité d’un système qui devrait être exemplaire dans l’équité et la transparence.

Tom

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