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Il est où, l’homme qui voulait un 4ᵉ mandat ?

Le 11 avril 2011 marque une date charnière dans l’histoire politique de la Côte d’Ivoire.

Ce jour-là, au terme d’une crise postélectorale sanglante, un homme est installé au pouvoir par Nicolas Sarkozy dans un contexte de violence extrême, après une intervention militaire étrangère qui laisse derrière elle des milliers de morts et un pays profondément meurtri. Porté par une promesse de renouveau, de réconciliation et de gouvernance exemplaire, il incarne alors, pour certains, l’espoir d’un nouveau départ. Mais, quinze ans plus tard, une question persiste, lancinante, presque dérangeante: où est passé cet homme qui, hier encore, aspirait à un quatrième mandat ?

L’homme en question n’avait pourtant pas caché ses ambitions. Après avoir affirmé, dans un premier temps, qu’il ne ferait qu’un seul mandat, il s’est progressivement engagé dans une dynamique de conservation du pouvoir, briguant successivement des mandats que beaucoup considèrent comme anticonstitutionnels. Ce revirement a suscité incompréhension, frustration et colère chez une partie de la population ivoirienne, qui y a vu une trahison de la parole donnée et un affaiblissement des principes démocratiques.

Aujourd’hui, le silence et l’invisibilité semblent avoir remplacé les discours et les ambitions. L’omniprésence d’hier a laissé place à une étrange discrétion. Cette absence interroge. Est-elle volontaire ? Subie ? Ou simplement révélatrice d’un malaise plus profond ? Car, pendant que l’homme se fait rare, les difficultés du quotidien, elles, sont bien présentes.

Le prix du cacao, pilier de l’économie ivoirienne et source principale de revenus pour des millions de paysans, a connu une chute drastique, passant de 2800 FCFA à 1200 FCFA le kilogramme. Derrière ces chiffres, ce sont des familles entières qui s’enfoncent dans la précarité, des espoirs qui s’étiolent, et une colère sourde qui monte dans les campagnes. À cela s’ajoutent les coupures intempestives d’électricité, qui perturbent la vie économique et sociale, et renforcent le sentiment d’abandon ressenti par une population déjà fragilisée.

Dans ce contexte, l’absence d’Alassane Ouattara devient plus qu’un simple fait politique. Elle pose la question de la responsabilité et de la redevabilité. Dans une République digne de ce nom, le pouvoir ne se dérobe pas au regard du peuple. Il s’explique, il rend des comptes, il assume ses choix et leurs conséquences. Le silence, en revanche, alimente les spéculations, nourrit la défiance et fragilise le lien entre gouvernants et gouvernés.

Certains, fidèles parmi les fidèles, continuent pourtant de chanter les louanges du petit-frère, Téné Birahima Ouattara, de porter son effigie, comme si rien n’avait changé. Mais ces démonstrations de loyauté, aussi bruyantes soient-elles, ne répondent pas à la question essentielle. Elles la contournent, parfois même la dissimulent, mais ne l’effacent pas. Car le véritable enjeu n’est pas de célébrer un pouvoir, mais de comprendre son fonctionnement, d’en évaluer les résultats et d’en interroger les dérives.

Le peuple ivoirien n’est ni une foule sans mémoire, ni une masse manipulable à souhait. Il est un corps politique, conscient de ses droits et de ses attentes. Il sait qu’il ne vit ni dans une dynastie, où le pouvoir se transmet et s’exerce dans l’opacité, ni dans une secte, où la parole du chef est incontestable et sacrée. Il vit dans une République, où la transparence n’est pas une faveur accordée par les dirigeants, mais une exigence fondamentale.

Dès lors, la question demeure, insistante et légitime: où est passé l’homme qui voulait un quatrième mandat ? Si son silence a une raison, le peuple a le droit de la connaître. Car gouverner, ce n’est pas seulement conquérir le pouvoir ou s’y maintenir. C’est aussi répondre présent, surtout lorsque les temps deviennent difficiles.

Jean-Claude Djéréké

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