Lettre de réforme à Son Excellence Issa Tchiroma Bakary : audit du pétrole et fondement de la réforme constitutionnelle attendue
Monsieur Le Président,
L’offre politique de l’Union pour le Changement 2025, pour laquelle vous avez été plébiscité par la majorité des citoyens-votants, comportait entre autres, deux (2) éléments attractifs ayant particulièrement retenu notre attention, du fait de leur alignement avec l’impératif de la transition politique et l’indispensable impulsion pour la création d’un futur prometteur de prospérité inclusive et partagée pour les camerounais dans un monde en profondes mutations : (i) l’audit de l’Etat et (ii) l’option pour l’organisation fédérale de l’Etat.
L’audit de l’Etat ayant un vaste périmètre, le domaine critique et prioritaire en lien avec son impact sur l’organisation étatique est précisément le secteur pétrolier. Depuis la découverte du pétrole au Cameroun au début des années 1970 dans le bassin de Rio Del Rey de l’Etat fédéré du Cameroun occidental, par la société Elf-SEREPCA contrôlée par l’Etat français, la malédiction de l’or noir avait alors littéralement irradié et structurellement envouté les dirigeants de l’Etat Fédéral camerounais. L’intensité très élevée de l’envoûtement du Président de la République Fédérale, SE Ahmadou Ahidjo par les appétits de la rente pétrolière, était en réalité directement proportionnelle à la forte et irréversible détermination de la République Française de mettre la main sur le pétrole camerounais. D’où la violation brutale de l’article 47 (Toute proposition de révision de la présente Constitution portant atteinte à l’unité et à l’intégrité de la Fédération est irrecevable.) de la constitution du 1er septembre 1961 de la République Fédérale du Cameroun par le recours au fameux référendum du 20 mai 1972. C’est en raison de cette connexion de cause à effet entre le pétrole, sa malédiction et la constitution que l’audit du pétrole camerounais doit être un intrant majeur à toute réforme constitutionnelle éclairée, pertinente et efficiente pour une véritable invention d’un futur alternatif et souhaitable pour notre pays.
C’est dans ce contexte que la présente lettre de réforme vous est adressée avec pour objectifs de : (i) rappeler la trajectoire de l’organisation constitutionnelle de l’Etat du Cameroun ; (ii) identifier les repères et les enjeux contextuels de l’exploration pétrolière de la France au Cameroun ; (iii) clarifier l’impact de la découverte et de la gestion du pétrole sur l’organisation de l’Etat du Cameroun ; (iv) indiquer les principaux éléments statistiques à prendre en compte dans les termes de référence de l’audit du pétrole ; (v) recommander les mesures préalables au démarrage de cet audit et (vi) conclure par une analyse comparative de l’organisation fédérale par rapport à l’organisation décentralisée de l’Etat du Cameroun.
Nous dédicaçons cette lettre à Anicet Ekane, Président du Mouvement Africain pour la Nouvelle Indépendance et la Démocratie (MANIDEM), Homme politique de l’année 2025 et héros national, qui a été rappelé le 1er décembre 2025 par notre Seigneur étant en détention abusive et sauvage dans les services du Ministère de la Défense.
1. Rappel de la trajectoire de l’organisation constitutionnelle de l’Etat du Cameroun
La trajectoire constitutionnelle de l’Etat au Cameroun a été résumée avec pertinence par l’épistémologue Faustin Etouke en 2021 avec quatre (4) principales séquences dont la première est la loi du 04 mars 1960 promulguée par SE Ahmadou Ahidjo au titre de la 1ère Constitution de la République du Cameroun, valable pour la partie du Cameroun oriental, libérée de la tutelle française le 1er janvier 1960, et sur la base de laquelle toutes les révisions ont été opérées depuis lors. Le tableau ci-après résume le titre de la Constitution en vigueur au Cameroun.

Pour la partie du Cameroun sous administration du Royaume-Uni, sa composante septentrionale a décidé en février 1961 d’accéder à l’indépendance en s’unissant à la Fédération du Nigéria. La composante méridionale a opté pour l’indépendance par l’union avec la République du Cameroun à compter du 1er octobre 1961. L’Assemblée Générale de l’ONU a entériné ces choix le 21 avril 1961.
C’est en réalité, la Constitution Fédérale promulguée le 1er septembre 1961 (https://mjp.univ-perp.fr/constit/cm1961.htm) avec entrée en vigueur le 1er octobre 1961, qui est la véritable loi fondamentale du Cameroun indépendant avec ses deux (2) composantes (Etats fédérés) : le Cameroun oriental et le Cameroun occidental. Dans sa présentation des six (6) facettes de la crise anglophone, David Abouem à Tchoyi, indiquait ceci à juste titre :
« Les Etats fédérés disposaient de compétences larges et exclusives sur des matières importantes telles que l’intérieur, l’administration pénitentiaire, la décentralisation, le développement rural et communautaire, l’agriculture, l’élevage, les pêches, les travaux publics, les coopératives, l’enseignement primaire et maternel, l’énergie et l’eau, les domaines et le cadastre, la gestion de ressources naturelles, les finances fédérées, etc. (…) La gestion de ressources naturelles par les futurs Etats fédérés était d’une sensibilité particulière en juillet 1961. Dans des entretiens séparés, J.N. Foncha, S.T. Muna et A.N. Jua m’ont affirmé qu’elle avait fait l’objet d’âpres discussions avec la délégation de la République du Cameroun à Foumban, puis en aparté avec le président Ahidjo. Ils ne voulaient pas que d’éventuels accords précédemment signés avec la France puissent s’appliquer à l’Etat fédéré du Cameroun occidental ».
Le risque de main mise de la France sur les ressources naturelles du Cameroun était ainsi clairement identifié. La couverture de ce risque notamment par les dispositions de l’article 47 de la Constitution fédérale n’a tenu qu’à peine une décennie. Le référendum du 20 mai 1972 est donc venu démanteler la fédération et transformé le régime institutionnel du Cameroun en donnant tous les pouvoirs au Président Ahidjo (voir l’analyse technique de Pierre Fabien Nkot à : https://canlii.ca/t/xt22). L’on est passé de l’union consacrée par la constitution fédérale à la fusion-absorption de l’Etat du Cameroun occidental par l’Etat du Cameroun oriental. Selon l’exposé des motifs officiels, le référendum visait à « Consolider l’unité nationale et à accélérer le développement économique, social et culturel du Cameroun en instaurant une République une et indivisible. L’objectif principal était de passer de l’État fédéral à un État unitaire pour renforcer l’intégration du pays, mettre fin à l’héritage colonial et unifier les deux Camerouns, y compris les populations anglophones et francophones ». Mais en analyse stratégique et rétrospective, la brutalité de la violation de l’article 47 découlait d’une raison plus radicale et fondamentale, l’impérieuse nécessité pour la France, s’appuyant précisément sur les accords (y compris secrets) signés avec le président Ahidjo, de mettre la main sur le pétrole qui a été découvert dans le bassin de Rio Del Rey de l’Etat fédéré du Cameroun occidental.
2. Identification des repères et enjeux contextuels de l’exploration pétrolière au Cameroun par la France
Avec la première guerre mondiale, la géopolitique du pétrole était montée à une dimension prépondérante dans les systèmes énergétiques avec les enjeux majeurs d’approvisionnement. La France était dépendante des américains (Standard Oil) et des britanniques (Royal Dutch Shell). Les autorités françaises avaient alors décidé de développer leur indépendance énergétique en se dotant d’un système d’approvisionnement offensif et solide. Entre 1920 et 1935 les efforts substantiels d’investissement dans la recherche et l’exploration à grande échelle dans toutes les régions de France ont révélé que le sol français contient peu de pétrole. C’est d’ailleurs ce constat qui fonde le slogan de la France depuis le premier choc pétrolier en octobre 1973 : « La France n’a pas de pétrole mais elle a des idées. »
En 1945, Après la deuxième guerre mondiale, l’Etat français créa le Bureau de Recherche de Pétrole (BRP), société d’Etat ayant pour mission de développer la recherche et l’exploration en particulier dans son immense empire colonial. La recherche et l’exploration pétrolière seront alors orientées vers l’Afrique avec des garanties que les découvertes de pétrole viennent contribuer à l’indépendance énergétique de la France.
Dans cette optique, la France a débuté l’exploration du pétrole au Cameroun en 1947 avec la création du Bureau Français de Recherche de Pétrole au Cameroun (BRP). La Société d’Études, de Recherches et d’Exploitation du Pétrole du Cameroun (SEREPCA), un véhicule dédié, a été créée par le BRP en 1951. Le premier permis d’exploration a été accordé à la Serepca le 16 avril 1952 dans le bassin de Douala. En 1958, la Serepca est devenue Elf-Serepca (filiale de la Société Nationale des Pétroles d’Aquitaine -SNPA), dont le permis pour le bassin de Douala est resté le seul permis d’exploration jusqu’en 1964, date à laquelle les permis H-14 (Rio Del Rey) et H-15 (Sanaga) ont été attribués à la même Elf-Serepca.
En juin 1965, Elf-Serepca a été rejointe par Mobil Oil Corporation, puis par Shell-Camrex en 1969 et Total en 1972. Les efforts d’exploration de la Elf-Serepca dans le bassin de Douala/Kribi-Campo ont conduit, en 1954, à la première découverte de pétrole à Suellaba mais commercialement non viable, puis, en 1955, à la découverte de gaz à Logbaba.
Les découvertes importantes de gisements pétroliers dans l’Etat du Delta du Niger, au Nigéria, au début des années 1960, ont justifié et entraîné un redéploiement des activités d’exploration de Elf-Serepca vers le bassin du Rio del Rey dans l’Etat fédéré du Cameroun occidental. Après dix (10) années d’investissement dans la recherche et l’exploration intensive dans ce bassin spécifique, les résultats positifs se sont matérialisés par les découvertes commerciales successives des gisements offshores de pétrole de Betika en 1972, d’Asoma en 1973 et de Kole en 1974. L’importance du bassin de Rio del Rey n’est plus à démontrer car il concentre l’essentiel des permis et surtout la totalité des découvertes tout comme la prépondérance de Elf-Serepca dans ce dossier pétrolier.
3. Clarification de l’impact de la découverte et du contrôle du pétrole sur l’organisation de l’Etat
Il est important de préciser que l’exploration pétrolière est un processus long, complexe, lourd en investissements, qui exige des équipes de spécialistes multidisciplinaires. Ce processus se résume en quatre (4) étapes comprenant (i) la prospection (étude géologique et géophysique, souvent sismique), suivie par (ii) le forage d’exploration pour confirmer la présence d’hydrocarbures, puis (iii) des forages d’appréciation pour évaluer le gisement, et enfin (iv) une phase de développement économique avant l’exploitation. La durée de ce processus varie énormément, allant de quelques mois pour des découvertes rapides à plusieurs années (jusqu’à 5-7 ans ou plus) pour des projets complexes.
Les ressources pétrolières se catégorisent selon leur qualité (léger, moyen, lourd, extra-lourd, bitume), leur type de gisement (conventionnel ou non conventionnel comme les schistes bitumineux), leur localisation (onshore/offshore) et leur degré de maturité technique (réserves prouvées, probables, possibles, ressources contingentes, ressources non découvertes), avec des classifications standardisées comme en particulier la classification SPE-PRMS (Petroleum Resources Management System) des ressources pétrolières.
En fonction des progrès sur le degré de maturité technique, les investisseurs sont informés pour prendre les décisions appropriées. C’est ainsi que le Président Ahidjo a été informé secrètement dès 1964 que les indicateurs d’exploration pétrolière dans le bassin de Rio del Rey au Cameroun occidental étaient positifs. L’impérieuse nécessité pour la France de mettre la main sur le pétrole dont l’annonce des découvertes officielles est planifiée, impose au président Ahidjo le projet de démantèlement de l’Etat fédéral pour instituer un État unitaire lui donnant les pleins pouvoirs pour la gestion du pétrole. L’ingénierie juridique constitutionnelle est donc déployée par les néocolonialistes français sur le montage approprié (recours à un referendum de pacotille) pour l’instauration de cet État unitaire afin de garantir que le pétrole du Cameroun occidental soit directement et exclusivement sous le contrôle du Président Ahidjo, facilitant ainsi son affectation au service de la France. Les négociations entre le Président Ahidjo et les principaux leaders du Cameroun occidental ne relevaient alors que de la ruse et de l’apparat utilisant l’asymétrie d’informations au service de la France.
Dans le cadre de la mise en œuvre du deal pétrolier, le timing est millimétré. Le referendum est bouclé le 20 mai 1972 avec un score digne d’un montage de paille [3 177 846 oui contre 176 non et 1 612 bulletins nuls, soit 98,10% par rapport aux inscrits (3 236 280) et 99% par rapport aux votants (3 179 634)]. La constitution de la République Unie du Cameroun est promulguée le 02 juin 1972 (https://mjp.univ-perp.fr/constit/cm1972.htm) avec des vastes et pleins pouvoirs du Président de la République, El Hadj Ahmadou Ahidjo. La première découverte commerciale de pétrole dans le bassin de Rio del Rey est annoncée en 1972 par Elf-Serepca pour le gisement offshore de Betika. Les annonces se sont poursuivies pour le gisement d’Asoma en 1973 et celui de Kole en 1974.
La même année 1972, le President Ahidjo avait demandé à Total de préparer la construction d’une raffinerie de pétrole de 1,5 million de tonnes. La raffinerie serait située à Victoria (Limbé actuel). À cet effet, la SONARA est créée par décret n° 73/135 du 24 mars 1973 avec comme actionnaire majoritaire l’Etat pour 51%. La production et la vente du pétrole ont débuté en 1977 par le gisement offshore de Kole et le pays acquiert le statut de producteur de pétrole. Comme prévu dans le deal avec la France, c’est le président Ahidjo qui gérait directement le pétrole. La Société Nationale des Hydrocarbures (SNH) ne sera créée que le 12 mars 1980 par décret n° 80/086. Elle est l’unique entreprise publique détenue par l’Etat à 100% et placée sous la tutelle technique et financière du Secrétariat Général de la Présidence de la République avec comme président du conseil d’administration statutaire, es qualité, le Secrétaire Général. Ainsi, par la constitution du 02 juin 1972, la malédiction du pétrole était entrée à la Présidence de la République du Cameroun et l’envoûtement du président Ahidjo, de ses équipes et des structures s’y est structurellement installé. L’arrivée de SE Paul Biya en novembre 1982, ses initiatives de modifications constitutionnelles (1983, 1984, 1996 et 2008) ainsi que l’exercice de ses fonctions de Président de la République en continue pendant 43 années n’ont fait que radicaliser et systématiser l’envoûtement des structures, superstructures, processus et procédures de la Présidence de la République, de la SNH et ses équipes dirigeantes.
De plus, malgré un total de douze (12) programmes d’ajustement structurel négociés et appliqués par le Gouvernement du Cameroun de 1988 à 2025, le Fonds Monétaire International n’a rien pu faire de concret pour infléchir les déviations découlant de l’envoûtement financier de la Présidence de la République. A aucun moment, les objectifs arrêtés de plafonnement des interventions ou des dépenses directes de la Présidence de la République via la SNH n’ont été respectés. A titre d’exemple, en 2024, suivant le rapport FMI en page 75 (https://www.imf.org/-/media/files/publications/cr/2025/english/1cmrea2025002-source-pdf.pdf), la Présidence de la République a réussi à dépenser 239 milliards de FCFA à travers la SNH en violation manifeste du cadre budgétaire légal et des standards internationaux de gouvernance et management des finances publiques.
4. Indication des principaux éléments statistiques à prendre en compte dans les termes de référence de l’audit du pétrole camerounais
Le premier élément statistique à prendre en compte dans la formulation des termes de référence de l’audit du pétrole au Cameroun est l’écart entre les recettes pétrolières publiques réelles et les entrées budgétaires officielles du pétrole.
Dans le cadre d’un projet de l’Université d’Oxford, Bernard Gauthier et Albert Zeufack ont réalisé en 2009 une contribution significative sur la gouvernance et les revenus pétroliers au Cameroun de 1977 à 2006, accessible à : https://www.researchgate.net/publication/241764757_Governance_and_Oil_Revenues_in_Cameroon.
L’étude conclut que les accords contractuels entre le Cameroun et les compagnies pétrolières internationales ont été relativement favorables au pays. De ce fait, le Cameroun a probablement capté une part importante de sa rente pétrolière, soit environ 67 %. Cependant, seulement 46 % environ des recettes pétrolières totales perçues par l’État entre 1977 et 2006 auraient été transférées au budget. Ainsi, sur un total estimé des recettes pétrolières revenant à l’État entre 1977 et 2006 qui avoisine les 19,8 milliards de dollars américains, le gouvernement camerounais a déclaré des recettes s’élevant à 9,1 milliards de dollars américains (chiffres de 2006) et ce uniquement depuis 1988, première année d’inscription des recettes pétrolières au budget de l’Etat. Cela signifie qu’environ 10,7 milliards de dollars américains, soit 54 % de la rente pétrolière, n’ont pas été déclarés ni transférés officiellement au budget de l’Etat. L’examen de cet écart cumulé entre les recettes pétrolières publiques estimées et les chiffres budgétaires officiels révèle un manque considérable dont la décomposition est donnée par le tableau ci-après tiré de cette étude.

Ce montant n’a pas été correctement comptabilisé et a probablement fait l’objet d’appropriations privées, sans qu’il soit possible de déterminer quelle part a été détournée par les compagnies pétrolières et quelle part par les représentants du gouvernement. Cette étude soutient à juste titre que la mauvaise gouvernance est à l’origine de cette situation. Le manque de transparence et de responsabilité dans la gestion des recettes pétrolières a entraîné une incapacité notoire à élaborer et à mettre en œuvre une planification du développement à moyen et long terme pour le pays. Le boom initial des investissements entre 1982 et 1984 a rapidement cédé la place à une consommation excessive.
Le deuxième élément statistique à prendre en compte concerne les interventions directes de la SNH hors du cadre budgétaire. En effet, une pratique phare de la mauvaise gouvernance financière, expression par excellence de la malédiction du pétrole, concerne les dépenses publiques faites par la Présidence de la République directement via la SNH au mépris du cadre légal et réglementaire des finances publiques. Ces dépenses sont appelées les « interventions directes de la SNH ». Le tableau ci-après donne les médiocres performances de la Présidence de la République extraites des rapports des revues du FMI sur les engagements pris par le gouvernement pour plafonner ou limiter lesdites interventions directes de la SNH dans le cadre du programme économique de 2021 à 2025 (en milliards de FCFA).

En diagnostic approfondi, il est absolument clair que les fondements ontologiques et structurels de la piètre gouvernance du Cameroun se situent, depuis les manœuvres de SE Ahmadou Ahidjo en 1972, dans les profondeurs de la malédiction de l’or noir et de l’envoûtement systématique de la Présidence de la République du Cameroun (PRC), de ses structures, ses procédures, ses équipes et son leader historique le Président Paul Biya. Cet envoûtement s’est largement diffusé dans l’administration et les autres institutions de l’Etat ainsi que dans la société camerounaise. La diffusion de l’envoûtement au sein du RDPC a été très forte à tel point que la majorité de ses hauts cadres et dirigeants est largement lessivée, sclérosée et dans l’incapacité de faire fonctionner ses organes de gouvernance et de faire partir Paul Biya en retraite malgré ses 93 ans. Etant le gestionnaire unique et exclusif du pétrole depuis 43 ans, Paul Biya lui-même a été pris au piège de la malédiction de l’or noir et envoûté totalement, d’où son refus de passer la main et sa prétention à la présidence perpétuelle à tous les prix. Le schéma ci-après illustre la pyramide ou la hiérarchie des mauvais esprits découlant de la malédiction du pétrole et de l’envoûtement associé. L’impératif du désenvoûtement est prioritaire pour la PRC et doit être au top de l’agenda de la transition pour bâtir un Cameroun alternatif que nous devons inventer individuellement et collectivement et qui est plus que souhaité et très attendu par le peuple.

5. Recommandations des mesures préalables au démarrage de l’audit du pétrole camerounais
Dès votre entrée en fonction comme nouveau Président de la République, la conduite de l’audit du pétrole camerounais depuis l’attribution des permis d’exploration dans les années 60 et l’annonce de la première découverte en 1972, les contrats de partage et la première production en 1977 jusqu’à ce jour y compris les divers scandales en l’occurrence celui de la firme anglo-suisse Glencore, requiert la prise d’importantes mesures préalables et indispensables. Dans cette optique, trois (3) mesures préalables vont créer un contexte favorable.
Primo, la modification de l’article 3 du décret n° 2019/342 du 09 juillet 2019 portant transformation, en société à capital public, de la Société Nationale des Hydrocarbures (SNH), en enlevant la tutelle technique et financière de la SNH au Secrétariat Général de la Présidence de la République pour confier (i) la tutelle technique au Ministère en charge des mines et (ii) la tutelle financière au Ministère en charge des finances.
Secundo, la modification de l’article 4 alinéa 3 du même décret, qui dispose que « Le Secrétaire Général de la Présidence de la République adresse au Président de la République, un rapport annuel sur la situation de la SNH. », en confiant cette responsabilité de reporting au Ministre en charge des mines. De plus, la nomination au poste de Président du Conseil d’Administration de la SNH, d’une personnalité de l’Etat autre que le Secrétaire Général de la Présidence de la République comme c’est le cas actuellement.
Tercio, l’interdiction formelle au Secrétariat de la Présidence de la République d’initier et d’effectuer les dépenses publiques hors du circuit budgétaire légal ou via la SNH. Il s’agit d’une instruction mettant fin aux fameuses interventions directes de la SNH, société anonyme à capital public, dans la chaine des dépenses de l’Etat.
6. Analyse comparative de l’organisation fédérale par rapport à l’organisation décentralisée de l’Etat du Cameroun
Vous avez indiqué à juste titre l’option pour l’organisation fédérale de l’Etat du Cameroun. La finalité visée par un peuple dans le choix d’un mode d’organisation (fédérale ou décentralisée) de l’Etat est d’atteindre des performances de services publics élevées et durables en vue de la prospérité et du bien-être partagés et inclusifs de ses citoyens. Lesdites performances de l’Etat se mesurent par les critères d’économie, d’efficacité et d’efficience, cette dernière étant en fait la combinaison des deux autres. Ainsi, la quête de l’efficience qui emporte donc celles de l’économie et de l’efficacité, est au centre du choix du mode d’organisation de chaque Etat moderne. Ce moment est indiqué pour le peuple camerounais d’opérer librement le choix de l’organisation de l’Etat qui soit adaptée à ses caractéristiques et ses besoins.
L’organisation décentralisée de l’Etat. L’Etat décentralisé est un Etat unitaire matérialisé par une constitution unique. La souveraineté est confiée par le peuple à l’Etat central de manière unique et indivisible. Le pouvoir est détenu par cet Etat central (exécutif, législatif et judiciaire) qui décide par une loi de transférer, suivant le principe de délégation, certaines compétences à des collectivités territoriales décentralisées (régions et mairies). Ces CTD n’ont pas de souveraineté propre (ni pouvoir législatif, ni pouvoir judiciaire) mais seulement une autonomie administrative et financière.
L’organisation fédérale de l’Etat. L’Etat fédéral est une union de micro-Etats (Etats fédérés) matérialisée par une constitution fédérale et des constitutions des Etats fédérés. La souveraineté est partagée par le peuple entre l’Etat central et les Etats fédérés. Le pouvoir et les compétences sont repartis par la constitution fédérale entre l’Etat fédéral et les Etats fédérés, suivant le principe de subsidiarité. Les Etats fédérés supervisent les communes ayant une autonomie et des compétences de proximité. Ces Etats fédérés ont une souveraineté propre avec un gouvernement, un parlement et système judiciaire.
Les points communs ou de similitude. Malgré leurs différences de caractéristiques juridiques, les deux modes d’organisation partagent des similitudes pratiques : (i) la proximité qui vise à rapprocher la décision du citoyen ; (ii) la quête de l’efficience qui justifie de décharger l’État central de certaines tâches pour les confier aux entités de proximité et (iii) le recours à l’élection car dans les deux cas, les dirigeants locaux sont généralement élus au suffrage universel.
La faiblesse critique de l’Etat décentralisé. Dans un État décentralisé, l’organisation repose sur la coexistence de deux (2) types d’administrations (doublons) qui se partagent les compétences souvent similaires sur un même territoire en contradiction manifeste à la quête d’efficience opérationnelle : les administrations de l’État central interviennent via les services déconcentrés et les collectivités territoriales décentralisées via leurs administrations locales autonomes.
Les atouts de supériorité de l’Etat fédéral. L’atteinte de l’efficience est favorisée par l’État fédéral dont l’organisation repose sur une structure à double étage excluant les doublons et qui répartie les pouvoirs entre le niveau central (fédéral) et les entités locales (États fédérés et communes) suivant le principe de subsidiarité. De plus, trois (3) grands principes fondent sa cohérence : (i) l’autonomie car chaque État fédéré décide de ses propres lois dans ses domaines de compétence ; (ii) la superposition car il existe deux ordres juridiques qui cohabitent avec le droit fédéral qui reste supérieur au droit local et (iii) la participation car les États fédérés participent aux décisions nationales généralement via une deuxième chambre au Parlement (Senat).
Au terme de cette analyse, il est clair que le deal pétrolier imposé par la France avait contraint le Président Ahidjo à abandonner en 1972 la meilleure technologie (organisation fédérale) pour embrasser l’Etat unitaire.
En termes de solution structurelle, nous avons la conviction que l’Esprit Saint de Dieu doté de ses précieux dons (la sagesse, l’intelligence, le conseil, la force, la science, la piété et la crainte de Dieu) constitue une arme robuste et privilégiée pour lutter et guérir la PRC et le Cameroun de la malédiction du pétrole et de l’envoûtement associé. Un ministère chargé de la lutte contre la malédiction du pétrole et l’envoûtement y compris tous les mauvais esprits associés nous semble indiquer. Ce département devra avoir à sa tête un expert chevronné en exorcisme.
Nous vous prions d’agréer, Monsieur le Président, l’expression de notre très haute considération.
Babissakana
Ingénieur Financier, Laïc Spiritain Associé
Yaoundé, temps favorable de conversion, le 20 février 2026

